‹ La Volonté de croireChapitre 2 sur 28 · Schiller. Sttidies in humanism : loQtc ami psycholor/y · texte numérisé non relu

Schiller. Sttidies in humanism : loQtc ami psycholor/y

4. On trouve quelques exemples de celle théorie dans un ouvrage posthume de W. James, Soine problems of phUosophy, p. Qi (.New-York, 1911). « Par sub~ ttancc, dit l'auteur, j'entends le retour éventuel d'un groupe Qéfmi de sensations.

théorie du jugement et la théorie de la vérité découlent naturellement de la théorie des concepts : émettre un jugement, c'est traduire le résultat de notre expérience; établir une vérité, c'est découvrir un guide qui nous permette de nous mouvoir dans la réalité : « nous n'avons pas à rechercher d'où provient l'idée, mais où elle conduit »* ; son efficacité pratique permet <le la considérer dans une certaine mesure comme objective.

Il va sans dire que cette efficacité pratique ne doit pas être entendue dans un sens étroit et purement matériel; elle embrasse la réalisation des plus hautes aspirations spirituelles, des préoccupations morales, esthétiques, religieuses, de tous les mouvements de l'âme qui émanent des sources profondes de l'être. Est pratique toute expérience qui peut provoquer une satisfaction mentale, une impression de repos et de paix, un sentiment de cohérence et de « rationalité »*. La recherche de la vérité se confond ainsi, dans une certaine mesure, avec la recherche de l'ordre ; elle consiste à voir clair dans les phénomènes, à accorder ■entre eux les divers éléments d'une expérience.

La vérité apparaît ainsi comme subjective dans ses origines, puisqu'elle ne peut s'élaborer sans un effort humain, mais elle demeure encore humaine et subjective dans son développement, parce qu'elle est créée pour nos besoins, parce que notre connaissance est inséparable des conditions psychologiques de notre action, c'est-à-dire de la satisfaction de nos intérêts, de nos émotions et de nos désirs. « Une

incommensurable veut dire que je me trouverai toujours en présence d'un reste; infini signifie en outre que je peui compter dans la partie autant d'unités que <lans le tout ; liberté exprime l'absence de toute sensation d'entrave ; nécessité veut dire que ma route se trouve obstruée dans toutes les directions sauf une ; Dieu traduit la certitude où je suis de pouvoir écarter certains sujets de crainte, etc. »

vérité indépendante ou absolue, une vérité que nous n'aurions qu'à découvrir, une vérité cessant d'être malléable suivant les besoins de l'homme, une vérité qui ne comporte pas de retouche... n'est que le cœur mort de l'arbre vivant >>'.

Ainsi comprise, la vérité ne présente par rapport à la croyance qu'une différence de degré; l'une comme l'autre partent d'une opinion subjective qui, par un processus d'assimilation, acquiert une certaine portée générale que l'on est convenu d'appeler l'objectivité. Cette stabilité relative, cette w validation » de nos opinions par leur accord avec les expériences antérieures tant individuelles que communes, exige l'intervention d'un autre « département »2 de la nature humaine : l'activité volontaire, qui accepte ou écarte le fait, qui nous permet de réagir. Dans sa quatrième Méditation, Descartes avait aperçu le rôle de l'activité volontaire dans l'approbation qu'elle apporte aux hypothèses proposées par l'entendement; mais l'originalité de W. James consiste à étendre à la fois le rôle et la définition de la volonté : le rôle, parce que la volonté possède en quelque sorte un pouvoir créateur; la définition, puisque la « nature volitive » comprend, suivant James, « tous les facteurs de la foi, la crainte et l'espoir, les préjugés et les passions w^. Là, comme ailleurs, le philosophe américain répudie les classifications nettes qui, appliquées à la complexité de notre structure mentale, présenteraient assurément un caractère arbitraire.

Accorder à la personnalité humaine ce rôle prépondérant dans l'élaboration de la connaissance, c'est résoudre à l'avance la question du libre arbitre. Cependant l'auteur ne refuse pas le débat, parce que le problème de la liberté de l'homme appartient au

1. w. James. Le Pragmatisme, Ir&d. française, p. 73 (Flammarion).

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