‹ La vraie histoire comique de FrancionChapitre 2 sur 12 · AVIS AUX LECTEURS · texte numérisé non relu

AVIS AUX LECTEURS

(i'est id un ouvrage du sieur du Parc, qui s'est assez fait Jcormottre par les aventures de Floris* et de Cléonte, et celles de Phinimène et de Chrysaure, dans son livre des Agréables diversités, d'amour. // est-vrai que ces histoires ont un style fbrt poétique et fort figuréj mais tel qu'il convenait au sujet et à la mode du temps, pendant lequel on ne trouvait point agréable de parler des mignardises d'amour avec des paroles simples. Or il faut avouer qu'il a très-bien réussi dans cette manière décrire, et qu'il a même fait paroitre par ses applications, qui se trouvent de tous côtés, qu'il entendoil Vhistoire et la fable, et qu'il était aussi fort bien instruit dans la plus secrète philosophie; mais, comme il avait l'esprit souple, il variait son style selon les desseins qu'il prettoit, et nous avons eu de lui d'autres pièces oii il s^est efforcé de mettre mains de paroles et plus de dwses. Entre toutes celles qu'il a faites, il faut avouer qu'il n'y en a point qui égale cette Histoire comique de Francioo, laquelle il fit la dernière, étant las de tant ^histoires tragiques au'il avait composées, comme il déclare dès Ventrée du livre. iJon y remarquera une grande différence de ses autres ouvrages; car il sçavoit bien qu'en ce lieu-ci il fallait écrire simplement

* Sorel se trahit dès les premières lignes, car il a publié luimême, dans son extrême jeunesse, un livre intitulé : les Amours de Floris.

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comme l'on parloU, sans user d'aucune affifierie; et, puisqu'il qmiioU une matière triste pour une joyeuse, il était besoin que Von y vit beaucoup de changement. Ceux qui affectionnent ce livre diront qu'il n'y a point de comparaison des autres à iuf , et que Fauteur y a tout autrement réussi, ce qui les étonne merveilleusement; mais qu'ils prennent garde atissi que Von n'écrit jamais mieux que quand Von ne suit que la nature et son génie. U sieur du Parc était d'une conversation fbrt agréable et fifrt joviale, tellement qu'il se plaisait bien plus à écrire des choses sérieuses avec un langage coulant que de se contraindre pour écrire à la mode de son siècle, ainsi qu'il avait fait quelquefi>is pour plaire à quelques dames. Enfin, Von peut dire qu'il avait trouvé son talent. L'on cherche tant, que Von rencontre ce qui nous est propre. Ses Diversités d'amour furent imprimées en Van 1614. Depuis, il fit encore deux ou trois livres, et entre autres un, des Fidèles afl'ections, où son style commençait de se changer petit à petit; car, en effet, même il y avait plusieurs personnes qui se lassaient de la mode ancienne, et qui demandoietit quelque nouveauté. Enfin, Une se donna plus d autre but que Frandon et ses diverses fortunes. Mais il y avait longtemps possible qu'il se préparait à cette histoire-d; car, dedans celle de Floris et Cléonte, et ett d'autres lieux, vous trouverez qu'il parle déjà de Frandon. Il écrivit donc les aventures de ce cavalier, auxquelles il donna le titre ^{'Histoire comique; et ce fut à Venvi de du Souhait *, Champenois, et comme pour le braver, à cause qu'auparavant du Souhait avait donné le même titre à quelques contes qu'il avait ramassés. Il y avait de la contention entre ces deux esprits, qui étoient d'un même temps; mais notre auteur a bien précédé celui-là, comme Von peut voir par le bon accueil que Von a fait à son ouvrage, au lieu que celui de du Souhait a demeuré dans Vobscurité, et n'a été imprimé qu'une fois. Néanmoins Uyaeu beaucoup de gens qui, à cause de ce livre d'Histoire comique que du Souhait avait déjà fait, ont cru qt^U avoit encore fiât celui-d; mtUs nous ne devons pas demeurer dans cette pensée. Cette Histoire comique de Francion fut imprimée pour la première

' Auteur des Divers Souhaits tVamour, des Amours de Glorian et d'Hmène; des Amours de Poliphile et de Méionimphe^ etc.

AriS An LECTEri!*-

autres Utret smuêpu éima vemn aire 1er res.ajprèslatÊortieéM Hrt,ml£S mer, ^mtUiai que ce que f m nek éQt m mmi àé nçM parftàUmeMt biem; mms Tm «T «w. fÊrce q^U y mmi em des hridies em td ûriçimgl, U 9 otf fwipMf fe» fB «âii^ rentteOemeiUeeiMvnffe.qi^Bspriremtlmpeimeétltr^ rer et d'y iits&er qtuiqMes comtes de tear tmtrmtmm. 9a s 9 trmofèremt fart à propos. Or, parce gmecOmptrlmt de tàmes qû semtUeiemt être prrt réeemtes, hematmp de pertomaa 9 étoiemt abusées, et preMàiemt le VmeertàerpmÊrtmA momem. et me ^alloiemt peimttmaffimerqae eefmt^ PartfÊÛemfÊi amemmemtemt Famtemr. ITgiUemrs, comme le lampapr demad pluspoU chaque Jour, Use peut fmre que rorifmsi de meêre auteur m' aoûit pas toutes les dmÊceursqmoomtweuuesdepÊÔs; mims Vom avoU reméàdè cda, et fou aooà rifÊÊmélef frçmu de parler qui riitmeut pbu em usaqe, teUemeut que, comme peu de tiose fiât qramd Hemem ces mxammt tè, etim mâaU à tromper le mmuée, et fom attrikumt ce tare è des persomnes quim'9 aifoiemt pas keaueoup eomtrîbui. Mms^ terni 9 a,quedepuisUaeusibommedlamee,queciaeuufm voir, et U i eU imprimé pItumemrsftkseumàU de îm samsgi^U9eêtguirede ckamçemeut, et rMstoire me maut toujours que ouze Hures. U êtmt è croire que fauteur emomnt fittt douze, etdiacum demeuieH ce douiMme; UÊttis persoume me le poiâoit éoumer. Cett em quoi Je imÊdrmt preurdre ceux qui peuseroieut attribuer cette Msteâre è d'autres; tara quoi temoit-H qdiU stem demamemt laftaî JUâe U fidioitattemdre cela dm vrsi auteur, et que fom tkerMlceq^U em auoit fiâtdesomnoamt. Emfim, S est onMqttum homme, qui deuieuroit acee lesieurdm Parce naOrnA de sa meet^ est ràiemu €um Umg vopage, et a diderik quelqifum qitU aooitéhezbâbeauampdeamauMaiU^letqueisitfidlmtfeuBr' leter.Vom9trouuaumecopiedelaplus9ramdepartdef¥6^ toire cramgiie, qui étoU pbu aoÊpIe em qudques Vieux que cdle que mous amoms, et qui auoit um autre coaumemeemiemt et urne autre ftm, A m^êmeee damuhme Uere tout ooiûuêU. Vom a tamt fait, que Tom a em eed pour le faire imprimer, td que mauM le uopoms mmmtruÊUt, et fom a réformé etqû àeit è réarmer, camme^ par exempU, cetteépitreaux qramés, et

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le narré de la préftue du livre de Frandan, qui étoienU du corps de l'histoire, y ont été insérés, au lieu que ''l'on avait mis tout cela au commencement du livre à faute d'autre chose*. Aussi a-t-on bien vu que cela devoit être ainsi; car même Von a trouvé une autre épitre liminaire adressée à Francion, laquelle devoit être au commencement de Ihisluire, ainsi que Ion Va mise. Or nous voyons dans le onzième livre que Francion avoue qu'il a fait un ouvrage qu'il appelle les Jeunes Krreurs, lequel même a été publié, à ce qu'il dit, et néanmoins nous n'avons point sçu qu'il se soit imprimé un tel livre; mais ce n'est aussi qu'une feinte, et du Parc a pris plaisir de faire dire cela à Francion, pour donner à songer aux lecteurs : car ce n'est point là qu'il a appris les aventures de ce cavalier, puisqu'il confesse, dans son épttre, qu'il les lui a racontées de sa propre bouche. Toutefois (fest à sçavoir si ce n'est point encore ici une autre fiction d'esprit^ ou si ce Francion étoit véritablement quelque gentilhomme ami de du Parc, dont il avoit entrepris décrire la vie, et duquel il avoit eu quelques mémoires. Mais cela n'importe de rien; il suffit que nous reconnaissions l'excellence du livre. Au reste, en ce qui est de ces choses modernes qui ont été mises ici, parce que l'an les a trouvées fort bien enchâssées dedans l'histoire, et qu'elles étaient trop connues pour être désormais oubliées, il les y a fallu laisser; mais néanmoins tout cela est arrangée avec tel ordre, que nous pouvons dire que nous avons maintenant la vraie histoire de Francion, ayant été corrigée sur les manuscrits de l'auteur. Et, pour ce qui est de ces choses étrangères, nous ne disons point si elles sont meilleures ou pires que le principal du livre, car il y a différentes espèces de beautés. Il faut considérer aussi que cela est en si petite quantité j au prix de ce qui a été fait par du Parc, que cela n'est pas considérable, et que, quand cela n'y serait pas, l'histoire n'en vaudrait guère moins; tellement que l'on ne l'y laisse que pour rendre plus satisfaits les plus curieux, qui ne veulent rien perdre de ce qu'ils ont vu une fois dans les livres^ joint que c'est une maxime, qu'en ce qui est de ces livres de plaisir il est permis d'y cltanger plus librement qu'aux autres. Toutefois il est certain que, si l'on a ajouté quelque

* Voy. livre XI.

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chose à ceiuici, ce n'a pu être que selon les desseins du premier auteur, lesquels il a été besoin de suivre; tellement que Phonneur lui est dû de tout ce que Von y a pu faire. Nous devons considérer, d'un autre côté, que nous ne manquons point de trouver beaucoup de personnes qui assurent que le tout doit être d'un même auteur, et que ces choses, que Von soupçonne être d'un autre que de du Parc, ne sont pas arrivées si nouvellement, qu'il n'en ait pu avoir connoissance; si bien que cela pouvoit être compris dans les derniers livres de son histoire, et c'est à tort que, pour deux ou trois discours. Von soupçonne tout le reste. Chacun doit demeurer dans cette opinion, et ne point croire qu'autre que le sieur du Parc soit auteur de VHisioke comique de Francion tout entière; car pourquoi V attribuer a-t-on à un autre, puisque même il ne se trouve personne qui se Vattribue? Aussi nous a-t-il laissé cette agréable pièce en un tel état, qu'elfe se pouvoit faire estimer sans aucun aide, et que les embellissemens que Von y a pu apporter ne sont pas capables de lui ôter Vhonneur qu'il mérite; de sorte quHl ne faut point aussi que les vivans pensent s'attribuer la gloire des morts. Il y a beaucoup de choses à dire pour la recommandation de son ouvrage; mais à quoi cela sert-il, puisque le voici présent, et qu'il n'y a qu'à le considérer pour voir combien il est estimable*.

* Sorel, sous le couvert du sieur du Parc, est en belle situalion pour se louer tout à son aise : on voit qu'il ne s'en est pas fait hinle.

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