Univers de 1859. Novembre et décembre. Variétés
150 LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
pas vu les mémoires inédits composés pour la réhabilitation. Si le lecteur au repos lit ce volume, il y verra qu'il s’est trouvé parfaitement d’accord avec les grands canonistes du quinzième siècle. Ce n’était pas dans un seul livre et par circonstance, qu’ils avaient étudié la législation canonique. Leur vie se passait à en approfondir la lettre et l’esprit. Cette seule considération aurait dû rendre le directeur de l’école des Chartes plus circonspect.
Cauchon, licencié en droit canon, qui avait enseigné cette science, savait si bien que, malgré tous ses efforts pour sauver les apparences, il en violait les prescriptions, qu’il ne pouvait pas souffrir qu’on lui alléguât les saints canons, et quil répondait qu’il fallait les laisser aux canonistes, relinqueret décréta dccretistis !.
La prisonnière arriva à Rouen sur la fin de décembre 1430. La loi ecclésiastique exige que les prévenus en matière de foi soient renfermés dans les prisons de l’Église, et elle a des égards particuliers pour les femmes. Jeanne n’a cessé de réclamer cette prison gracieuse. Elle fut renfermée dans la forteresse de Rouen, enchaînée barbarement, confiée à la garde de cinq soldats grossiers qui nuit et jour veillaient, trois à l’intérieur du cachot, deux au dehors.
Ce n’est qu’à la suite de fortes présomptions, d’une semi -preuve que l’on peut intenter un procès en matière de foi. La législation canonique est bien formelle. Les enquêteurs envoyés à Domrémy par Cauchon ont dit que tout ce qu’ils ont entendu sur la jeune fille, ils voudraient que cela fût dit sur leur sœur. Cauchon indigné a refusé de les indemniser des frais du voyage.
Défaut de juridiction, juste récusation d’un juge qui est un ennemi mortel, tumulte dans l’assistance, passion dans les interrogations, menaces à quiconque montre quelque faveur pour l’accusée, le sous-inquisiteur associé malgré lui et tardivement au juge principal, ce ne sont là que quelques-uns des vices de procédure que nous verrons relevés par les mémoires composés pour la réhabilitation.
Le 13 et le 23 janvier, les 13, 14, 13, 16, 19, 20 février, ont lieu des séances destinées surtout à constituer le tribunal et à engager le prétendu procès. Les deux greffiers désignés sont les prêtres Manchon et Bois- Guillaume. C’est Manchon qui écrit et rédige. Honnête homme au fond, mais timide, il ne voudrait pas commettre une scélératesse, que sa conscience lui reprocherait trop hautement ; mais il ira à la dernière limite dont peut s’accommoder une âme pusillanime. Héroïque, il n’eut pas été supporté, et nous aurions été privés des réponses dans lesquelles