A HT. S
« La dite femme affirme que c’est sur l’ordre de Dieu, et du bon plaisir divin, qu’elle a pris et porté, qu’elle porte continuellement un vêtement d’homme. Elle dit encore que, dès qu’elle avait reçu de Dieu le commandement de porter des vêtements d’homme, elle devait prendre tunique courte, braies et chausses avec aiguillette; couper en rond ses cheveux, ne les laissant tomber que du sommet de la tète aux oreilles ; sans garder rien qui indique son sexe, si ce n’est ce qu’elle tient de la nature. C’est avec semblable costume qu’elle a souvent reçu l’Eucharistie.
« Elle n’a pas voulu, elle ne veut pas reprendre des habits de femme, quoique elle en ait été plusieurs fois charitablement requise et avertie. Elle préfère mourir, dit-elle, que quitter son vêtement d’homme. Elle le dit quelquefois d’une manière absolue ; elle ajoute d’autres fois : à moins que ce ne fut le commandement de Dieu.
« Si elle était, dit-elle, avec son costume d’homme, parmi ceux en faveur de qui elle s’est armée, et si elle faisait comme avant d’être prisonnière, ce serait un des plus grands biens qui pût advenir à tout le royaume de France.
« Elle ajoute que pour chose au monde elle ne ferait pas serment de ne pas porter son costume masculin, et de ne pas s’armer. En tout cela, dit-elle, elle a bien fait et fait bien, puisqu’elle ne fait qu’obéir à Dieu, et exécuter ses commandements. »
Cet article fait bondir la grave faculté ; elle fulmine le jugement doctrinal qui suit ;
« La dite femme est coupable de blasphème contre Dieu , de mépris de Dieu dam ses sacrements , de prévarication contre la loi divine, la sainte doctrine , les canons de l’Église; elle nourrit en matière de foi des sentiments malsains et erronés ; elle est coupable de vaine jactance; elle doit être regardée comme suspecte d* idolâtrie, de détestation de son sexe et des vêtements gui lui sont propres, à cause de cette imitation des rites païem. »
ART. fi.
« La dite femme avoue avoir fait écrire de nombreuses lettres où se trouvent, accompagnés d’un signe de croix, ces mots : Jhesus, Maria. Elle mettait parfois une croix, et c’était une marque qu’il ne fallait pas exécuter ce qu’elle ordonnait. Dans d’autres cas, elle a fait écrire qu’elle ferait mettre à mort ceux qui n’obéiraient pas à ses avertissements, et qu'aux coups l’on reconnaîtrait qui avait meilleur droit de la part du roi du ciel. Elle aime à répéter quelle n’a rien fait que sur révélation et par ordre de Dieu. »
Ici encore la faculté perd toute modération, quand elle porte le jugement doctrinal suivant :
« Par le 6rao article, la dite femme se montre traîtresse, fourbe, cruelle, altérée de sang humain, séditieuse; elle provoque à la tyrannie, elle blasphème Dieu dans ses commandements et ses révélations. »
Combien il serait facile de montrer que ces qualifications, dont la sainte fille est parfaitement innocente, s’appliquent toutes à ceux qui l’en noircissent.