‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 119 sur 377 · Procès , t. II, p · texte numérisé non relu

Procès , t. II, p

songer à réparer son forfait, ne pensa qu’à le couvrir aux dépens de la réputation de la victime.

Il fallait tromper la chrétienté, tromper les âges à venir et se défendre immédiatement de la réprobation qui, en dépit de la pression anglaise, atteignait les coupables. La foule s’était retirée de la place du Vieux-Marché, comme la multitude était descendue du Calvaire. Nous sommes perdus , nous avons brûlé une sainte , disaient des Anglais de haut rang. Le bourreau avait été le soir même se jeter aux pieds d’un religieux de saint Dominique, lui demandant s’il pouvait espérer le pardon après avoir brûlé la sainte. On se détournait avec horreur des assassins de l’épouse du Christ-Roi.

Cauchon crut qu’il fallait un exemple. Pierre Bosquier, aussi de l’ordre de saint Dominique, pour avoir parlé contre la sentence, fut cité au tribunal du juge prévaricateur comme fauteur d’hérétique. Il fit des excuses, allégua des circonstances atténuantes, et il se vit condamné à une amende honorable publique, à la prison au pain et à l’eau jusqu’à Pâques, c’est-à-dire pour neuf mois. Cauchon se disait indulgent1.

Il s’occupait en même temps de la postérité ; il ajoutait aux actes du procès les pièces déjà mentionnées3.

Le roi d’Angleterre écrivait à tous les rois, princes, ducs de la chrétienté, des lettres où le drame de Rouen, les réponses de Jeanne étaient entièrement travestis. Il leur transmettait ces faits, disait-il, pour qu’ils pussent inspirer aux peuples l’éloignement de coupables superstitions3.

Il n’avait pas le droit de commander à des princes étrangers; il le pouvait aux ducs, comtes et seigneurs, et même (d’après l’usage) aux évêques des pays soumis à sa puissance. Il en usa. Un récit imposteur leur fut transmis; ordre aux évêques de le publier dans tous les lieux de leurs diocôces, où ils le jugeraient opportun4. Cet ordre était exécuté à Paris le jour de saint Martin le Bouillant (6 juillet), dans l’église de Saint-Martin des Champs. A la suite d’une procession solennelle, l’Inquisiteur, un dominicain, racontait dans le sens des lettres royales la vie et le supplice de Jeanne et vouait sa mémoire à l’ignominie5.

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