‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 121 sur 377 · Ibid., t. III, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. III, p

pas l’Eglise du souffle empesté de leurs erreurs, qu’il semble que nous touchons à la fin des siècles.

« Le docteur des nations nous a prédit qu’alors il y aura des jours pleins de périls, où l’on ne supportera pas la saine doctrine. Les oreilles se fermeront à la vérité et s’ouvriront au mensonge. La vérité même nous dit de son côté : On verra se lever des faux christs et des faux prophètes, ils feront des merveilles et des prodiges tels que les élus eux-mêmes, si ce n était impossible, seront entraînés dans l’erreur.

« Or, à la vue des nouveaux prophètes, qui se vantent d’avoir reçu des révélations de la part de Dieu, ou de l’Église triomphante; en les entendant annoncer aux hommes un avenir bien au-dessus de tout regard humain; en les voyant oser des entreprises nouvelles et insolites; la vigilance pastorale doit redoubler de sollicitude, pour que les peuples trop enclins aux nouveautés ne se laissent pas séduire par des enseignements étrangers, avant qu’il ne soit prouvé qu’ils viennent de Dieu. Le peuple chrétien pourrait être facilement perverti par d’astucieux et pernicieux semeurs de mensonges, si, sans l'approbation de sainte mère Église, chacun pouvait à sa guise forger des révélations d’en haut, et alléguer l’autorité de Dieu et des saints.

« Aussi, bienheureux Père, elle nous semble bien digne d’éloges l’active diligence déployée récemment pour la défense de la religion chrétienne, par révérendissime père en Dieu, le seigneur évêque de Beauvais, de concert avec le vicaire de l’Inquisiteur, délégué en France par le siège apostolique contre la perversité hérétique.

« Une femmelette (mulierculam) avait été prise dans le diocèse de Beauvais, en habits d’homme et faisant le métier des armes; elle feignait faussement des révélations divines, et était accusée de graves méfaits contre la foi; elle a été judiciairement accusée à leur tribunal; ils l’ont examinée avec soin et sont arrivés à la pleine connaissance de ses faits.

« Ils nous ont communiqué le procès déduit contre elle, et nous ont requis de délibérer sur les aveux qu’elle faisait. Nous avons pensé, afin de ne pas ensevelir dans le silence ce qui a été fait pour l’exaltation de la foi, devoir communiquer à votre béatitude ce qui nous a été transmis.

« Ainsi que nous l’ont appris les juges susdits, cette femme, qui se donnait le nom de Jeanne la Pucelle, a fait spontanément bien des aveux. Ces aveux ont été l’objet d’un sérieux examen. De fort nombreux prélats, docteurs, savants versés dans le droit divin et humain, les ont mûrement pesés; notre Université en a délibéré et les a qualifiés doctrinalement.

LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

« Il a été constaté qu’il fallait regarder cette femme comme coupable de superstition; de divination; de blasphème contre Dieu, ses saints et ses saintes ; de schisme ; d’erreurs multiples dans la foi chrétienne.

« Pleins de douleur et de tristesse à la vue d’une âme si pécheresse, engagée dans les liens mortels de si grandes iniquités, plusieurs se sont efforcés par de fréquentes admonitions, et des exhortations caritatives , de la faire revenir de l’erreur de sa voie, et de lui persuader de se soumettre au jugement de sainte mère l’Église. Mais les esprits mauvais s étaient si fortement emparés de son cœur que longtemps elle s’est obstinée à mépriser ces salutaires avertissements, refusant de se soumettre à homme vivant quel qu’il fût, à quelque dignité qu’il fût élevé, pas môme au concile général, ne reconnaissant aucun juge après Dieu.

« L’effort persévérant des juges a fini par amollir insensiblement tant d’orgueil. Acquiesçant à de meilleurs conseils, elle a abjuré ses égarements, en présence d’une grande multitude; elle a révoqué ses erreurs en termes exprès; elle a souscrit et signé de sa main la cédule d’abjuration.

« Mais, peu de jours après, la malheureuse femme est revenue à ses premières aberrations et a professé de nouveau ce qu’elle avait abjuré. C’est la cause pour laquelle les juges susdits l’ont condamnée comme relapse, l’ont déclarée hérétique par sentence définitive, et l’ont abandonnée comme telle au bras séculier.

« Aux approches de la mort, elle a confessé avec de grands gémissements avoir été trompée et jouée par les esprits qui vraisemblablement lui avaient apparu ; elle a donné dans la mort de vrais signes de repentir, a demandé pardon, et a ainsi quitté cette vie.

« Cet exemple redoutable a appris à tous combien il était périlleux de donner trop légèrement créance à des nouveautés sans fondement, telles qu’en ont répandu dans ce royaume très chrétien, non seulement la susdite femme, mais encore plusieurs autres. Un fait si éclatant doit avertir tous les chrétiens de ne pas se laisser facilement émouvoir, de s’en rapporter aux enseignements de l’Église, aux ordres de leurs prélats plutôt qu’aux contes de femmes superstitieuses.

« Si, à cause de nos péchés, un jour doit venir où des devineresses, des femmes parlant au nom du Seigneur qui ne les a pas envoyées, trouveront auprès de peuples légers plus de créance que les pasteurs et les docteurs de l’Église, auxquels il a été dit par le Christ : allez , enseignez les nations; c’en sera fait aussitôt de la religion ; la foi sera détruite, l’Église renversée, et l’iniquité de Satan dominera dans l’univers.

« Daigne Jésus-Christ écarter ces malheurs, et sous la fidèle direction de votre Béatitude préserver son troupeau de la contagion. »

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