‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 126 sur 377 · Raynaldi Ann. eccles. 1431, n · texte numérisé non relu

Raynaldi Ann. eccles. 1431, n

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LA FICELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

clercs, dénués des qualités qui devaient plus tard faire d’Æneas Sylvius le pape Pie II. Il ne faut jamais oublier que, sur la chaire de saint Pierre, Pie II a solennellement désavoué les écarts de conduite et de doctrine de cette première époque1.

En décembre, neuf mois après l’ouverture du concile, il n’y avait à Bâle que cinq évêques, sept abbés mitrés, et de nombreux ecclésiastiques d’un ordre inférieur. Ils jugèrent qu’ils étaient le concile œcuménique, et le définirent dans une session tenue le 14 décembre, la première de ce qu’une certaine école a appelé le concile œcuménique de Bâle. Ils décrétèrent l’ordre à tenir dans le concile. C’est, avec quelques modifications légères, l’ordre du concile de Constance, ou mieux encore l’ordre des délibérations de l’Université de Paris. Les clercs inférieurs jugent comme les évêques. C’est la théorie émise au cimetière Saint-Ouen, qu’être soumis à l’Eglise, c’est être soumis aux clercs et gens en ce connaissant , plutôt qu’au Pape.

Cependant Eugène IV, à la suite des renseignements fournis par Beaupère et sur l’avis des cardinaux, transférait le concile de Bâle à Bologne, et l’annonçait comme devant s’y réunir dans dix-huit mois. Le nombre si insignifiant des prélats réunis à Bâle n’était pas la seule raison ; il y en avait beaucoup d’autres fort excellentes, parmi lesquelles une plus grande facilité pour travailler à la réunion de l’Église grecque. Les Grecs faisaient de très sérieuses avances, mais ils voulaient qu’on assignât comme lieu des conférences une ville peu éloignée du littoral de l’Adriatique. Ils trouvaient déraisonnable, et justement, qu’à des évêques venus de l’intérieur de l’Asie, ayant fait une longue traversée par mer, l’on imposât encore un long voyage par terre, dans des pays inconnus, parfois en guerre, où il n’y avait ni paix, ni sécurité. Une translation fondée sur de si légitimes motifs, signifiée à Bâle en janvier 1432, y excita une vraie fureur. Quelques prélats de plus, et surtout des ecclésiastiques inférieurs, étaient arrivés, d’autres s’annonçaient ; on en prit prétexte pour révoquer en doute l’existence même du document pontifical; des lettres furent envoyées à toute la catholicité pour le démentir.

Pendant les années qui suivent, jusqu’à l’apparente réconciliation de 1434, les schismatiques de Bâle offrent dans l’ordre ecclésiastique le spectacle que près de quatre siècles plus tard devait présenter dans l’ordre politique l’assemblée de 1789.

Eux aussi déclarent représenter légitimement l’Église universelle, devoir rester réunis jusqu’à ce qu’ils aient opéré, entre autres choses, la

1. Raynaldi An . eccl., an . 1463, n° 114. Pie II parle ainsi de lui-même : in mmoribus agentes, non sacris ordinibus initiati , cam Basileæ inter eos versaremus qui se conci lium generale facef'e... aiebant . Il termine par ces mots : Æneam rejicîte, Pii m slscipite.

réforme des mœurs; ce qui était renvoyer la fin du concile à bien des siècles. Ils définissent que c’est en eux que réside le pouvoir souverain ; qu’Eugène IV et tous les cardinaux sont leurs justiciables; ils les somment d’avoir à comparaître à leur prétendu concile; réitèrent au vicaire de Jésus-Christ leurs commandements insolents; se proclament inviolables; défendent qu’Eugène IV crée des cardinaux sans leur assentiment; qu’au cas de mort et de vacance du siège de Rome, Ton procède à l’élection d’un successeur en dehors du concile; s’attribuent le jugement des causes ecclésiastiques; interdisent au Pape d’intervenir dans les élections des chapitres à moins de raisons tout à fait majeures; ils vont jusqu’à nommer le gouverneur d’Avignon et du Comtat venaissin. Ces monstruosités et bien d’autres encore, qui donnent aux hommes de Bâle tant de ressemblance avec les futurs constituants de 89, sont le fond même des treize premières sessions du singulier concile1.

Que l’Université de Paris ait soufflé cet esprit dans la factieuse assemblée, c’est ce que démontrent surabondamment ses deux historiens panégyristes, du Boulay et Crevier; ce dont ils la louent dans leur Gallicanisme effréné.

A peine a-t-elle connu la translation à Bologne qu’elle multiplie ses lettres aux révoltés pour les animer dans la voie où ils sont entrés. Telles sont celles que cite du Boulay en date du 9 février, du 10 avril, du 10 mai 1 432 2.

Elle pousse plus loin son impudence. Eugène IV, en lui accordant les bénéfices demandés pour ses suppôts, avait joint à son rescrit une Bulle close par laquelle il signifiait la dissolution du concile. Le 7 juillet 1432, en séance solennelle, on donne connaissance des grâces obtenues; mais comme l’on soupçonne le contenu de la lettre close, il est décidé à l’unanimité qu’il n’en sera pas pris connaissance, et que, sans l’ouvrir, on appellera des dispositions que l’on présume y être contenues3.

C’était peu d’animer à la révolte, de se révolter elle-même; l’Université veut qu’on punisse les enfants dociles; le mêrile jour elle écrit à Erard pour lui enjoindre de solliciter un décret de citation et d’ajournement contre ceux qui faisaient à Paris des manœuvres préjudiciables au concile (prétendu), afin qu’ils eussent à comparaître en personne devant le concile même, à l’effet de s’entendre déclarer déchus de leurs bénéfices. Elle devait sans doute s’offrir pour s’en faire la délatrice4.

Eugène IV envoya une seconde Bulle en date du 22 novembre pour

1. Pour s’en convaincre, il suffit de lire ces sessions elles-mômes.

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