M. de Beaürep.ure, Recherche $, p
LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
que la révision soit entreprise. Mais il faut le laisser nous le dire lui-même, et nous exposer le plan de son travail.
« A l’honneur du roi des rois, protecteur de l’innocence, moi, Guillaume Bouille, doyen de Noyon, le dernier des théologiens, j’ai cru, quoique fort pauvre écrivain, devoir composer l’œuvre sommaire qui suit; ce sont quelques remarques courtes et générales sur l’original du procès poursuivi autrefois à Rouen contre Jeanne, vulgairement dite la Pucelle. Elles sont destinées à exciter les plus habiles maîtres en droit divin et humain, à approfondir plus amplement la vérité sur l’inique jugement rendu d’une maniéré telle quelle par feu Pierre Cauchon, alors évêque de Beauvais, contre la dite Jeanne la Pucelle, tombée aux mains de l’ennemi, alors qu’elle combattait pour la défense du royaume contre de violents envahisseurs.
« La Gaule, au témoignage de saint Jérôme, étant le seul pays exempt de monstres, c’est-à-dire de fauteurs des impiétés de l’hérésie, l’honneur du très chrétien roi des Français1 demande qu’on n’ensevelisse pas dans l’oubli la sentence aussi inique, aussi scandaleuse qu’attentatoire à l’honneur de la couronne, prononcée par ce même évêque de Beauvais, ennemi du roi, et notoirement dévoré du désir de le déshonorer.
« Laisser dans le silence cette inique condamnation, serait manifestement laisser porter atteinte à l’honneur royal ; puisque c’est en combattant sous les drapeaux du roi que la Pucelle a été condamnée comme hérétique et invocatrice des démons. Quelle tache dans l’avenir, si les ennemis pouvaient dire qu’un roi de France a entretenu dans son armée une femme hérétique, et en communication avec les démonsi Le Sage nous dit de repousser pareille infamie, quand il écrit : Ayez soin de conserver bon renom; et l’on a bien souvent cité ces paroles d’Augustin: Abandonner le soin de sa réputation , alors surtout qu'en la noircissant on noircit un royaume ou toute une nation , c'est cruauté.
« Je crois donc, la suite du procès bien considérée, et après mûr examen de la conduite, de la vie et de la mort de la Pucelle, que c’est faire œuvre de piété et de salut public que de soutenir son innocence. Elle travaillait pour la restauration de ce royaume de France si souvent prédite par elle.
« N’a-t-elle pas chassé* rempli d’effroi les insolents ennemis du royaume? Ses saints avis n’ont-ils pas réveillé les courages endormis? Ne les a-t-elle pas fait courir aux armes pour expulser les féroces envahisseurs? Depuis son apparition, leur force ou leur puissance alanguie a-t-elle cessé de faiblir?
« Rien, d’ailleurs, dans tout le cours du procès, n’indique de sa part 1. Les auteurs des mémdires disent constammënt rex Francorum, jamais rex Francise.
CHARLES VII ENTREPREND LA RÉVISION DU PROCÈS
des pratiques tenant du sortilège, ayant trait aux superstitions réprouvées par TÉglise; rien qui ressente les coupables habiletés des hommes. Rien pour son intérêt privé; tout était pour la délivrance du royaume, et le relèvement du très digne trône royal.
« Il y a donc une pressante obligation pour la sérénissime Majesté royale de faire resplendir l’innocence de la Pucelle, de faire examiner par les théologiens et les juristes les plus doctes un procès suspect. S’il est démontré que ce procès est vicieux dans la forme ou dans le fond ; qu’on s’applique à tout réparer, et qu'on rapporte comme inique la sentence rendue contre la jeune fille. Ainsi seront fermées les bouches des détracteurs; ainsi une inviolable fidélité sera assurée à la famille royale, que Dieu daigne affermir dans la personne de notre roi très victorieux, pour le salut et la défense de son peuple.
« Resserrer la discussion, c’est la faciliter. Aussi, après une étude du procès fait contre Jeanne, j’ai cru plus utile de me borner à trois inculpations sur lesquelles le susnommé Cauchon et ses complices ont cru devoir principalement s’appuyer pour déclarer la Pucelle criminelle. Je crois, sauf jugement de plus habiles, pouvoir montrer plus clair que le jour que les imputations sont calomnieuses. Je ne toucherai pas à la forme du procès, laissant à messieurs les juristes de décider si les formes juridiques ont été bien ou mal observées.
« J’ai, après cela, discuté les douze articles envoyés par Cauchon a messieurs les prélats et aux docteurs, comme base du jugement à porter. La fausseté en est manifeste; ces articles ont été rédigés sans droiture et sans sincérité; les réponses de la Pucelle sont altérées. L’on passe sous silence ce qui les justifie; on ajoute ce qui les dénature, ainsi que s en convaincra quiconque parcourra sérieusement le procès. Il en résulte clairement que les personnages consultés ont été égarés par un faux exposé du fait ; par suite le jugement tout entier, la sentence portée par les prétendus juges, avec tout ce qui s’en est suivi, est dénué de force et de valeur. Le procès croule dans son entier. »