Procès , t. IV, p
LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
cherat \ à cela près qu’on a suppléé ce qui est nécessaire pour en rendre la lecture courante.
« Le roi, attendu la nécessité de lui et de son royaume, et considérées les continues prières de son pauvre peuple envers Dieu et envers tous autres amants de la paix et de la justice, ne doit point débouter ni rejeter la Pucelle, qui se dit être envoyée de par Dieu, pour lui donner secours; non obstant que les promesses faites par elle soient œuvres humaines. Il ne doit aussi pas croire en elle, de suite et légèrement. Mais suivant la sainte Écriture, il la doit éprouver par deux manières, c’est à savoir, par prudence humaine, en s’enquérant de sa vie, de ses mœurs et de son intention, comme dit l’Apôtre : probate spiritus, si ex Deo sunt ; et il doit par dévote oraison requérir un signe de quelque œuvre, ou manifestation, par quoi on puisse juger qu’elle est venue de la volonté de Dieu. Ainsi Dieu commanda à Achaz qu’il demandât un signe, lorsque il lui faisait promesse de victoire, et lui disait : demandez un signe, pete tibi signun à Domino ; semblablement fit Gédéon qui demanda un signe, et plusieurs autres.
« Le roi, depuis la venue de la dite Pucelle, a observé et tenu les œuvres et les deux manières dessus dites; c’est à savoir, il a fait probation par prudence humaine, et aussi par oraison, en demandant signe de Dieu.
« Quant à la première, qui est par prudence humaine, il a fait éprouver la dite Pucelle de sa vie, de sa naissance, de ses mœurs, de son intention ; il l’a fait garder avec lui pendant six semaines, pour la démontrer à toutes gens, gens d’église, gens de dévotion, gens d’armes, femmes veuves et autres; et publiquement et secrètement elle a conversé avec toutes gens; mais en elle l’on ne trouve point de mal, mais au contraire, bien, humilité,
VIRGINITÉ, DEVOTION, HONNÊTETÉ, SIMPLESSE; ET DE SA NAISSANCE ET DE SA VIE PLU- SIEURS choses sont dites comme vraies. Quant à la seconde manière de probation, le roi lui a demandé un signe, auquel elle répond qu’elle le montrera devant la ville d’Orléans et pas avant, ni en autre lieu ; car ainsi lui est ordonné de par Dieu.
« Le roi, attendu la probation faite de la dite Pucelle, en tant que lui est possible, nul mal n’étant trouvé en elle, et considéré sa réponse qui est de démontrer signe divin devant Orléans ; vu sa constance et sa persévérance en son propos, et ses requêtes instantes d’aller devant Orléans, pour y montrer le signe du divin secours, le roi ne la doit point empêcher d’aller à Orléans, avec ses hommes d’armes ; mais il doit la faire conduire honnêtement, en espérant en Dieu. Car la dédaigner, ou la délaisser sans apparence de mal, serait répugner au Saint-Esprit, et se rendre indigne de