Procès , t. III, p
LES DOCTEURS ET LA SENTENCE DE POITIERS
laide de Dieu, ainsi que le dit Gamaliel, en un conseil des juifs, au sujet des Apôtres1. »
Voilà le diplôme délivré à Jeanne; la route lui est légitimement ouverte. Charles est parfaitement justifié de mettre en œuvre pareil auxiliaire ; il ne le serait pas de n’en pas faire usage. Le jury de Poitiers ne s’appuie pas sur des raisons tirées de l’ordre naturel; elles faisaient totalement défaut, ou plutôt étaient totalement contraires ; il ne met en avant que des motifs de l’ordre surnaturel. Il peut être utile de les développer, et de rappeler quelques circonstances historiques, qui aident à mieux les comprendre.
Le roi , attendu la nécessité de lui et de son royaume et considéré les continues prières de son pauvre peuple envers Dieu et tous autres aimant paix et justice . Les docteurs de Poitiers savaient bien que c’est lorsque tout est désespéré et réduit à néant, que Dieu aime à intervenir visiblement, alors surtout qu’il en est instamment supplié. C’est la double pensée qu’ils expriment, et les deux étaient également fondées. Le péril était extrême ; et les prières et les sanglots montaient continus vers Dieu, vers la mère de miséricorde, les anges et les saints, désignés ici par ces tous autres aimant paix et justice .
Dans les États généraux tenus à Chinon, en septembre 1428, le clergé avait ordonné que dans toutes les églises notables du royaume, une procession se ferait chaque vendredi, pour la prospérité des armes du roia. On courait aux sanctuaires nationaux. Aucun ne l’est à l’égal de celui de Notre-Dame du Puy-en-Velay. Grandement fréquenté en tout temps jusqu’à la Révolution ; il l’était surtout à l’époque de ses Grands Pardons, ou Jubilés. Ils ont lieu toutes les fois que la fête de l’Annonciation coïncide avec le mystère de la Rédemption, c’est-à-dire lorsque le Vendredi-Saint tombe le 25 mars. C’était le cas en 1429. Les chroniques du Puy ont conservé, écrit en langue vulgaire, l’arrêté par lequel les consuls réglaient, en ce qui les concernait, les mesures exigées par le concours de la foule. On y trouve la double pensée exprimée par les docteurs de Poitiers. Sauf correction de ceux qui mieux savent, disent les magistrats, temps ne fut jamais si plein de périls et d'alarmes . Aussi les bons bourgeois demandent-ils que chacun mette sa conscience en bon état, que l’on se pardonne