XV. — Questions sur la procédure suivie
Les délicates affaires que le Cardinal légat était venu traiter exigeaient qu’il eut autour de lui des hommes profondément versés dans la science et la législation ecclésiastique, des canonistes et des théologiens. C’est à ce titre que Paul Pontanus était venu en France à la suite de d’Estouteville; il avait pour collègue Théodore de Lellis. M. de Beaurepaire, dans l’ouvrage déjà plusieurs fois cité de ses Recherches' , nous les montre l’un et l’autre à Rouen en 1451, pour prendre connaissance d’un différend survenu entre l’archevêque Raoul Rousset et les Cordeliers. Paul Pontanus était si avant dans la confiance du Cardinal légat, que le rescrit par lequel l’Éminence accorde pour la fête du 8 mai les indulgences, dont il a été parlé, ne porte que la signature de Paul Pontanus.
La haute position qu’il occupait à la cour suprême de la chrétienté, au tribunal de la Rote auquel aboutissaient alors tant de causes, devait l’avoir
i.P. 93 et 98.
LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
fait connaître dans la plupart des nations de l'Occident. La manière dont parlent de Paul Pontanus les mémoires qu'il nous reste à faire connaître est loin de démentir cette conjecture. Paul Pontanus était depuis douze années déjà avocat consistorial auprès du grand tribunal romain. Plusieurs jurisconsultes fameux dans l’histoire du droit au xve siècle ont illustré ce nom de Pontanus. Ils appartenaient à la même famille, et étaient originaires de Céretto en Ombrie. Ce qu'il m'a été donné de découvrir sur celui qui nous occupe se réduit aux lignes suivantes de Jacobilli, qui en disent long sur son mérite. Il naquit à Céretto d’une famille féconde en jurisconsultes qui ont laissé un grand nom dans la jurisprudence. Paul Pontanus fut fait avocat consistorial en 1440; il fut très éminent parmi les hommes de loi de son temps ; il a laissé de très doctes consultations1.
Impossible de trouver alors personnage plus digne de l'incomparable cause que le légat abordait au nom de l’Eglise; meilleur juge de ce qui s'était passé à Rouen. Paul Pontanus a posé les questions qui devaient être examinées, et a mis sous les yeux de ceux qui seraient appelés à donner leur avis les éléments de la solution. Il a pris les XII articles calomnieux, a montré combien la rédaction même matérielle en était défectueuse ; il leur a donné une forme d’où les répétitions étaient bannies; et en face des allégations mensongères, altérées, il a mis les réponses vraies de l’accusée, telles que les rapporte le procès-verbal, les complétant par les dépositions entendues dans l’information préparatoire.
Le jurisconsulte romain avait entre les mains le procès de condamnation traduit en latin par Manchon et par Courcelles, et les informations faites par d’Es toute ville, Bréhal et par Philippe de la Rose. Il renvoie aux folios du double manuscrit; j’y substitue la pagination de Quicherat, t. Ier pour le procès, t. II pour l’enquête. Qu’on ne s’étonne pas de voir les mêmes réponses de l’héroïne reproduites plusieurs fois dans le travail de Pontanus. La même parole est moyen de solution pour plusieurs questions, et Jeanne elle-même a été amenée à répéter des réponses déjà données.
Bréhal et Théodore de Lellis avaient fait aussi des sommaires; mais celui de Pontanus étant le seul que citent les mémoires, c’est aussi le seul qui sera ici traduit. Il a été tiré du manuscrit 1033, supplément , de la Bibliothèque nationale. Il fourmille de fautes de copistes, qu’il est facile de faire disparaître, en se rapportant au procès lui-même, auquel renvoie l’avocat consistorial. Quicherat ne donne que de courts extraits du travail de Pontanus, travail non couché dans l’instrument du procès de réhabilitation ; il est traduit ici dans son entier.
1. Inter jurisconsultes sui ævi valdè excellais nliquit doctissima consi lia . Jacobilli,
Bibliothcca utnbrica, p. 219. Fulginæ, 1658.
PAUL PONTANUS ET LE SOMMAIRE DE LA CAUSE
« Le secours de Notre Seigneur Jésus-Christ, source d’intelligence, du bon jugement et de la vérité, étant invoqué, l’exposé des faits supposé vrai, voici, à mon avis, les points à discuter :
« I. Les révélations ou apparitions doivent-elles être attribuées aux bons ou aux mauvais esprits?
« IL Faut-il blâmer ou justifier le port du vêtement viril?
« III. Les faits et gestes établis au procès doivent-ils être blâmés ou excusés ?
« IV. Les paroles de Jeanne sont-elles répréhensibles ou susceptibles de justification ?
« V. A-t-elle erré dans la soumission à l’Église?
« VI. De tout ce qui précède, était-on fondé à la déclarer hérétique?
« VII. Le procès et la sentence rendus contre Jeanne croulent-ils pour vices dans la procédure ou pour toute autre cause? »
Ce premier questionnaire fut suivi du sommaire suivant. Le jurisconsulte romain commence par mettre les XII articles en meilleur ordre.