ROBERT CYBOLE. — LES RÉVÉLATIONS
n’est pas contraire à la vérité. C’est au contraire un argument en faveur de la foi; caria foi est basée sur la révélation, la révélation seule nous faisant connaître la fin surnaturelle à laquelle nous sommes appelés et les moyens de l’atteindre. Les révélations particulières sont une manifestation de cette providence attentive à nous conduire à notre fin dernière.
L’on dira (c’était une des grandes objections) : les révélations faites à Jeanne n’avaient pas pour objet la fin surnaturelle, mais uniquement les intérêts du temps, la guerre, un principat politique, des événements de l’ordre temporel. — Dieu, répond Cybole, révèle aussi ces événements, parce qu’ils sont moyens pour la fin surnaturelle, et il le prouve longuement par des exemples tirés de l’Ancien Testament, ou empruntés aux vies des saints, notamment aux dialogues de saint Grégoire. Aucun catholique, dit-il, ne saurait nier que Dieu n’ait fait de semblables manifestations. Mais, objecte-t-on, ces manifestations sont garanties par l’autorité des saints; celles de Jeanne ne le sont que par elle-même; elles ne sont pas vraies; elle a été hallucinée par les esprits de malice.
Réponse facile pour ceux qu’importunent et blessent de telles manifestations, mais c’est sans parti pris, sans passion, qu’il faut en examiner la vérité. Nul doute que l’esprit de mal ne puisse produire des révélations et apparitions; les discerner n’est pas à la portée de tous. Personne ne doit en juger qu’après un long examen, et qu’après avoir pesé les circonstances dans lesquelles elles se manifestent.
Cybole s’étend longuement sur la thèse générale et sur la matière de cet examen. Parmi les règles multiples qu’il donne, se trouvent ces paroles de sainl Bernard : Toutes les fois que vous vous sentez porté à châtier le corps , à humilier l'esprit, à conserver T union et la paix avec vos frères , à acquérir y conserver et accroître les vertus , c'est ïesp?'it de Dieu qui parle à votre cœur . D’après Cybole, Dieu se révèle aux simples de préférence aux sages, à ceux qui obéissent plutôt qu’à ceux qui commandent, aux pauvres plutôt qu’aux riches. C’est la promesse de Notre Seigneur : Je vous loue , 6 Père, de ce que vous avez dérobé vos secrets aux sages et aux prudents, et de ce que vous les avez révélés aux petits . L’Écriture et les vies des saints le prouvent.
Le docteur se résume en disant qu’il faut considérer la personne à laquelle sont faites ces manifestations, les personnes qui se manifestent, la fin pour laquelle elles se manifestent, et la manière dont la personne favorisée poursuit cette fin.
Il en fait l’application à Jeanne. C’est une enfant de treize ou quatorze ans, sous l’obéissance de ses parents, pauvre, vierge, simple, toute à la piété ; contre laquelle ne s’est jamais élevé le moindre soupçon défavorable.
LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
qui reste humble, qui s’excuse sur sa petitesse de la mission qui lui est donnée. Ce sont de ce côté autant de signes en faveur de la bonté des apparitions.
Ils ne sont pas moins expressifs du côté des personnes qui apparaissent. Elles se nomment, c’est un signe bon. C’est saint Michel; un ange apparaît à une vierge ; tout le monde sait qu’il y a parenté entre les vierges et les anges. Ce sont sainte Catherine, sainte Marguerite, deux vierges dans la gloire, qui viennent servir de guide à une vierge humble, pauvre, mais dans les desseins de Dieu réservée à de si hautes destinées. Il n’y a là rien que de fort convenable; les vies des saints nous montrent la reine des vierges elle-même, escortée virginalement, visitant les vierges de la terre. Sainte Catherine et sainte Marguerite apparaissent entourées de lumière; leur voix est claire, suave, humble; la première apparition a lieu en plein midi, dans le jardin du père de Jeanne. Autant de signes favorables. Jeanne a été d’abord saisie d’efTroi; mais les apparitions en la quittant lui laissent la joie et un immense désir du ciel : elle se signe à la vue de ces apparitions; elle a en horreur toute sorcellerie; elle n’a pas cru à la première, mais seulement à la troisième fois; rien n’est meilleur que les conseils qu’elle dit avoir reçus de ses voix ; il en est un meilleur que les autres. Dès la première fois, elle a promis la virginité de corps et d’âme ; preuve que l’action des esprits n’était pas seulement à l’extérieur, mais encore à l’intérieur.
Quelque excellents que soient ces signes, il en est de plus excellents encore; ce sont ceux qui se tirent de la fin; la fin qui dans la vie pratique est la cause des causes, et ce que les principes sont dans la spéculation.
Si nous savions que les esprits qui apparaissaient sont ceux indiqués par Jeanne, il serait inutile de chercher si la fin était bonne; mais puisque c’est la question même, de la fin connue on peut tirer des arguments sur la nature de ceux qui la poursuivent; la bonté des agents étant déterminée par la nature des fins qu’ils se proposent. La fin poursuivie par les esprits mauvais est aussi essentiellement mauvaise que celle des esprits bons est louable. Les esprits mauvais ont beau se dissimuler ; ils laissent toujours percer leur but criminel.
L’action des esprits avait un double effet, un double but: l’un en Jeanne elle-même, l’autre en dehors de Jeanne, mais à atteindre par son intermédiaire. Par le premier, les esprits tendaient à rendre la jeune fille bonne, et ils en indiquaient les moyens : fréquenter l’Église, se confesser, communier. Conseils excellents, tendant tous au salut; ils ne sauraient venir de l’esprit de ténèbres et d’erreurs.
Par le second, ils préparaient Jeanne à porter secours au roi de France, à alléger les malheurs du royaume, à délivrer la bonne population d’Or-