‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 161 sur 377 · ROBERT CYBOLE. — SON TRAITÉ · texte numérisé non relu

ROBERT CYBOLE. — SON TRAITÉ

plusieurs bénéfices et à résider dans le lieu qu’il croirait plus favorable à sa santé et à ses études. Évreux était le diocèse de Cybole ; il était né à Ourches près de Breteuil, et avait été fait doyen du chapitre de la cathédrale de son lieu d’origine. On conservait encore à Evreux, au xvme siècle, un commentaire manuscrit des épîtres de saint Paul par le docte doyen, qui mourut en 1460 4.

La modestie respire dans le traité de Cybole; il se déclare incapable de traiter pareil sujet, affirme deux fois ne l’avoir entrepris que par un motif d’obéissance, aime à répéter l’expression salvo meliori judicio, sauf meilleur jugement, et soumet le tout à la décision du Siège Apostolique.

La vertu sans doute inspirait ces sentiments au pieux théologien; ils lui étaient particulièrement commandés par la délicatesse de sa position. Non seulement il était un des premiers avec Bouillé à attaquer un jugement prononcé et promulgué avec un appareil inusité; il ne pouvait pas ignorer le rôle malheureux qu’y avait joué la corporation à la tête de laquelle il se trouvait, la part qu’y avaient prise des collègues encore vivants. Les auteurs des mémoires ont pour la plupart écarté l’Université, en la disant trompée par les XII articles: excuse bien insuffisante. Non seulement les XII articles ont été composés par de hauts dignitaires de l’Université, non seulement, comme le dira Bréhal, l’Université pouvait en suspecter la fraude; mais, comme on l’a vu, avant les XII articles, la corporation avait montré contre la libératrice une haine vraiment féroce. Cybole, en disant qu’il faudrait considérer les circonstances dans lesquelles se trouvait l’Université quand elle condamna Jeanne, montre plus de courage que les auteurs des autres mémoires, Bréhal excepté. 11 a écrit avec le seul texte du procès de Rouen. Nulle part il ne cite les dépositions des témoins.

Il ne vivait pas à la belle époque de la scolastique. Sa phrase est loin d’avoir la plénitude de celle de Pierre Lombard, de saint Thomas ou de saint Bonaventure. Ce n’est pas non plus l’élégance de ses contemporains Pie II, du cardinal de Pavie ou du Poge ; la renaissance déjà bien accentuée en Italie n’avait pas encore fait son apparition en France. Malgré les défauts de la forme, le traité de Cybole est remarquable par la solidité du fond, surtout dans la partie où il défend l’orthodoxie de Jeanne et sa soumission à l’Eglise. Elle sera ici traduite dans son entier; je me contente d’une rapide analyse et de quelques extraits du reste du mémoire.

1. Sur Cybole, voir Biographie normande , par Lebreton, t. I, p. 313 ; YHistoire civile et ecclésiastique du diocèse d'Êvreux, par Le Brassier, p. 294.

LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

Folio clxiv-clxxi r°.

Après le préambule plein des sentiments de modestie dont il vient d'être parlé, Cybole rapporte le texte de la sentence de condamnation et réduit à quatorze les griefs sur lesquels se base le jugement final. La plupart, dit-il, fussent-ils fondés, sont des péchés contre la morale, mais non contre la foi, et ils n'autorisent pas à traiter la Pucelle d'hérétique. Les péchés contre la foi ont l’intelligence pour principe immédiat et résident dans cette faculté; les péchés contre la morale procèdent immédiatement delà volonté; ces derniers ne constituent un péché contre la foi que lorsqu’ils amènent à nier une vérité qui est un article de foi, ou qui en ressort par voie de conséquence. Un libertin, quel que soit le désordre de ses mœurs, ne pèche contre la foi que lorsque, par exemple, il niera que la fornication soit un péché. Sa foi, il est vrai, sera informe et le rendra mcapable de mériter; mais cette vertu demeure, tant qu'elle n'est pas anéantie par un acte de stricte infidélité.

Le chancelier parcourant la plupart des inculpations portées contre Jeanne montre qu’il en est peu qui soient contre la foi. On affirme cependant, continue-t-il, qu'elle est convaincue d'erreurs multiples contre cette vertu. Il faudrait les énumérer; bien plus, on aurait dû les spécifier avant d’intenter le procès. Mais on semble dire que cela résulte des griefs précédents. Lesquels? Probablement des révélations et apparitions; de la divination, des blasphèmes contre Dieu et les saints, du mépris de Dieu dans les sacrements, mépris provenant d'une absence de foi; peut-être on entend encore le schisme et l'hérésie. Discutons ces points et d’abord les révélations.

IY

Le docte professeur, comme les auteurs des autres mémoires, traite longuement la question des révélations, question capitale qui résolvait toutes les autres. Voici la suite des idées qu'il émet :

Feindre des révélations, des apparitions, est un très grave péché d’hypocrisie, un grand péché contre la vertu de religion; ce n’est pas un péché contre la foi. Cela ne suppose pas de soi la négation médiate ou immédiate d'un article de foi. Manifester des révélations, des apparitions, dont on a été réellement favorisé, n’est nullement contre la foi; car la vérité

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