CHAPITRE II
THOMAS BASIN. — LA QUESTION DE FOND (folio cxxxvm r°-cxLin).
Sommaire. — Division de cette seconde partie : procédé de Basin et des scolastiques.
I. — Apparitions et révélations : Jeanne les a-t-elle inventées? Raisons de le croire : succès des Français et délivrance personnelle prédits et non effectués. — Révélations non prouvées par le miracle ou l'Écriture. — Raisons tout au plus de douter, non de condamner. — Ces révélations ne sont pas d’invention humaine; preuves : l’àge, la condition, la position s'opposent à ce que la Pucelle les ait inventées, ou ait servi d’instrument à un imposteur. — C’était au rebours des apparences et des prévisions humaines. — Jeanne n’y aurait ni persévéré, ni réussi. — Elle n’eùt pas gardé sa virginité au milieu des hommes d’armes. — Preuves que ces révélations venaient des bons anges : les enseignements, les pratiques inculqués à Jeanne sont l’opposé *de ceux qu’inculquent les mauvais esprits, spécialement la virginité, si en horreur aux démons, si aimée des anges. — La réalisation de prédictions humainement impossibles à faire. — Le calme de Jeanne en faisant ces prophéties. — Son désintéressement. — Ces preuves sont comme indubitables. — Pareille providence était pour le bien des Anglais et des Français. — Rien d’étonnant que Dieu prophétise par une femme et prophétise les destinées dés empires. — Réponse aux objections. — La prophétie de prédestination et de commination : application à Jeanne, spécialement à ce qu’elle disait de sa délivrance. — Cette prophétie preuve frappante de la justesse de l’enseignement catholique. — Basin complété par ce qu’il dit dans l’ Histoire de Charles VIL — Explication du signe donné au roi. — Ce que Basin dit des secrets dans son Histoire de Charles VIL 1I-1I1-IV-V. — Réponse à l’accusation tirée du vœu de virginité fait aux apparitions ; — de ce qu’elle disait être certaine de son salut; — de son vêtement, etc.
VI. — Les prophètes sont absolument certains de la vérité de leurs prophéties. — Jeanne certaine. — Comparaison employée par elle, explication du mot sicut.
VIL — La soumission à l’Église; principal lieu d’embûches des ennemis de Jeanne. — Orthodoxie de Jeanne. — Elle refuse légitimement de se soumettre à l’Église de ses interrogateurs. — Meme l’Église véritable n’aurait pas pu commander à Jeanne d’abjurer des révélations ne renfermant rien de contraire à la foi, rien que d’utile et de bon. — Ce qu’il y avait d’insolite en Jeanne n’est pas sans exemples analogues; elle ne prétendait pas servir de règle. — On n’est pas hérétique pour refuser obéissance à son ordinaire. — Conclusion.
Basin, après avoir examiné, avec l'ampleur que l'on vient de voir, la question de forme, aborde la question de fond. L’ordre judiciaire eùt-il été gardé, y avait-il lieu, d’après les aveux et les réponses de Jeanne tels qu’ils sont au procès, de la déclarer convaincue des crimes énumérés dans la cédule d’abjuration, crimes pour lesquels elle a été condamnée au supplice comme relapse?
L’auteur divise cette seconde partie en sept articles : 1° Jeanne est-elle l’inventrice de ses révélations, et ces révélations viennent-elles des bons, ou des mauvais esprits? 2° Les hommages rendus aux esprits qui lui apparaissaient, le vœu de virginité qu’elle leur a fait, autorisaient-ils à la taxer d’idolâtrie ? 3° Que penser de l’assertion par laquelle elle affirmait être aussi certaine d’aller en Paradis, que si elle jouissait déjà de la gloire des bienheureux ? 4° Que penser de la certitude qu’elle disait avoir de ses apparitions, notamment de celle de saint Michel, qu’elle affirmait croire aussi fermement que la passion et la mort de Notre Seigneur pour notre rédemption? 5° Quel jugement porter sur son costume viril, sur les armes qu’elle maniait, sur ses cheveux coupés? 6° Sur sa fuite du sein de sa famille? 7° Le refus de soumettre ses actes et ses paroles à l’Eglise était-il une raison suffisante de la déclarer coupable de schisme, d’hérésie, d’idolâtrie et des autres crimes énumérés dans la cédule d’abjuration? Pouvaiton justement et canoniquement baser sur ce grief la sentence qui l’a condamnée comme relapse?
Basin, reproduisant le mouvement de l’esprit, quand il cherche la lumière sur une question douteuse, présente d’abord les raisons contraires au sentiment qu’il va embrasser, donne les motifs de sa solution et répond ensuite aux objections qu’il s’est posées. C’est la méthode scolastique, suivie aussi par Bourdeilles dans le mémoire qui viendra après celui-ci.
Je ne donne que le résumé succinct de cette seconde partie du mémoire; les passages les plus propres à l’auteur sont seuls traduits; au risque de présenter des répétitions, ce qui se rapporte aux révélations et à la soumission à l’Eglise est exposé plus longuement. L’unanimité de sentiment, chez des hommes de la valeur de ceux dont les écrits sont ici reproduits, n’est pas sans ajouter au poids de leurs raisons. Il faut espérer que l’histoire digne de ce nom tiendra enfin compte des considérations présentées par des autorités si compétentes.
Peut-on d’après les actes du procès prononcer que Jeanne a faussement simulé les apparitions des saints et des saintes? inventé les révélations qu’elle disait en avoir reçues sur l’avenir? ou quelle a eu recours aux superstitions de la divination ?
Sauf meilleur jugement, dit Basin, je pense pouvoir prouver qu’il n’est pas vraisemblable qu’elle ait inventé ces apparitions et ces révélations, pas plus qu’il n’est probable que ce soient des effets de l’esprit de mensonge.
TIIOMAS BASIN. — LA QUESTION DE FOND
La raison d’en douter, ce serait la règle donnée par saint Chrysostome et empruntée à l'Écriture, pour discerner les prophéties inspirées par les démons, de celles qui viennent de Dieu. Les prophéties qui viennent de Dieu sont pures de fausseté ; il n’en est pas de même des prophéties qui viennent des démons. Elles sont mêlées de vrai et de faux ; de vrai pour se concilier créance ; de faux parce que le démon ignore souvent l’avenir, et qu’il est l’esprit de mensonge. Or c’est ce dernier caractère qu’ont les prophéties de Jeanne. Il en est que l’événement a vérifiées, telles que la délivrance d’Orléans, l’expulsion des Anglais, le recouvrement du royaume par notre monarque; mais d’autres sont fausses: elle a prophétisé sa délivrance de prison, prédit qu’en sa compagnie les Français feraient en faveur de la chrétienté le plus haut fait d’armes qui eut été encore accompli.
Quiconque se présente, comme investi par Dieu d’une mission extraordinaire, doit prouver sa mission par le miracle : c’est ce que fit Moïse, changeant sa verge en serpent, et réciproquement; ou l’établir par un texte de l’Écriture : tel saint Jean-Baptiste qui alléguait en sa faveur ces paroles d’Isaïe : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : préparez les voies au Seigneur . Mais Jeanne ne pouvait pas alléguer en sa faveur des textes de l’Écriture; et il n’y a ni vérité ni vraisemblance dans le signe qu’elle a dit avoir donné au roi : à savoir saint Michel entouré d’une foule d’anges qui serait venu vers le monarque, lui aurait fait une révérence, et lui aurait remis une très précieuse couronne.
Si ces objections, dit Basin, justifient des doutes et interdisent de se prononcer à la légère, elles n’excusent pas de témérité ceux qui ont jugé que les révélations de la Pucelle étaient une invention humaine, ou venaient des esprits mauvais; ceux qui, sous peine de mort, ont forcé Jeanne de les abjurer, et ont fondé une condamnation certaine sur des raisons incertaines.
Je pense au contraire, dit l’évèque de Lisieux, qu’aulant qu’on peut le conclure dans ces matières naturellement mystérieuses, les apparitions et les prédictions de Jeanne ne sont pas le fait d’une invention humaine, qu’elles viennent non des mauvais, mais au contraire des bons esprits.
Elles ne sont pas le fait d’une invention humaine :
1° Cela répugne à la simplicité de la jeune fille. Une villageoise, née de parents pauvres, qui n’avait vaqué qu’aux travaux des champs et d’un pauvre ménage, n’a pas pu d’elle-même concevoir et conduire à bonne fin une entreprise aussi ardue que celle qu’elle a réalisée. Elle n’y a pas été engagée par ses parents; ils en ont conçu une douleur extrême, alors qu’à leur insu elle est partie pour l’exécuter. Elle n’y a pas été formée par l’habile stratagème d’un tiers; elle n’était pas d’un âge et d’une condition
LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
à s’y prêter et à la poursuivre avec la constance qu’elle a déployée. La Pucelle affirme avoir eu ses premières révélations à treize ans; elle n’en avait que dix-sept quand elle s’est présentée au roi. Ce n’est pas à cet âge que l’on accepte et que l’on soutient longtemps un rôle si plein de dissimulation.
2° L’entreprise et les prophéties étaient au rebours de toutes les vraisemblances. Les Anglais étaient au comble de la prospérité, les Français au comble du malheur. Les Anglais étaient enorgueillis par une suite de victoires où ils avaient taillé en pièces et dissipé les armées françaises ; les Français étaient abattus et découragés par une suite de revers. Les Anglais étaient réputés bien supérieurs, et le sentiment presque universel était que, maîtres d’une partie de la France, ils allaient la subjuguer tout entière, à moins d’une intervention miséricordieuse de la Providence. Qui donc aurait pu penser que le bras d’une fillette suffirait pour abattre tant de puissance et relever tant de faiblesse, faire lever le siège si puissamment assis devant Orléans, et expulser les Anglais si fortement enracinés en France? Ces événements contre toute vraisemblance étaient en dehors de toute conjecture humaine.
3° Si l’œuvre de la Pucelle eût été le résultat d’un stratagème de l’homme, la jeune fille n’eût pas affronté les périls et les difficultés avec tant de persévérance; elle n’y eût pas déployé tant de courage; elle se serait démentie. Dans le cas où son entreprise n’aurait pas été divine, il lui serait arrivé ce que Gamaliel prédisait de l’œuvre des apôtres; elle tomberait d’elle-même, disait-il, si elle n’était qu’œuvre d’homme, ainsi qu’on l’avait vu pour Théodat et Juda de Galilée. C’est ce qui est arrivé à l’aventurière qui a voulu se faire passer pour Jeanne la Pucelle, soustraite au bûcher. On a promptement découvert la fausseté de cette fable.
4° C’est la croyance universelle que Jeanne a conservé sa virginité au milieu des camps, parmi les hommes d’armes, qui étaient alors d’une extrême dissolution. C’est là un fait de toute invraisemblance, si son entreprise avait été inspirée par des vues humaines, et si elle n’avait pas été assistée par un secours surnaturel particulier; le sage nous disant que personne ne peut être continent sans un don de Dieu, don qui doit être obtenu par la prière.
Il est de toute invraisemblance que l’œuvre de la Pucelle soit une œuvre d’invention humaine. On peut prouver d’une manière à peu près évidente qu’elle n’a pas été inspirée par les mauvais, mais bien par les bons esprits.
Basin développe les cinq preuves suivantes1 :
1° Les bons conseils donnés à Jeanne. — Après les avoir brièvement
t. « Ex quinque signis et argumentis satis evidenter approbari potest. » (F° 139 r°.)
THOMAS BASIN. — LA QUESTION DE FOND
indiqués, il poursuit : Il n’est pas à croire que ces bons conseils proviennent des esprits mauvais ; témoins ceux qui ont examiné les procès des sorciers Vaudois, auxquels les mauvais esprits ont coutume d’apparaître. La première chose réclamée par les esprits du mal, c’est que leurs adeptes renient la foi et le nom du Christ, qu’ils n’entrent pas dans une église catholique, qu’ils méprisent les divins sacrements, n’usent pas d’eau bénite, leur rendent à eux-mèmes les honneurs dus à Dieu, leur fassent certaines oblations et d’abominables sacrifices; honneur dont, selon saint Augustin dans la Cité de Dieu , ces esprits superbes sont désireux pardessus tout; en un mot, ils poussent à tout ce qui est manifestement en opposition avec l’Église Catholique.
La Pucelle, ainsi qu’il vient d’être dit, ne recevait au contraire de ses voix que des avis tendant à la faire avancer en sainteté, en piété, en amour des pratiques catholiques. Le nom de Jésus était toujours sur ses lèvres ; il en fut ainsi jusqu’à son dernier souffle, si bien que d’après quelques témoins entendus hors du procès, pendant qu’elle était consumée sur le bûcher, on a vu le nom de Jésus se détacher en caractères de feu au milieu des flammes: signe manifeste qu’elle était conduite par les anges et non par les démons. Saint Jean, en effet (I, c. IV), voulant apprendre aux fidèles à discerner les esprits qui les excitent, leur dit : Voici le signe de V esprit de Dieu : tout esprit qui confesse que Jésus-Christ est venu dans la chair est de Dieu , et tout esprit qui divise Jésus-Christ n'est pas de Dieu .
Les esprits qui visitaient et instruisaient la Pucelle ne divisaient pas Jésus ; ils confessaient que Jésus est venu dans la chair, eux qui l’excitaient à fréquenter l’église, à recevoir avec respect et dévotion le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ... Ils ne lui enseignaient rien de contraire à la foi. C’est une marque manifeste que les apparitions et révélations faites à Jeanne ne provenaient pas des esprits mauvais, toujours avides de tromper les hommes, de les entraîner à l’idolâtrie, de les endormir sur l’affaire du salut, ainsi que l’enseigne saint Augustin.
2° Basin développe la marque signalée par tous les mémoires: la crainte produite par le premier abord des apparitions, la joie et le véhément désir du ciel qu’elles laissaient en se retirant.
3° Les esprits exhortaient Jeanne à garder la virginité; et il est bien connu que la Pucelle l’a conservée intacte, sa vie entière; chose impossible, sans un secours à part du ciel, lorsque l’on connaît le débordement de ceux au milieu desquels elle a longtemps vécu. C’est là un argument à peu près certain que ceux qui l’exhortaient à une vertu si éminente, à tant de pureté et de sainteté, n’étaient pas les esprits immondes et pervers. Job parlant du démon, qu’il appelle Béhémot, nous dit qu’il se plaît dans les marécages, c’est-à-dire dans la luxure, ainsi que la suite l’indique.
LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
La glose, au Lévitique, enseigne que tous les péchés sont une joie pour les démons, aucun à l’égal de la fornication qui souille et l’àme et le corps. Aussi les démons chassés par Notre Seigneur du corps d’un possédé lui demandèrent-ils de pouvoir se réfugier dans des pourceaux, c’est-àdire dans des hommes plongés dans le bourbier des passions charnelles, séjour préféré des démons. Ce n’est donc pas à la virginité, mais bien à la turpitude des passions sensuelles, que les démons eussent vraisemblablement poussé Jeanne.
Le Sauveur nous a enseigné cette manière de discerner les vrais des faux prophètes : Tenez-vous en garde , nous dit-il, contre les faux prophètes; vous les connaîtrez à leurs fruits . Est-ce que ton cueille les raisins sur les buissons y ou les figues sur les ronces? Un bon arbre porte de bons fruits , un mauvais arbre porte de mauvais fruits? (Mathieu, c. VI.) Apollonius, écrivain ecclésiastique, rapporte que Prisque et Maxime, femmes que l’hérétique Montan donnait comme animées par l’esprit de prophétie, furent à leurs fruits connues comme de fausses prophétesses ; Eusèbe nous apprend que ce qui les démasqua, ce fut leur vie de luxure et leur attirail de courtisanes.
Un fait semblable est rapporté par Firmilien dans une lettre au bienheureux Cyprien. Une femme était saisie par un esprit qui la jetait hors d’elle-même; dans cet état elle disait des choses étonnantes, étranges, manifestées, prétendait-elle, par l’esprit de Dieu. Plusieurs fidèles y furent trompés, et on la crut d’abord favorisée de communications célestes; mais ses impuretés et ses souillures ayant été mises à nu, on reconnut, au fruit des œuvres, qu’elle était une pseudo-prophétesse, suscitée par l’astuce des démons, pour tromper les âmes.
Par contre, la pureté et l’intégrité virginale, si fort conseillée à Jeanne par ses apparitions, si fidèlement gardée, ainsi que l’atteste la voix publique, cette intégrité forme en sa faveur une véhémente présomption. Le fruit d’une vertu si excellente, le cent pour un de la semence évangélique d’après les saints docteurs, doit provenir des bons esprits et non des esprits immondes.
4° La réalisation des prédictions faites dans un temps où elles allaient à l’encontre du sentiment public et des pressentiments communs ; lorsqu’à peu près absolument personne ne pensait que leur accomplissement fût humainement possible, vu l’extrême différence de l’état des deux partis contendants. Pareil avenir était subordonné, sous la conduite de la divine Providence, à la libre volonté des hommes. Les démons eux-mêmes ne pouvaient en rien le connaître avec certitude, et ne pouvaient le manifester que conjecturalement; et cependant la Pucelle n’a cessé d’en parler avec assurance comme d’une chose certaine; nous en voyons la réalisation. C’est une preuve évidente de la vraie prophétie, de la prophétie inspirée
THOMAS BASIN. — LA QUESTION DE FOND
par Dieu, ainsi que l’enseigne saint Augustin au livre XVIIIe de la Cité de Dieu .
5° Lorsque Jeanne prophétisait, quand elle annonçait la levée du siège d’Orléans, l’expulsion des Anglais de la France entière, le rétablissement du roi dans son royaume, l’on ne voyait dans sa personne rien d’égaré, rien de désordonné; elle ne paraissait pas hors d’elle-même, ainsi que cela a lieu dans ceux que remplit le démon. C’est un signe du bon esprit qui l’animait, comme l’enseigne Eusèbe au IVe livre de son Histoire ecclésiastique\
D’apres tous ces signes et ces preuves, vu surtout que les esprits n’induisaient Jeanne ni à l’idolâtrie, ni à aucune turpitude de volupté charnelle, ni à la poursuite d’aucun bien temporel, — elle ne leur a demandé leur intercession que pour arriver è la béatitude éternelle — , je pense qu’il faut regarder ces apparitions et révélations comme venant, non des esprits impurs, mais de Dieu, par le ministère des anges et des saintes Catherine et Marguerite.
Dans le doute, les lois veulent que l’on s’arrête toujours au parti le plus favorable. A combien plus forte raison lorsque, comme dans le cas présent, ce parti est fondé sur des inductions quasi certaines et quasi indubitables, quasi certæ et indubitatæ conjecturæ .
L’on ne doit pas trop s’étonner des merveilles qu’il a plu à Dieu d’accomplir par la Pucelle. C’était pour le bien des Anglais et des Français. Enflés par leurs victoires, les Anglais en étaient venus à ce degré d’orgueil qu’ils disaient : Ce n'est pas le Seigneur , c'est la puissance de notre bras , qui a tout fait . Ils ne comprenaient pas qu’ils étaient la verge de la justice divine, punissant les péchés des Français, et exerçant les bons, temporellement châtiés avec les méchants. C’était pour le bien des Français. Confiants dans leur valeur et dans leur noblesse, ils avaient pensé d’abord pouvoir par leur force refouler les envahisseurs. Dieu ne veut pas que la chair puisse se glorifier en sa présence. Il a pris /’ infirmité pour confondre la force ; la bassesse , le rebut du monde , ce qui n'était pas , pour détruire ce qui est.
L’on ne doit pas s’étonner que Dieu ait communiqué l’esprit de prophétie à une femme, qu’il lui ait confié une mission guerrière, et de l’ordre temporel. L’Écriture sainte nous montre Anne, mère de Samuel, douée du don de prophétie, et, ainsi que l’expose si bien saint Augustin au VIIe livre de la Cité de Dieu (ch. IV), annonçant la conversion des Gentils’. C’était une prophétesse, cette autre Anne, fille de Phanuel, placée au seuil de l’Ancien et du Nouveau Testament, dont nous parle saint Luc au second chapitre de son Évangile. Les quatre filles de Philippe, un des premiers diacres, étaient douées du don de prophétie; on trouve dans l’histoire de
LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
l’Église bien d’autres femmes jouissant de semblables faveurs. Les exemples de Débora, de Judith, nous rendent croyable que Dieu ait voulu se servir d’une jeune fille, pour délivrer la France de ses antiques ennemis.
Il est bon que Dieu révèle à l’avance les révolutions des empires et des royaumes, pour répondre à l’erreur de ceux qui pensent qu’un destin aveugle distribue sans ordre et sans plan, tantôt aux bons, tantôt aux méchants, les empires terrestres, et la fortune dans le temps. L’Écriture abonde en semblables exemples; Samuel prophétise successivement l’élévation et le renversement de Saül, et la substitution de David (I Reg., c. XV et XVI) ; Ahias, que Jéroboam régnera sur dix tribus d’Israël (III Reg., XI); Daniel annonce à Nabuchodonosor qu’il sera chassé de son trône et qu’il y remontera après sept ans ; il prophétise que le royaume des Assyriens passera aux Perses et aux Mèdes (Daniel, IV, V) ; Isaïe prédit Cyrus et ses victoires (Is.,c. XLV).
Ces prophéties sont consignées dans les Saintes Écritures, pour que les habitants de la terre comprennent que le Très-Haut domine les empires, et que dans les affaires humaines rien n’est en dehors de sa Providence. Par fui régnent les rois, et les législateurs décrètent la justice ; et comme le dit Job, sa providence fait quelquefois régner un fourbe pour punir les péchés du peuple (Job, c. XXXIV).
Quant aux objections présentées au commencement, il n’est pas si difficile d’y répondre. Jeanne, disait-on, avait annoncé qu’en sa compagnie les Français feraient pour la chrétienté le plus beau fait qui eut été encore accompli, qu’elle serait délivrée de prison : événements qui ne se sont pas réalisés.
Voici la réponse de Basin qu’il faut traduire, et recommander à quiconque veut sérieusement résoudre les difficultés de la céleste histoire.
« Comme l’établit la glose au commencement du psautier, il y a deux sortes de prophéties : l’une appelée prophétie de prescience ou de prédestination, et l’autre de commination . Dieu en effet connaît l’avenir de deux manières. Il connaît cet avenir en lui-même, tel qu’il sera, par le regard qui du haut de son éternité lui rend tout présent; il le connaît dans l’ordre des causes secondes qui doivent l’amener; et quoique les futurs contingents soient pour lui déterminés tels qu’ils seront, considérés dans leurs causes, ils ne le sont pas tellement que l’issue ne puisse différer de ce qu’à un moment donné ces causes devaient produire.
« Cette double connaissance, toujours unie dans l’intelligence divine, ne l’est pas toujours dans la révélation qu’il fait, l’agent n’agissant pas toujours selon toute l’étendue de sa vertu. Parfois, dans la révélation prophétique, Dieu communique sa connaissance de prescience; il révèle l’avenir tel qu’il sera en lui-même, et qu’il est présent à son regard, et ces prophé-
THOMAS BASIN. — LA QUESTION DE FOND
ties se réalisent infailliblement. Telles sont celle d’Isaïe au chapitre vu® : Voici qu'une vierge concevra et enfantera , et cette autre du chapitre lui® : Il sera comme un agneau que Von conduit à la boucherie , et bien d’autres oracles prononcés longtemps avant l’événement. Ces prophéties s’appellent prophéties de prescience ou de prédestination .
« D’autres fois, la révélation prophétique ne manifeste de la divine prescience que l’ordre de la cause aux effets ( tel qu'il existe au moment de la prophétie); et alors l’événement final peut différer de la prophétie. Cette espèce de prophétie s’appelle prophétie de commination [ou de promission ). Telle fut celle qu’Isaïe fit à Ezéchias, quand il lui dit : Mettez ordre à votre maison ; car vous ne vivrez pas , vous mourrez; cependant plus tard : Quinze années de vie furent ajoutées à son existence (IVReg., c. XX,etIs., c.XXXVlll). Telle fut la prophétie de Jonas aux Ninivites : Encore quarante jours et Ninive sera détruite; et cependant le Seigneur touché n’infligea pas à cette ville la rüine qu’il lui avait fait annoncer (Jonas, III). Aussi lisons-nous au chapitre xvui de Jérémie : Le Seigneur a dit : Je parlerai contre un royaume et une nation, et cela pour les déraciner , les détruire , les anéantir . Si cette nation se repent du mal qui déchaîne mes menaces , moi aussi je me repentirai du châtiment que j'avais résolu de lui infliger . Quoique, dans ce cas, l’événement dernier ne soit pas conforme à la prophétie, la prophétie n’est pas fausse pour cela; car le sens en est seulement que les causes secondes, soit naturelles, soit libres, sont disposées de manière à amener l’événement prédit.
« Dans le cas présent, il faut dire que, lorsque Jeanne annonçait qu’elle serait délivrée de prison, ou qu’en sa compagnie les Français feraient un beau fait d’armes, elle faisait une prophétie de commination . C’était une menace à l’adresse des Anglais ; et les causes secondes étaient disposées de manière à amener semblables événements; mais, ou les démérites des Français, ou le repentir d’une partie de la nation anglaise, qui peut-être s’est repentie, ont apaisé à leur endroit la colère divine. Toute autre cause secrète a pu faire changer la sentence de Dieu, sans lui faire changer son conseil, comme cela a eu lieu pour Ezéchias, pour les Ninivites, dont il vient d’être parlé. Telle est la doctrine de saint Thomas (2® 2®, q. 171, a. ult. et q. 172, a. l).
« On pourrait dire aussi que cette révélation était une prophétie de promesse, division comprise dans la prophétie de commination , ainsi que l’enseigne saint Thomas dans les articles qui viennent d’être cités. C’étaient des promesses faites aux Français. Ces prophéties ne se réalisent pas toujours, parce que dans ces prophéties Dieu ne manifeste que cette partie de sa prescience qui voit l’ordre actuel des causes aux effets [or ces causes étant libres peuvent changer, et empêcher l'effet ).
LA PUCELLE DEVANT L'ÉGLISE DE SON TEMPS
« On pourrait dire encore que quand Jeanne parlait de sa délivrance, ^ de l’exploit extraordinaire que les Français devaient accomplir, elle parlait d’après un instinct que, selon saint Augustin (II, sup. gen. ad. litt.), les âmes humaines éprouvent quelquefois à leur insu, instinct qui les fait parler d’après leurs propres pensées, alors qu’elles croient parler d’après une révélation. Aussi saint Grégoire, dans son commentaire sur Ezéchiel, enseigne- t-il que par suite du grand usage de prophétiser, les prophètes consultés parlent quelquefois par leur propre esprit, tout en croyant parler par un esprit de prophétie; mais, ajoute-t-il, pour qu’il n’en résulte pas d’erreur, le Saint-Esprit les reprend aussitôt, leur fait entendre la vérité, et ils corrigent ce qu’il y a de faux dans leur dire.
« C’est ce que l’on voit que Jeanne a fait. Après avoir dit que sa délivrance lui avait été révélée, elle ajoutait que ses voix lui disaient de ne pas
SE METTRE EN PEINE DE SON MARTYRE, DE PRENDRE TOUT EN GRÉ, Qü’ELLE VIEN- DRAIT enfin en paradis, paroles par lesquelles elle corrigeait ce qu’elle avait dit d’abord, et ses voix, ajoutait-elle, lui disaient cela d’une manière absolue, et sans faute; par quoi il est évident quelle s’amendait ellemême. »
Telle est la solution de Basin sur les prophéties de Jeanne, dont le nonaccomplissement sert de thème à la libre-pensée, pour lui dénier le titre de prophétesse, tandis qu’en réalité elles sont une magnifique démonstration de l’enseignement catholique sur la matière. Où trouver un exemple plus frappant de la vérité de l’exposition de saint Grégoire, que dans ce que Jeanne disait de sa délivrance? Voici d’après la minute même du procès ce que les voix lui révélaient : « et le plus (souvent) lui disent ses voix qu’elle sera délivrée par grande victoire; et après lui disent ses voix : prends tout en gré, ne te ciiaille (ne t’inquiète pas) de ton martyre : tu t’en viendras enfin en royaume de paradis, et ce (cela) lui disent ses voix simplement, ET ABSOLUMENT, c’EST A SAVOIR SANS FAILLIR. »
C’était donc une prophétie de prédestination; elle devait s’accomplir dans toute son étendue, et dans sa plus haute signification. Jeanne allait bientôt recevoir la suprême délivrance, qui, en rompant les liens de son corps, devait faire passer son âme angélique dans la société de ses frères du ciel ; ce devait être à la suite de cette grande victoire par laquelle, rendant un suprême témoignage à sa mission, plus forte que tant et de si redoutables ennemis conjurés contre elle, plus forte que les flammes, elle devait sur le bûcher remuer jusqu’aux entraillesdu Caïphe qui la faisait mourir. Quand remporta-t-elle victoire aussi glorieuse ? Les voix lui indiquaient que la délivrance devait être prise dans ce sens, quand elles ajoutaient : prends tout en gré; sois résignée, c’est là que sera ta grande victoire; car c’est un glorieux martyre; ne te chaille de ton martyre ; et après ce mar-
THOMAS BASIN. — LA QUESTION DE FOND
tyre, tu obtiendras Tunique récompense que tu nous as demandée; tu t'en viendras enfin en royaume de Paradis. Impossible d’être plus vrai, et, à y regarder de près, plus clair, puisqu’elles disent que cela arrivera simplement, absolument , c'est à savoir sans faillir.
Mais, dit saint Thomas, même les vrais prophètes ne connaissent pas toujours tout ce que le Saint-Esprit renferme dans leurs paroles (2a 2*, q. 473, a. 4); tout comme un secrétaire peut ne pas connaître toute la portée des paroles qu’il écrit sous la dictée de celui qui l’emploie. Jeanne savait d'ailleurs que sa mission n’était pas entièrement remplie; elle se sentait parfaitement innocente ; et tout en ayant conscience de la haine de ceux qui l’entouraient, elle ne pensait pas que leur barbarie pût aller jusqu’à la brûler sur un bûcher. Les voix lui dérobaient ce suprême champ de combat, si horrible à la nature. Voilà pourquoi la sainte fille restreignait sa délivrance à une délivrance tout à fait inférieure, à la délivrance de la prison des Anglais. Mais en entremêlant ses explications aux paroles des voix, elle fait observer que ce sont ses explications personnelles. « J'appelle martyre la peine et adversité que je souffre en prison , je ne sais
SI PLUS GRAND EN SOUFFRIRAI, MAIS JE m’en ATTENDS A NOTRE SEIGNEUR. » Elle
avait dit précédemment que sainte Catherine lui promettait secours, qu’elle ne savait si ce serait en étant délivrée de prison, ou bien si quelque trouble survenant au jugement, elle recouvrerait sa liberté; elle pense que ce sera Tune ou l’autre, quoiqu’elle ignore par quel moyen elle sera délivrée (P., t. I, p. i55). C’est donc bien Jeanne qui fait par elle-même ces conjectures; elle a soin de nous l’apprendre; loin que la prophétie présente quelque difficulté, il serait peut-être impossible d’en citer une autre, plus manifestement d’accord avec l’enseignement catholique; et nous la tenons des Anglais eux-mêmes!
Quant au grand exploit que les Français devaient accomplir en compagnie de Jeanne en faveur de la chrétienté, c’était là, non moins qu’une grande partie de la mission de Jeanne, une prophétie de promesse, subordonnée à la correspondance de la nation. Gerson, Gelu, le clerc de Spire, ainsi qu’on Ta vu, avaient déjà signalé, durant la période victorieuse de la libératrice, la nécessité de cette correspondance aux desseins miséricordieux du ciel. Ils avaient annoncé que l’ingratitude du peuple délivré pourrait arrêter la plénitude des bienfaits que Dieu voulait lui départir. Basin, dans son Histoire de Charles F//(lib. II, c. XVI), ne craint pas d’attribuer à semblable cause la prise et le supplice de Jeanne. « C’est, dit-il, à cause du démérite du roi et de la nation des Français. Ils ont été ingrats pour tant de bienfaits que Dieu leur avait octroyés par la Pucelle ; ils ne lui ont pas témoigné la reconnaissance exigée par si grands et si merveilleux bienfaits; ils ont fait honneur de leurs victoires, non à la faveur gratuite de
LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
Dieu, mais à leurs mérites, ou à leurs forces; mérites certes alors nuis, ou plutôt démérites, puisque les mœurs étaient très corrompues. Cette cause, ou toute autre, parfaitement juste, quoiqu'elle nous soit inconnue, a fait que Dieu a retiré à des indignes et à des ingrats une grâce purement gratuite, accordée sans mérites précédents1. »
Ainsi parle Basin dans son Histoire de Charles VIL Revenons au mémoire. Il répond ainsi à l’objection tirée du signe donné au roi.
On objecte que le signe donné au roi n’est ni vrai, ni vraisemblable. On peut répondre qu’elle en a donné d’assez beaux devant Orléans. Par elle, et à sa suite, l’armée anglaise si fortement assise dans ses bastilles a été mise en pièces. Des guerriers qui la composaient, les uns ont été tués, les autres dispersés; œuvre quasi au-dessus de toute espéiance, avant l’arrivée de la Pucelle.
Quant à ce qu’elle a affirmé, qu’un ange accompagné d’une foule d’autres anges et de saints avait apporté au roi une couronne très précieuse, d’or très pur, voici ce que l’on peut répondre : elle n’a pas voulu révéler aux Anglais le signe donné à Sa Majesté. Souvent pressée, harcelée sur ce point, elle a refusé hautement de parler, sachant bien qu’il est bon de cacher le secret du roi, ainsi qu’il est écrit au livre de Tobie.
Fatiguée de l’importunité d’interrogations sans cesse réitérées, elle a répondu par figure, allégoriquement, cachant la vérité sous un voile étranger. Elle avait déjà affirmé quelle était envoyée par Dieu ; et elle dit ici que l’ange pressa le roi de mettre la Pucelle à l’œuvre; que le royaume en serait grandement allégé ; ailleurs, elle répond que comme signe l’ange assura le roi qu’il recouvrerait son royaume, à l’aide de Dieu, par le moyen de la Pucelle, et qu’il ne tardât pas à la mettre à l’œuvre.
Il est facile de voir que par cet ange elle veut se désigner elle-même, car c’est elle qui fit au roi ces promesses, aujourd’hui réalisées sous nos yeux. Ange, en effet, est un nom d’office, et signifie envoyé, ministre. C’est ainsi qu’il est employé par Malachie, qui, dans son deuxième chapitre, appelle le prêtre ange du Seigneur des armées, et au troisième, parle ainsi de saint Jean-Baptiste : Voici que j’envoie mon ange .
Quant à la couronne d’or très pur, très précieuse, apportée au roi notre sire, la Pucelle l’apporta d’abord en espérance, avec les révélations célestes qu’elle avait reçues ; elle l’apporta en réalité en arrêtant une ruine qui allait être totale, et en faisant couronner Sa Majesté à Reims quelque temps après.
Quant à cette multitude d’anges et de célestes personnages accompagnant l’ange sauveur, il peut se faire que pour une œuvre si difficile, de laquelle dépendait le salut du royaume tout entier, la Pucelle fût accom-
1. Historiavum Caroli VII lib. sec., cap. XVi, p. 86, édit. Quicherat.
THOMAS BASIN. — LA QUESTION DE FOND
pagnée, outre son ange gardien, d’une foule d’autres purs esprits. Invisibles pour les autres, ils pouvaient ne pas l’être pour Jeanne, qui peut-être les contemplait des yeux de l’imagination, ou des yeux de l’àme. Faits semblables se lisent dans les Ecritures.
Ce qui prouve qu’elle se donnait elle-même pour cet ange porteur de la couronne, c’est que, dit-elle, cet ange fit la révérence au roi.
« Y a-t-il d’autres signes plus cachés, le consulteur s’en rapporte à notre sire le roi, et aux messieurs qui examinèrent la Pucelle et l’objet de ses révélations. »
L’évêque de Lisieux se contente de cette allusion discrète à la révélation <ies secrets. Il est plus explicite dans son Histoire de Charles VIL Voici le passage : « Jeanne admise en présence du roi eut avec le prince, à l’écart de témoins, un entretien de plus de deux heures. Charles lui laissa donner, sur le sujet dont elle l’entretenait, tous les détails qu’elle voulu!, et l’interrogea à son tour. Les réponses, les paroles de Jeanne, les signes tirés de choses les plus cachées, les mystères qu’elle découvrit au roi, en preuve de sa mission divine, firent que le roi commença à croire à sa parole. Nous nous rappelons avoir ouï dire au comte Dunois, très avant dans son intimité, qu’à la suite de cet entretien, le roi avait dit que la Pucelle, pour preuve de la foi qui lui était due, lui avait manifesté des choses si cachées, si secrètes, qu’en dehors d’une révélation divine, il était le seul mortel à pouvoir les connaître \ »
« La question des révélations résolue par les arguments si plausibles qui viennent d’être exposés, il est facile de réfuter les autres accusations sur lesquelles les prétendus juges ont basé leur condamnation; d’après lesquelles les conseillers, leurs fauteurs, ont jugé Jeanne coupable de crimes nombreux ». Ainsi parle justement l’auteur du mémoire qui, par le fait, ne donne aux autres articles que de rapides réponses. Elles seront encore abrégées dans l’analyse qui va en être faite.