‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 177 sur 377 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

POSSIBILITÉ DES APPARITIONS ET DES RÉVÉLATIONS DE JEANNE (folio cxi v°-cxm v°).

Sommaire : I. — Il n’est nullement impossible que Jeanne ait été visitée, ainsi qu’elle l’a affirmé, par les anges et les saintes. — Les saints anges, et spécialement saint Michel, coopèrent avec Dieu au gouvernement de l’Église, des diocèses, des royaumes, des personnes. — Leurs divers services. — Ils ont apparu souvent, et même aux plus humbles et aux plus petits.

II. — Diverses manières dont ils apparaissent. — Manifestation sensible ; ses divers modes. — Le démon peut les contrefaire. — Difficulté de discerner. — Action sur l’intelligence ; son mode. — Action sur la volonté et sur le cœur.

III. — Excellence du royaume de France. — Ses malheurs au moment de l’arrivée de Jeanne. — Le soulagement apporté par Jeanne vient des bons anges, parce que si Dieu punit par les bons et par les mauvais anges, seuls les anges bons sont les ministres de ses miséricordes.

Bourdeilles commence par établir fort longuement la doctrine de l’Église sur les saints anges, leurs ministères, leurs apparitions, et les apparitions des saints. Quoiqu’il ne veuille, dit-il, prouver que les points nécessaires à la solution demandée, l’on y trouve la substance du traité des anges, sauf ce qui regarde la nature de ces purs esprits. Voici, dégagée des nombreuses citations, la suite des idées émises par le vénérable évêque.

On a déclaré Jeanne coupable d’avoir inventé des apparitions et des révélations célestes, parce qu’elle a affirmé avoir été visitée et entretenue souvent par saint Michel, sainte Catherine, sainte Marguerite. Je trouve la raison insuffisante :

Les anges ont un double office. Par le premier ils contemplent l’infinie Majesté, font retentir les cieux d’hymnes à son honneur, embellissent ces mêmes cieux de leurs splendeurs, et reçoivent les révélations que Dieu leur fait dans ses théophanies, par lesquelles il leur montre la suite de ses desseins dans l’œuvre de la création.

Par leur second office, ils concourent avec Dieu dans le gouvernement de l’univers, communiquent ses volontés aux mortels, et coopèrent avec

LA PLGELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

lui et avec les hommes, pour amener toutes choses aux fins que le Créateur se propose.

Certains anges président à la conduite des Églises.

Saint Michel préposé autrefois à la conduite de la synagogue est préposé maintenant à la conduite de l’Église universelle. Saint Jude nous le montre en altercation avec Satan au sujet du corps de Moïse. Satan voulait manifester le lieu de sa sépulture, afin d’en faire pour les Juifs une occasion d’idolâtrie. C’est saint Michel qui reçoit les âmes saintes et les introduit dans les délices du Paradis. Il est le grand chef qui s’élèvera au temps de l’Antéchrist et combattra en faveur des élus.

D'autres veillent à la conduite des Églises particulières, ainsi que nous te voyons au chapitre troisième de l’Apocalypse, et dans l’Apocalypse presque entière.

D’autres président aux royaumes, aux provinces; Daniel nous parle du prince des Grecs et des Perses.

Il en est auxquels est confiée la garde des simples particuliers. Le Sauveur nous affirme que les anges des petits enfants voient sans cesse la face du Père céleste (Mat. XVIII), et au chapitre X des Actes, nous lisons que les fidèles, ne pouvant croire que saint Pierre était délivré de ses fers, se disaient : c’est son ange.

Même parmi les anges, il y a prélature; et les uns sont à la tête des autres. C’est ce qui ressort du chapitre premier de Zacharie, et ce qu’enseigne le grand hiérarque, saint Denys, dans son traité De la hiérarchie céleste.

Bien multiples sont les effets de la garde des anges auprès des hommes; multiples leurs apparitions, admirables leurs avertissements.

Préposés au gouvernement des Églises, ils les purifient des erreurs et de l’ignorance, leur apportent le flambeau des vérités saintes et les font avancer de clartés en clartés. Le divin mystère de l’Incarnation leur a été d’abord manifesté. Par eux fut ordonnée la loi mosaïque, dit saint Paul; par eux, avant et après la loi, les Patriarches furent excités à l’amour des biens célestes, préservés de l’erreur, de l'infidélité, animés à l’amour des mystères divins. Les anges révèlent à Daniel l’époque de l’Incarnation ; par les anges Isaïe sait qu’une vierge enfantera; Gabriel annonce saint Jean-Baptiste à Zacharie, et le grand mystère à Marie ; un ange fait connaître à saint Joseph l’accomplissement des promesses faites aux Patriarches.

Les saints anges sont loin de dédaigner les petits. Un ange apparaît aux bergers, et les prépare à recevoir la multitude des purs esprits qui chantent la naissance du Christ, et leur apprennent l’hymne de louange Gloria in exceGis. Un autre ange n’avait pas méprisé Agar éplorée, perdue dans

le désert de Bersabée ; il l’avait appelée du haut du ciel, et miséricordieusement consolée.

Que les anges daignent apparaître sur la terre, rien d’étonnant. Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est siipersubstantiellement suréminent à ces célestes substances, a daigné prendre la nature humaine ; mais en la revêtant, il n’a pas détruit l’ordre que, comme Dieu, il y avait établi avec le Père et le Saint-Esprit; il veut administrer l’Eglise hiérarchisée sur la terre par la hiérarchie des anges ; en tant qu’homme, il s’est soumis luimême à cette disposition.

C’est l’enseignement de saint Denys, qui nous dit encore que les anges conduisent les saints hiérarques de la hiérarchie ecclésiastique, vers les splendeurs de la sagesse qui leur sont manifestées.

Les anges des royaumes et des provinces les gouvernent conformément au bon plaisir de Dieu; ils en gardent les cités et leur viennent en aide dans leurs nécessités, ainsi que nous le voyons dans Isaïe, Daniel, le livre des Machabées. Nous les voyons dans le quatrième livre des Rois accourir à la rencontre d’Elisée, le délivrer des mains du roi de Syrie et de son armée, assiégeant la ville où se trouvait le prophète. Ils préservent leurs protégés des ennemis invisibles; ce qui fait que saint Grégoire les appelle les armées de Dieu, parce qu’ils combattent les armées invisibles, en leur commandant au nom de Dieu. Ils combattent les ennemis visibles, tantôt en tirant ceux qui leur sont confiés des mains de ces mêmes ennemis, comme ils tirèrent les Hébreux des mains des Égyptiens; tantôt en exterminant ces ennemis, comme le fit l’ange pour farinée de Sennachérib.

Après avoir rappelé et prouvé que chaque homme, même les plus méchants, même l’Antéchrist, ont et auront leur ange gardien; avoir donné la raison de cette providence, Bourdeilles énumère quelques-uns des bienfaits qu’il faut rapporter aux anges gardiens :

4° L’ange gardien préserve de la souillure du péché, ainsi qu’il le fit pour Judith qu’il ramena pure du camp d’IIolopherne; 2° il pousse et forme aux bonnes mœurs, comme le prouvent les conseils donnés au jeune Tobie et à la jeune Sara; 3° il révèle la volonté divine, comme il le fit pour Manué et son épouse, au livre des Juges ; pour sainte Quitterie h laquelle fange gardien révéla le lieu où elle devait se retirer, en même temps qu’il lui prédit que le martyre couronnerait ses luttes ; 4° les anges sont les gardiens de la virginité et de la chasteté. Ils gardèrent la chasteté de Sara à la cour de Pharaon, en appesantissant leur bras sur le roi égyptien. Sainte Cécile disait à Valérien : J’ai un ange gardien qui veille avec un soin jaloux sur ma virginité. Il y a étroite parenté entre les anges et les vierges; la virginité est sœur de la nature angélique; les vierges sont assimilées aux anges. Autant d’expressions qui sont celles des Pères.

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Il y a bien d’autres effets de la garde des anges, dit Bourdeilles; ceux qui viennent d’étre énumérés suffisent pour le but proposé.

Les Saintes Écritures nous montrent les anges apparaissant aux hommes et aux femmes, et conversant avec eux. Les deux Testaments en sont pleins.

Que les saints daignent apparaître aux hommes et leur parler, c’est ce qui nous est attesté et par les Écritures, et par la vie des saints. Dans la Transfiguration, Moïse et Élie se font voir aux apôtres, qui les contemplent dans leur entretien avec Notre Seigneur Jésus-Christ. Avec Notre Seigneur ressuscitèrent plusieurs justes, qui furent vus dans Jérusalem. Le bienheureux Gamaliel apparaît au prêtre Lucien, et lui ordonne d’aller trouver Jean, évêque de Jérusalem; saint Pierre apparaît à sainte Agathe, et lui rend les mamelles coupées par le tyran ; la même sainte Agathe apparaît à sainte Lucie et à sa mère; sainte Agnès le jour même de son martyre se montre à ses parents, au milieu d’une nombreuse troupe de vierges, et les console merveilleusement. Innombrables sont les apparitions des anges et des saints. Inutile d’en continuer l’énumération ; il est plus important de dire comment se font ces apparitions.

Les apparitions se font de trois manières.

t° La première, lorsque les esprits affectent directement les sens extérieurs. Cela a lieu lorsqu’ils prennent un corps, et préparent ainsi l’accomplissement du ministère que Dieu leur a confié. L’homme dans l’état présent ne peut rien comprendre qu’à l’aide d’images sensibles, d’après l’enseignement d’Aristote d’accord en cela avec saint Augustin et saint Denys. Voilà pourquoi les anges, pour nous éclairer et nous révéler des mystères, prennent des corps qui affectent nos sens, et par les représentations qui en résultent dans l’imagination, nous disposent à saisir ce qu'ils veulent nous manifester.

Parfois ce n’est pas le corps entier qui se manifeste aux sens; c’est seulement le son de la voix qui frappe l’oreille. Cela se fit ainsi pour Samuel au temple, pour le prophète Élie sur le mont Horeb, pour le disciple bien-aimé dans l'Apocalypse.

La production du son ne se fait pas comme dans le langage humain, où les ondes sonores se répandent circulairement tout autour. Les sons produits par les anges ne sont perçus que de celui auquel ils sont adressés. Saint Séverin, archevêque de Cologne, entendait les concerts des anges portant au ciel l’ûme de saint Martin ; son archidiacre assis à ses côtés ne

les entendait pas, jusqu’à ce que tous deux prosternés sur le sol eurent obtenu de la divine miséricorde part à la même faveur. Nous lisons quelque chose de semblable au IV0 livre des Rois : Élisée voyait les anges que ne voyait pas son serviteur.

Les anges parlent encore à l’homme en imprimant, soit pendant la veille, soit pendant le sommeil, certaines représentations sensibles dans l’imagination.

Les anges mauvais peuvent, avec la permission de Dieu et de ses anges, se manifester aux hommes, et leur parler de ces diverses manières, prendre un corps comme les bons anges, non pas, comme ces derniers, dans le but de nous éclairer, mais bien pour nous égarer; ils peuvent produire une impression sur la vue, sur l’ouïe; et tant durant la veille que durant le sommeil, imprimer dans l’imagination certaines représentations sensibles.

Satan se transforme en ange de lumièi'e , d’après l’Apôtre, et s’offre sous les traits de l’ange bon, à ceux auprès desquels, comme épreuve ou comme punition, Dieu lui permet d’exercer cette action. C’est une des misères de la vie, un sujet de craindre qu’alors que l’on pense avoir les bons anges pour amis, l’on ne soit le jouet d’esprits aussi pleins d’astuce que de malice, dit saint Augustin dans son livre sur la Genèse.

Le discernement est très difficile, alors que l’esprit mauvais agit avec calme, laisse le corps en repos, manifeste des choses vraies et utiles, dans le but que, après avoir obtenu créance dans les choses manifestement bonnes, il ait facilité de nous entraîner dans ses secrets mauvais desseins.

Ce discernement est si difficile qu’il est, à mon avis, naturellement impossible et qu’il y faut le don désigné par l’Apôtre de ce même nom de discernement des esprits . Les saints, inspirés pour nous instruire des secrets de Dieu, possédaient ce don qui ne leur permettait pas d’être trompés, dans les manifestations surnaturelles dont ils étaient l’objet. De plus, l’expérience des communications célestes, le goût, la saveur, la suavité intime qui les accompagne, leur faisaient aussitôt connaître la source d’où provenait ce qui se passait en eux.

Pour ceux qui n’ont pas reçu avec cette plénitude ce don du Saint- Esprit, s’ils sont l’objet de quelqu’une de ces manifestations extraordinaires, qu’ils se rappellent l’avertissement de l’Écriture, que Satan se transforme en ange de lumière . Quand cette manifestation apparaîtrait comme celle d’un ange ou d’un saint, ils ne doivent pas l’accepter aussitôt, ni exécuter ce qu’elle commande. Ils doivent prier avec ferveur, et par la prière ils obtiendront de n’être pas trompés au détriment de leur âme. Ainsi fit le saint prêtre Lucien dans l’invention du corps de saint Étienne, après que Gamaliel lui eût apparu. Il pria et jeûna jusqu’à ce qu’il fût certain que l’apparition venait de Dieu.

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Dans les hommages extérieurs rendus à ces apparitions, il est facile d'éviter l'erreur, en ne les rendant que conditionnellement, et en disant : Si tu es le bon ange , etc. Quand Satan ne fait que tromper les sens, qu’il ne détourne pas de la vie chrétienne, qu'on ne le croit que dans ce que pourrait dire le bon ange, l’erreur n’est ni funeste, ni dangereuse, dit la glose, citant saint Augustin.

Les apparitions des bons anges peuvent donc affecter les sens; mais, avec la permission de Dieu, les mauvais anges peuvent produire de semblables effets.

2° Les anges peuvent illuminer l'intelligence et borner leur action à l'intelligence. Ce n’est pas qu'ils puissent (directement) y produire une nouvelle idée, une nouvelle lumière, ou même en diriger l'attention. Ils illuminent l'intelligence soit en l'excitant et en disposant ce qui est nécessaire à son acte; soit en versant en nous la lumière divine. Ils écartent de l'imagination les représentations en opposition avec la lumière qu'ils veulent nous communiquer; ils rapprochent celles qui sont aptes à nous faire saisir ce qu'ils veulent nous révéler; ils dardent les rayons de leur intelligence dans l'âme qu’ils veulent éclairer, afin qu’avec une lumière comme doublée l'intelligence puisse embrasser plus d’objets, et les pénétrer plus intimement; ils l’excitent pour que son attention se porte sur les images en rapport avec les idées qu'ils veulent lui communiquer et s’écarte des autres.

Parfois même, l’ange parle au cœur, et se rend présent aux regards de l'esprit, dit saint Grégoire dans ses morales; mais ce n'est pas la manière naturelle dont les anges communiquent avec les âmes; l'opération est surnaturelle.

3° Les apparitions des anges se font non seulement en éclairant l'intelligence, mais aussi en échauffant le cœur; et ainsi ils nous perfectionnent par la triple opération que leur attribue saint Denys dans la céleste hiérarchie. Ils nous embrasent en nous excitant à l'amour divin, et en nous réconfortant; ce qui peut être signifié par le séraphin qui, un charbon ardent en mains, vola vers le prophète Isaïe.

Après cette exposition un peu longue, quoique abrégée ici, Bourdeilles en vient enfin à l’application au fait qu'il veut étudier.

C'est un grand royaume que celui de France; il est fameux dans tout l’univers. Il tient du Christ un nom grandement glorieux, un nom qu'il

faut révérer de toute son âme, défendre, s’il le faut, par l’effusion de son sang: il s’appelle le très chrétien . Certes il n’est et n’a jamais été abandonné par les anges du Tout-Puissant; il y avait dans les temps de Jeanne des anges qui veillaient sur les églises, sur le royaume, sur les provinces, sur chaque particulier. Or, dans les temps de Jeanne, l’oppression de ce royaume était telle, ses tribulations et ses calamités si grandes, qu’il semblait près de sa ruine. Ses églises s’écroulaient, ses provinces étaient désolées, et le pauvre peuple emprisonné était mis à rançon. Dans cet état on criait vers le Seigneur, le roi espérait en Dieu qui n’abandonne pas ceux qui se confient en lui, mais humilie ceux qui comptent sur leurs forces.

Cela nous autorise à croire pieusement que les saints anges de Dieu, gardiens de la France et de ses habitants, nous sont venus en aide; que, par le ministère de cette jeune vierge, ils nous ont arrachés aux périls sous lesquels nous succombions, Dieu demeurant d’ailleurs la première cause de notre délivrance.

Nous voyons, en effet, dans les saints livres qu’ici-bas Dieu punit par les mauvais anges, ses châtiments n’ayant d’autre but que de ramener les pécheurs et d’éprouver les bons, dessein que frustrent ceux qui, comme Pharaon, ne faisant que s’endurcir, font une même chaîne des châtiments de la vie présente et de ceux de la vie future.

Les bons anges châtient. Nous le voyons par la destruction de Sodome, par le fléau que le dénombrement de David attira sur le peuple. Dieu passe aussi ses verges aux mains des mauvais anges; témoins Job, Saül, tourmentés par l’esprit mauvais, saint Paul souffleté par l’ange de Satan.

Mais nous ne voyons nulle part qu’il se soit servi des anges mauvais pour mettre fin aux calamités et apporter le pardon. Quand il voulut flageller les Égyptiens, il employa les mauvais anges; quand il voulut délivrer son peuple, il envoya ses anges bons. Voilà que j'enverrai mon ange y fut-il dit à ce peuple, il te précéder a, il te gardera y il (introduira dans le lieu que je t'ai promis (Exode, XXIII). C’est ce qui eut lieu par la colonne de nuée qui l’ombrageait le jour et l’éclairait la nuit.

Voilà donc la différence bien caractérisée. Lorsqu’il faut exercer la justice, mettre à l’épreuve la patience des justes, Dieu emploie et les bons et les mauvais anges; mais lorsqu’il faut opérer une délivrance proprement dite, départir la miséricorde, les mauvais anges ne sont jamais employés. Ils ne sont pas capables de ce consolant ministère, pour des raisons que la brièveté m’autorise à omettre, dit Bourdeilles.

« Jeanne a été envoyée au roi que la main de Dieu tenait profondément humilié ; elle a été envoyée au royaume désolé dans toute son étendue, bandonné par permission divine aux verges des Anglais. Que la justice

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divine, qui s exerçait ainsi visiblement par les victoires de ces insulaires, employât visiblement les bons ou les mauvais anges, cela se peut également. Le fait est qu’ils voulaient soumettre le royaume entier, qu’ils le désolaient, que leur conquête avançait ; et, cela soit dit sans leur faire injure, sans droit, sans titre connu, ou du moins approuvé par l’Église ( sine titulo saltem approbato per ecclesiaot).

« C’est dans ces conjonctures que la Pucelle est envoyée pour la délivrance du royaume et du roi. Les mauvais anges, d’après ce qui vient d’être dit, ne sauraient concourir à pareille œuvre ; en arrachant le royaume aux mains des Anglais, elle était l’instrument de la miséricorde de Dieu; nous sommes autorisés à le croire pieusement. »

La sentence de condamnation porte qu’elle est une criminelle inventrice de révélations et d’apparitions divines ; c’est-à-dire qu’elle a simulé avoir été favorisée de révélations et d’apparitions célestes, qu’en réalité elle n’a pas eues.

Puisque diviser les questions est un moyen de les résoudre avec plus de clarté et de satisfaction pour le lecteur, divisons-les.

Jeanne a-t-elle eu des révélations et des apparitions? Si elle en a eu, d’où lui venaient-elles?

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