‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 220 sur 377 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DES NOMBREUSES RÉVÉLATIONS ET CONSOLATIONS QUE JEANNE DISAIT AVOIR REÇUES DES ESPRITS QUI LUI APPARAISSAIENT (folio clxxvii v°-clxxix r°).

Sommaire : I. — Toute vision n’est pas suivie de révélations. — Dieu, auteur des révélations, les communique par les anges qui agissent sur l’intelligence de celui qui les reçoit. — Les démons ont ce pouvoir; mais ils n’en usent jamais que pour tromper, ou pour corrompre. — Dieu se sert parfois des méchants pour faire des révélations; cependant il ne fait des communications suivies qu’aux âmes saintes, dont la vie recommande les enseignements reçus. — Les révélations ont pour objet ordinairement l’utilité des autres, parfois aussi le bien de celui qui les reçoit.

II. — Jeanne par sa condition, sa pureté, son humilité, était fort propre à recevoir des communications divines. Elle en a reçu pour elle-même, et la sainteté de ces avertissements prouve leur divine origine. — Elle en a reçu pour un bien fort étendu. — Dieu, qui pour d’excellentes raisons maintient toujours le don de prophéties dans son Église, lui a fait des révélations dont la fin était de relever la France. — L’étendue d’un pareil bien en fait connaître l’origine divine.

III. — Les prophètes sont absolument certains de l’origine divine de leurs révélations.

Bréhal dans le premier chapitre a traité des visions et des apparitions considérées en elles-mêmes; dans le deuxième, il traite des lumières, des manifestations, des enseignements, qu’elles apportent à celui qui en est honoré; dans le troisième, il traitera de la communication que le voyant en fait aux autres par la prophétie. Plus encore que dans le premier chapitre, il s’étend sur les principes théologiques, avant d’en venir à l’application à Jeanne. L’on ne trouvera ici que l’abrégé de ses considérations, empruntées d’ailleurs à l’élite des théologiens.

Toute vision, toute apparition, n’est pas suivie de révélations. Pharaon vit sept vaches, sept épis, sans en connaître la signification qui lui fut donnée par Joseph. Daniel révéla à Nabuchodonosor, à Balthasar, le sens des visions qu’ils avaient eues.

LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

Il n’en est pas de même des visions de Jérémie, d’Ézéchiel, de saint Jean dans son Apocalypse. Avec la vision, ces prophètes eurent la connaissance de ce que le ciel voulait faire entendre par là.

Dans les révélations, il faut considérer l’auteur, ce pourquoi elles sont données, leur certitude.

L’auteur des révélations, c’est Dieu, qui les communique par l’intermédiaire des anges. L’ange illumine l’intelligence humaine en réconfortant sa puissance de saisir les choses de l’ordre spirituel. La théorie donnée par Bréhal se base sur la manière dont les scolastiques expliquent la connaissance intellectuelle, et en rappelle les données les plus profondes et les plus abstruses. Elle n’est pas reproduite ici.

Les démons peuvent aussi agir sur l’intelligence humaine, ainsi que l’a exposé Bourdeilles. Mais tes démons ayant pour but de séparer les hommes de Dieu se proposent toujours de persuader quelque imposture, ou d entraîner à quelque crime, taudis que les bons anges enseignent toujours la vérité et la vertu. De là ces paroles de saint Bernard déjà citées dans des mémoires précédents : « Toutes les fois que votre âme ressent le salutaire désir d’affliger le corps, d’humilier l’esprit, de persévérer dans le bien, de pratiquer la charité, d’acquérir, de conserver, d’accroître les autres vertus, il n’est pas douteux que c’est l’esprit de Dieu qui vous meut par lui-même ou par son ange. »

Il ne faudrait pas en conclure que, pour être favorisé de visions prophétiques, il faille nécessairement être uni à Dieu par la charité. La prophétie résidant dans l’intelligence, la charité dans le cœur; la prophétie étant donnée le plus souvent pour l’utilité des autres; l’une peut exister sans l’autre. Le Sauveur réprouvera comme ouvriers d’iniquités plusieurs de ceux qui auront prophétisé en son nom (Mat., Vil). Dieu a prophétisé parla bouche de Balaam, de Caïphe. Comme dit saint Jean Chrysostome, il se servait de leur bouche, sans toucher à leurs cœurs souillés.

Cependant le tumulte des passions est un obstacle à ce qu’on reçoive souvent des révélations. Car, pour contempler les choses spirituelles, l’esprit doit être grandement élevé dans des régions pures; ce à quoi s’opposent les passions. Rien de plus utile au contraire que la chasteté, parce que de toutes les vertus morales c’est celle qui assujettit le plus le corps à l’àme, ou à la raison.

Quoique la révélation prophétique soit donnée principalement pour l’utilité des autres, elle l’est pourtant quelquefois pour l’utilité de ceux qui la reçoivent. La sagesse prend pour confidents les cœurs qu’elle habite. C’est pour cette raison que les prophètes dans la Sainte Ecriture ne sont pas appelés seulement des voyants; ils sont aussi appelés hommes de Dieu . La révélation prophétique devient beaucoup plus authentique

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