BRÉHAL. — LES RÉVÉLATIONS FAITES A LA PUCELLE
pour les autres, quand on est certain de la bonté morale de ceux auxquels elle est faite.
Jeanne a reçu pour Futilité des autres des révélations dont il sera parlé plus loin; mais elle en a reçu aussi pour son utilité personnelle, comme on le voit par ses réponses écrites au procès. Voici comment en parle le savant Inquisiteur. Je traduis :
« Elle a dit avoir eu des révélations pour en être aidée et gouvernée ; elle était avertie d’être la bonne jeune fille et que Dieu la secourrait; de bien se conduire, de fréquenter l’église, de bien garder la virginité d’âme et de corps. Ses apparitions lui ordonnaient d’aller se confesser souvent. Aussi Jeanne répondait que ce qui l’avait portée à croire à ses apparitions, c’étaient les bons conseils, le bienfaisant réconfort, les bons enseignements qu’elle en recevait. Toutes ces choses et bien d’autres encore, étant des conseils de vertu, doivent être regardées comme un fort digne objet de saintes révélations et de divines inspirations.
« Jeanne avait une âme bien disposée pour attirer et recevoir ces faveurs. Son naturel était bon; elle possédait cette simplicité modeste, dont il est dit au livre des Proverbes (c. III) : Dieu aime à converser avec les simples; et encore en saint Mathieu (c. XI) : Vous avez dérobé toutes ces choses aux sages et aux prudents du siècle; mais vous les avez révélées aux petits . Ce qui arrive ainsi pour manifester la providence de Dieu, et réprouver l’orgueil de l’homme. La foule ignorante a beau s’en étonner; cela ne doit paraître ni absurde, ni indigne de Dieu. C’est par des hommes simples et sans culture humaine que le Christ a très efficacement subjugué les hauteurs du siècle. De toutes les œuvres de Dieu, saint Bernard estime que c’est la plus merveilleuse. C’est en parfaite conformité avec cette doctrine, que Jeanne, interrogée un jour pourquoi, de préférence à toute autre, elle avait été favorisée de l’honneur qu’elle s’attribuait, fit cette réponse : Il a plu à Dieu d'ainsi faire par une simple Pucelle pour rebouter les adversaires du roi (Proc., 1. 1, p. 145).
« L’exhorter à bien se conduire, et à conserver sa virginité, c’était l’exhorter à conserver l’intégrité de son corps. Jeanne, conformément au vœu qu’elle en avait fait, la garda inviolablement. Or cette vertu fait de l’homme le temple de Dieu, dit saint Ambroise cité au chapitre Toléra bilius (caus. XXXII, q. 5). Il y a parenté et propinquité entre les vierges et les esprits angéliques, dit saint Cyprien.
« Ce que les apparitions ajoutaient de la virginité d’àme semble dési-
gner la perfection de la vertu d’humilité; vertu, d’après saint Grégoire, qui rend un digne et efficace témoignage de la présence du Saint-Esprit. Voilà pourquoi Isaïe, d’après une version, s’écrie au chapitre lxvi : Mon esprit se reposera sur V humble. Admiration et louange à l’humilité rehaussée par la virginité, enseigne le chapitre hæc autem scripsimus (dist. XXX). Or, Jeanne instruite par les voix de sa mission en France, s’excusa humblement, alléguant qu’elle n’était qu’une simple jeune fille, qui ne savait ni ne pouvait aller à cheval, qu’elle ne savait pas porter les armes. Jamais dans ses œuvres on ne l’a vue rechercher sa propre gloire ; elle attribuait tout à la bonté divine.
« Les autres avis ne tendent manifestement qu’à inculquerla perfection des œuvres chrétiennes, et la sincérité d’une vie digne de tout éloge : tels ceux qui lui recommandaient de bien se conduire, de fréquenter l’église, d’aimer à se confesser, d’entendre chaque jour dévotement la messe, de recevoir souvent le corps du Seigneur, d’observer les jeûnes, de fuir les jurements, de réprimer les jureurs, de semoncer vivement et de confondre les blasphémateurs, de se montrer compatissante et miséricordieuse envers les pauvres, etc. Jeanne s’est très fidèlement conformée à tous ces avis, ainsi que cela résulte du procès, du témoignage de ses confesseurs, d’autres personnages très nombreux, dignes de toute foi, d’une intégrité exceptionnelle, qui en ont ainsi déposé, après avoir diligemment et minutieusement examiné ses mœurs et sa vie. »
La conclusion de tout cela, c’est que pareilles révélations n’ont pas pu provenir des esprits réprouvés et mauvais.
Ici Bréhal traite de l’intention de celui qui dit avoir reçu des révélations. Elle est grandement à considérer; il faut voir si celui qui prétend avoir reçu une révélation n’est pas mu par un intérêt de vaine gloire, ou de cupidité. C’est la fin que se proposent les faux prophètes. Dieu s’en plaint par Ezéchiel, quand il dit au chapitre xm : Ils me violentaient auprès de mon peuple pour une mesure d'orge et un morceau de pain . Ce qui a fait dire à saint Jérôme : quelques-uns semblaient être prophètes ; mais parce qu’ils recevaient de l’argent, leur prophétie devenait une divination; ce que la glose explique ainsi : leur divination, que l’on prenait pour une prophétie, était manifestée par cette cupidité, n’être pas une prophétie ; et supposé que l’intention d’un faux prophète ne fût pas mauvaise, l’intention du démon qui l’inspire est toujours mauvaise, puisqu’il n’a en vue que de tromper.
Les bons prophètes au contraire, et ceux qui reçoivent du ciel des révélations, ont toujours dans leur intention une fin droite et bonne. C’ es qu'ils ne reçoivent des révélations célestes que pour la confirmation de la foi et l’utilité de l’Église. C’est surtout pour la direction de la vie que