CHAPITRE Y
JEANNE S’EST DÉROBÉE A SON PÈRE ET A SA MÈRE SANS LEUR CONGÉ (folio clxxxii r°-CLXXxn v°).
Sommaire : L’obéissance aux parents subordonnée à l’obéissance due à Dieu. — Sage conduite de la Pucelle.— Rapprochement avec Judith. — Belles réponses de Jeanne.
Bréhal remonte au principe métaphysique de l’obéissance due aux parents. Voici son raisonnement abrégé.
La religion et la piété filiale, deux vertus renfermées dans la vertu plus étendue de justice, nous imposent l’obéissance, la première envers Dieu, la seconde envers les auteurs de nos jours. Elles ne peuvent pas, sous peine de cesser d’être vertu, se mettre en opposition l’une avec l’autre. La piété filiale ne saurait commander de violer les lois de la religion, de nous écarter de l’obéissance envers Dieu, dont les droits sont bien plus profonds, bien plus étendus que ceux des parents sur les enfants. Voilà pourquoi elle s’efface, quand Dieu commande. Après avoir corroboré son raisonnement par des autorités sacrées et profanes, il en fait ainsi l’application à Jeanne.
« Jeanne, comme il a été dit, avait reçu par révélation divine le commandement d’aller trouver le roi pour relever le royaume de France. Présumant fort vraisemblablement que si elle faisait connaître cet ordre à ses parents, l’exécution en serait retardée ou entravée, elle n’a pas failli en partant à leur insu. Il faut porter le même jugement, si elle a gardé le secret vis-à-vis de son curé ou de toute autre personne, pour ne s’en ouvrir qu’à ceux auxquels il lui était prescrit de le communiquer, et qui pouvaient la seconder, sans l’entraver.
« Supposons un instant que la vertueuse Judith eût été en puissance de mari, lorsque l’inspiration divine la poussa vers le camp d’Holopherne, pour y délivrer, par la mort de cet ennemi de son peuple, Israël de l’oppression qui l’accablait. Qui oserait dire que son mari lui défendant d’entreprendre pareil coup, elle aurait dû laisser une œuvre de dévouement, à la fois si hardie et si nécessaire? N eût-elle pas dû plutôt obéir aux ordres du ciel.