‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 229 sur 377 · BRÉHAL. — LE VÊTEMENT VIRIL ET LES CHEVEUX COUPÉS JUSTIFIÉS · texte numérisé non relu

BRÉHAL. — LE VÊTEMENT VIRIL ET LES CHEVEUX COUPÉS JUSTIFIÉS

Ce qui vient d’être dit de l’habit doit s’appliquer aux cheveux que Jeanne s’était fait couper, aux armes qu’elle portait, et à tout ce qui était nécessaire ou utile pour l’accomplissement de sa légation.

L’Apôtre, il est vrai, ordonne aux femmes d’être voilées; il ne leur permet pas de se raser la tète et de montrer un crâne dénudé. C’est pour qu’elles se conforment aux lois ordinaires de la décence, réclamées pour leur sexe par l’honnêteté publique. Il proscrit aussi chez elles l’excès dans la parure, et dans le soin de leur chevelure. Cependant il leur permet dans certains cas de se parer avec modération (I ad Tira., II) ; et cela pour plaire à leurs maris et leur éviter l’occasion de porter ailleurs leurs affections. Pourquoi ne pourraient-elles pas aussi se couper les cheveux, pour obéir à l’inspiration divine, et dans un cas pressant subvenir au bien public? Judith pour accomplir plus aisément l’ordre de Dieu, qui lui ordonnait de mettre Holopherne à mort, quitta ses vêtements de deuil, et pour relever son visage, usa, s’il est permis d’ainsi parler, de merveilleux artilices.

Dans l’usage de ces choses extérieures, ce n’est que l’excès et l’abus qui sont condamnables. L’abus vient de trois sources, de la vanité, du libertinage, d’une anxieuse sollicitude pour ces sortes de soins. Mais lorsque l’humilité, la chasteté, la nécessité, s’unissent pour les prescrire, cette parure n’a absolument rien de blâmable. Qui ne sait que l’Apôtre (I ad Cor., XI) semble faire une loi de l’avis suivant : Toute femme , qui prie ou prophétise sans voile sur la téte} déshonore son front. C’est cependant un fait notoire qu’en plusieurs parties de la France, comme en Picardie, les femmes, même grandes, prient publiquement dans les églises, les cheveux coupés en couronne et la tète entièrement nue. L’Eglise ne l’interdisant pas l’autorise.

Il est certain que des femmes très saintes, en vertu de cette loi privée et de l’inspiration du Saint-Esprit, ont pris des vêtements d’homme, se sont coupé les cheveux, et inconnues, ont persévéré longtemps dans cet état, même parmi les hommes. Bréhal, d’après le Miroir des histoires de Vincent de Beauvais, cite sainte Thècle, sainte Eugénie, sainte Nathalie, sainte Pélagie, sainte Marine, sainte Euphrosine, et rapporte leurs histoires en abrégé.

Il n’y avait donc point là un motif suffisant, pour que notre fille d’élection ait été incriminée de ce chef, au point d’être traitée de prévaricatrice contre la loi divine et ecclésiastique, d’apostate, de dégradation d’ellemème, de suspecte d’dolàtrie.

On objecte que plutôt que de quitter son habit, elle a préféré ne pas recevoir la sainte communion à l’époque fixée par l’Eglise ; mais c’est manifestement faux. Le procès fait foi qu’elle a demandé, à plusieurs

LA P ICELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

reprises, qu’on lui donnât une tunique longue, comme les portent les filles de bourgeois, pour se rendre ainsi à l’église, y entendre la messe et remplir ses devoirs.

Pour ce qui est de quitter simplement et entièrement le vêtement d’homme, il est certain quelle ne l’a pas voulu. Elle disait que c’était mieux pour elle d’obéir à Dieu, qui lui avait commandé de le prendre; elle ajoutait qu’elle savait bien comment elle l’avait pris ; mais qu’elle ignorait comment et quand elle devait le quitter. Ayant ainsi fermement conscience de ce commandement divin, sachant qu’il lui était fait pour un immense bien, elle ne devait pas le quitter ou le laisser, quelque instigation qui lui en fût faite. Ainsi le veut le droit ( c. Inquisitioni, de sentenlia exc .. c. ad aures , de temporibus ordinandorum , cum similibus). Car, on le voit, quand elle était ainsi pressée, elle comptait et elle insinuait que sa légation pouvait bien ne pas être finie.

Pour ce qui regarde sa bannière, les armes qu’elle portait, les batailles dans lesquelles elle s’est engagée, c’est probablement en haine de tout cela que le procès lui a été suscité. Il est en effet constant que c’est grâce à l’habileté de ses attaques, à sa valeur, que les Anglais jusqu’alors si heureux ont été merveilleusement culbutés. Mais à la considérer de près, pareille cause est entièrement étrangère à la foi : Jeanne n’aurait pas dû pour ce motif être taxée de trahison, qualifiée de fourbe, de cruelle, de séditieuse, de femme altérée de sang humain, et autres inculpations dont on l’a chargée.

Que l’on remarque que, lorsque semblable mission lui fut confiée, elle s’excusa humblement, disant qu’elle était une jeune fille simple, ne sachant ni monter à cheval, ni porter les armes. Les voix alors lui remettaient en mémoire la grande calamité de la patrie, la grande patience du roi; elles lui disaient quelle devait venir en France pour relever son pays, que Dieu lui aiderait. Elle ne s’est donc pas jetée à l’aventure dans pareille entreprise; elle ne s’y est avancée que sur l’ordre de Dieu, qui l’envoyait pour le relèvement urgent du roi et du royaume, cruellement opprimés.

Ce qui mérite encore d’être mûrement pesé, c’est ce qu’elle a plusieurs fois affirmé : dans le combat elle portait la bannière pour ne tuer personne. L’on ne voit pas en effet qu’elle ait donné la mort à qui que ce soit, ni même qu’elle ait frappé. Loin de là, par lettres et verbalement,

Page 1