‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 230 sur 377 · BRÉHAL. — LA GUERRIÈRE JUSTIFIÉE ET GLORIFIÉE · texte numérisé non relu

BRÉHAL. — LA GUERRIÈRE JUSTIFIÉE ET GLORIFIÉE

elle a pressé les Anglais de faire la paix dans la justice ; elle était pleine de compassion pour les ennemis prisonniers, ou mal traités; elle en a renvoyé un grand nombre, quelquefois gratis et sans rançon. Où trouver donc là matière de juste accusation? Saint Augustin dans son livre De verbis Domini n’a-t-il pas écrit ces paroles reproduites dans le décret (i apud veros , c. XXIII, q. I) : Les vrais serviteurs de Dieu peuvent justement faire la guerre, non par esprit de cupidité, par soif du sang, mais par amour de la paix, pour réprimer les méchants et assurer la sécurité des bons. Dans le livre contre Fauste, il établit que c’est quelquefois un devoir.

Youdrait-on dire que la guerre est interdite aux femmes? Où est la loi? Alléguerait-on que le texte du Deutéronome : La femme ne portera pas des vêtements d'homme , peut se traduire : ne portera pas l'armure de l'homme ? Il faudrait dire, dans ce cas, que la raison de cette loi était d’interdire aux femmes juives les pratiques des femmes païennes aux fêtes de Mars. La loi cesse avec la cause qui l’a motivée. Dans un cas de nécessité extrême, la femme quelquefois peut avec utilité faire quelques actes de la vie militaire. De quels éloges l’Ecriture sainte comble Débora! Jahel tue Sisara. On pense que l’une et l’autre ont agi par inspiration divine. Saint Jérôme parle de Judith en ces termes : « Dieu la posée en modèle non seulement pour les femmes, mais aussi pour les hommes. En récompense de sa chasteté, il lui a donné de vaincre celui que tous les hommes réunis ne pouvaient vaincre, et de surmonter l’insurmontable. »

On raconte avec admiration les traits de valeur des Amazones. Tite-Live et Valère Maxime célèbrent le merveilleux trait de la jeune romaine Clélie, passant le Tibre à la nage, arrachant aux ennemis qui les amenaient captives les jeunes filles ses compagnes, et les ramenant saines et sauves à leurs parents.

Après ces citations qui sont ici abrégées, Bréhal continue :

« Qui donc n’exalterait notre Pucelle prédestinée ? Elle a commencé par se soumettre au sévère examen des prélats et des docteurs réunis à Poitiers et ailleurs; elle leur a exposé les raisons de sa mission ; et tous, d’une voix, ont décidé qu’on devait la mettre à l’œuvre1. Elle imitait ainsi l’exemple de la très chaste Judith... Judith se préparant à frapper son grand coup disait aux prêtres : Si vous reconnaissez que ce que j'ai pu exposer est de Dieu , approuvez comme venant de lui ce que j'ai résolu

1. « Quis ergô non approbet et coramendet quod per istam electam puellam præclare gestum videmus, præsertim cum in primis per prælatos ac doctores se pittavis et alibi super qualitate suœ missionis districtius se exarainandam præbuerit, et mérité admitti eam debere voce omni dijudicatum fuerit, more castissimæ Judith, etc. » (F0 184, r°.)

LA PUCELLE DEVANT L'ÉGLISE DE SON TEMPS

d’accomplir , et priez pour qu’il confirme mon dessein. Les prêtres lui répondirent : Allez en paix , et que Dieu soit avec vous , pour nous venger de nos ennemis (Judith, VIII).

« Qu’admirable est la divine sagesse vis-à-vis de la Pucelle ! Tirée des champs, et de la suite des brebis, elle monte prestement et sans exercice préalable des coursiers fougueux et même indomptés ; elle les lance et les modère mieux que n’aurait su faire le plus habile cavalier ; elle porte bannière et armure selon toutes les règles de l’art militaire.

« Ce qui est bien plus merveilleux, elle range les armées dans l’ordre de bataille le plus parfait; elle prescrit les règles de l’attaque, et pendant le combat, toujours la première, multipliant sa présence, elle donne à tous hardiesse et courage.

« Le triomphe accompagne ses entreprises. A travers les ennemis, parmi leurs lances et leurs glaives, elle conduit le roi à Reims pour ly faire couronner. Le couronnement heureusement et glorieusement accompli, elle le promène à travers les villes et les forteresses qui se soumettent sans effusion de sang, les ennemis s’enfuyant épouvantés au seul souffle de son nom.

« Pourquoi insister? Il n’est pas douteux que pour confondre les ennemis et humilier tout orgueil, Dieu n’ait voulu donner à une femme l’honneur de sauver le royaume1.

« C’est pour donner toute évidence à ces merveilles, que Dieu a voulu les faire annoncer de longues années avant leur accomplissement

« Rappelons d’abord la prophétie de Bède citée plus haut.

« On raconte qu’avant l’arrivée de la Pucelle, un habile astrologue de Sienne, du nom de Jean de Montalcin, avait, entre autres choses, écrit au roi notre sire les paroles suivantes : Votre victoire sera dans le conseil d’une

1. « Etenim divinæ dispensationis mira (miraculum)est, ut paella de pascuis et post fœtantes traducta, confestim grandes emissarios veloces atque etiam feroces leviter seu alacriter conscenderit , quin imô et supra virorum communem industriam calcaribus adactos direxerit et compescuerit; vexillum et arma secundura exigentiam militaris actus aptissime portaverit; sed, et quod multô mirabilius est, acies exercituum ordinatissime instruxerit, congrediendi et aggrediendi normam et medium non tara præstiterit, quam semperprœsens et prima audaciam cæteriset animum præbuerit; ac tandem in cunctis per eam maximè susceptis triumphos felices reportaverit, per hostes intermedios, per enses, per gladios, regem Remis coronandum duxerit, et féliciter ac gloriosè coronatum utique per omnia salvum tandem reduxerit, urbes et oppida absque hominumcœde subjecerit, exterritos hostes solo sui nominis llatu profugaveril. » (Ibid.)

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