‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 231 sur 377 · BRÉHAL. — LA VIERGE LIBÉRATRICE PROPHÉTISÉE · texte numérisé non relu

BRÉHAL. — LA VIERGE LIBÉRATRICE PROPHÉTISÉE

vierge; poursuivez votre triomphe sans interruption jusqu'à la ville de Paris, etc.

« Merlin, prophète anglais, a écrit les strophes suivantes : Du bois chenu sortira la pucelle qui apportera le remède aux blessures. Dès qu'elle aura abordé les forteresses , de son souffle elle desséchera les sources du mal. Des ruisseaux de larmes couleront de ses yeux; elle remplira file dune horrible clameur. Elle sera tuée par le cerf à dix ramures , dont quatre porteront des diadèmes d'or; les six autres seront changées en cornes de buffles; elles rempliront les îles de la Bretagne d'un horrible fracas; le bois Danois sera sur pied . D'une voix d'homme il criera : viens , Cambrie , et joins Cornouaille à ton flanc *.

« Il ne faut pas entièrement dédaigner ces vaticinations ; les prophéties de ce Merlin ne sont pas sans renom. Sigebert a écrit : « Merlin a dé- « voilé bien des choses obscures ; il a prédit bien des événements à venir « dont plusieurs ne peuvent être compris qu’après réalisation. Le Saintes Esprit est bien le maître de révéler ses secrets à qui il lui plaît ; ainsi « qu’il la fait par la sybille, par Balaam et semblables personnages. » Ces paroles se lisent au chapitre xxx° du XXIe livre du Miroir des histoires.

« Cette prophétie donne d’abord le lieu d’origine de la Pucelle, le bois chenu, dont il a été parlé plus haut, ex nemore canuto eliminabitur. Eliminabitur, c’est-à-dire on la verra naître près de la lisière de ce bois. Or de la porte de la maison paternelle de Jeanne, l’on voit le bois chenu, ainsi qu’il est dit au procès.

« Le remède aux blessures du royaume abattu a commencé à être apporté par Jeanne qui l’a rendu à la santé lorsque, au commencement de sa légation, elle vient vers le roi et les grands de la France ( arces ); ou bien lorsque, au milieu des prélats et des docteurs remplis de sagesse, elle subit à Poitiers un long et rigoureux examen ; ou encore lorsque, les armes à la main et pleine d’intrépidité, elle attaqua les principales villes du royaume (anglo-bourguignon), leurs forteresses, comme à Orléans et à Paris ; ou peut-être lorsque, avec les grands et avec une armée nombreuse, elle conduisit avec tant de bonheur, au milieu des ennemis, le roi à Reims pour l’y faire couronner.

«Par son souffle, c’est-à-dire par ses véhémentes objurgations, elle des-

1. Texte latin donné par Bréhal : « Ex nemore canuto eliminabitur puella,ut medelæ curam adhibeat. Quæ, ut omnes arces inierit, solo anhelitu suo fontes nocivos siccabit; lacrymis miserandis manabit ipsa et clamore horrido replebit insulam. Interficiet eam cervus decem ramorum, quorum quatuor aurea diademata gestabunt; sex veré residui in cornua bubalorum vertentur,quæ nefando sonitu insulas Britanniæ commovebunt ; excitabitur Daneum nemus et in humanam vocem erumpens clamabit : accédé Gambria, junge lateri tuo Gornubiam. »

LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

séchera les sources du mal, tançant les artisans de trahison, les privant de son amitié et de sa faveur.

« Des larmes de compassion couleront par ruisseaux de ses yeux ; elle pleurera constamment sur les malheurs du royaume et des Français, très compatissante pour les pauvres, et même pour les ennemis humiliés.

« Elle remplira Vile d'une affreuse clameur. Le bruit de sa renommée victorieuse bouleversera la nation anglaise tout entière, qui craindra d engager la bataille sous ses yeux.

« Elle sera tuée par un cerf à dix ramures ; entendez le jeune Henri qu’une usurpation prématurée avait imposé à la France, et qui avait dix ans quand il la fit mourir. Quatre de ses rameaux portent des diadèmes d’or, parce que durant les quatre années qui suivirent la naissance du même Henri, les Anglais ont montré suffisante justice dans l’exercice de leur puissance ; mais elles se sont changées en cornes de buffles, parce qu’à la suite, foulant aux pieds toute justice, refusant toute liberté, ils ont imposé aux peuples le joug d’une tyrannie barbare et sans frein.

« Le cri arraché par cet excès d’oppression, nefando sonitu , le récit de tant de crimes, le bruit des plaintes et des murmures populaires, émouvront les îles de la Bretagne, et l’on réclamera en tumulte un remède, en faveur de la justice entièrement anéantie. Les mêmes excès se prolongeant, le bois Danois, c’est-à-dire Normand (les Normands étant sortis du Danemark), le bois Danois, ou la Normandie tout entière se lèvera ; la révolte y éclatera partout, afin de venger tant d’injures; les peuples crieront du fond de leur àme vers leur prince naturel. Ils diront : Viens, Cambrie, ou couronne de France, ainsi nommée de l’antique cité de Sicambrie en Pannonie. De là sortirent les Francs; ce qui a fait dire à Rémy baptisant Clovis leur premier roi : Baisse humblement la tète, Sicambre. La Normandie s’écriera donc : Viens, 6 toi qui comme proscrite as été trop longtemps loin de nous; joins à ton flanc la Cornouaille, ou l’Angleterre, désignant ainsi le tout pour la partie. Joins-la à ton flanc, car dans notre bonheur de t’appartenir, nous comptons que par une suite de victoires tu pourras de la Normandie conquérir l’Angleterre tout entière. »

Bréhal était normand, et sous l’impression de bonheur causée par le retour si prompt de son pays à la France, il pensait à une vengeance qu'il n’était pas le seul à rêver : la conquête même de l’Angleterre alors déchirée par la guerre civile. Il continue.

« Je sais que sur plusieurs points des esprits plus perspicaces pourraient donner à cette prophétie un sens peut-être plus convenable, mais en telles choses il est permis à chacun d’abonder dans son sens. Ce qui est certain, c’est que tout ce que nous venons de dire s’est littéralement réalisé.

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