‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 25 sur 377 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Jacques Gelu fut certainement un des hommes les plus en vue dans l’époque où il vécut; il mania, dans l’Église et dans l’État, les affaires les plus épineuses et les plus importantes.

Il a écrit, dans les pages en blanc d’un exemplaire du décret de Gratien. la suite et la date des principaux événements de sa vie jusques en 1421. Martène a fait entrer cette notice dans sa vaste collection : thesaums anne dotorum . Deux autres notices sont encore inédites; l’une est en tête du traité de laPucelledont il va être parlé. Elle est signée des initiales de l’un de ses compatriotes, J.-B.-L. A. P. ejus conterraneus . L’autre est celle que le Père Fournier lui consacre dans son histoire des Alpes Cottiennes. Le Jésuite nous apprend qu’elle lui est fournie par Gelu lui-même, qui, ayant entrepris une histoire des archevêques d’Embrun qu’il ne poussa pas loin, remplit la page qu’il avait réservée pour son nom. C’est à ces trois sources principalement que sont puisés les détails suivants1.

Yvoy, dans le Luxembourg et au diocèse de Trêves, fut le berceau de Jacques Gelu. Ses parents, des modèles de vertus chrétiennes, avaient une position sociale assez élevée pour que, dès sa neuvième année, Jaeque> ait pu être placé auprès du chancelier du Brabant. L’enfant y apprit la langue allemande, et, après quinze mois, vint commencer à Paris le cours de ses études classiques. Reçu avec éclat maître ès arts en 1391, il s’adonna à l’étude de la jurisprudence canonique et civile, conquit ses premiers degrés en droit canon en 1395, et celui de licencié ès lois civiles en 1401, à Orléans où il avait passé sept ans.

Après des études si approfondies, il n’est pas étonnant qu’il ait enseigné la science canonique dans les hautes écoles de Paris, in maquis scholis, comme il le dit lui-même. Le frère du roi, le duc d’Orléans, mit le célèbre professeur parmi ses maîtres des requêtes, et lui confia même la charge de chancelier.

Les charges du Parlement n’étant pas encore vénales se donnaient au concours. Jacques se mit sur les rangs pour une place de conseiller et l’emporta contre quatorze concurrents (1405).

A la suite de l’assassinat de son protecteur, le duc d’Orléans, il fut chargé particulièrement de la tutelle des pupilles de l’infortunée victime de Jean sans Peur, et plus tard nommé par le roi président du Dauphiné, fonction quil remplit de juin 1407 à décembre 1409. Il devait avoir reçu

1. Martène, Thésaurus anecdotoi'um , t. III, col. 1974, fond latin Cangé 6199, et üist. des Alpes Maritimes, par le P. Fournier, arcli. de Gap, f° 342, v° 344.

JACQUES GELU ET SES ÉCRITS SUR LA PUCELLE

quelques-uns des degrés de la cléricature, puisque à cette époque il obtint une prébende canoniale dans l'Église métropolitaine d 'Embrun.

Charles VI ayant donné au dauphin Louis, duc d'Aquitaine, l’administration des finances du royaume, Gelu fut rappelé du Dauphiné pour être attaché à la personne du jeune prince. Il y remplit diverses charges, et même momentanément celle de général d'armée.

Le concile de Constance était rassemblé ; un des premiers actes qui s’y accomplirent fut l'élévation de Gelu sur le siège de Tours. Jean XXIII le préconisa en cette qualité devant 17 cardinaux, le 7 novembre 1414. Le nouvel élu en reçut l’annonce à Paris le 18 novembre ; il lit prendre possession de son siège le 20 décembre, et se fit sacrer le 13 janvier 1415, dans la chapelle royale, en présence du roi et de la cour. Le lendemain il était nommé membre du grand conseil du roi.

Le nouvel archevêque se rendait en mai au concile de Constance. L'on devait y avoir une haute idée de son mérite, puisque les suffrages des pères lui donnèrent aussitôt d’éclatantes marques de confiance.

Jean XXIII et Grégoire XII avaient fait cession de leurs titres au pontificat suprême ; il fallait réduire l'intraitable Pierre de Lune qui voulait rester le pseudo-Benoît XIII. L'empereur Sigismond consentit à aller le trouver à Perpignan avec treize évêques, afin d’essayer de vaincre son opiniâtreté. Le chef de l'ambassade fut Jacques Gelu, renommé pour sa dextérité à manier les esprits et les affaires. Tout fut inutile, et l'Aragonnais ne se rendit pas. Gelu profita de ce voyage pour traiter aussi les affaires de France auprès du roi de Castille et d’Aragon, et travailler à détacher du pape schismatique les adhérents qu’il comptait dans la péninsule. Il plaida la même cause au concile de Constance, et contribua beaucoup à réduire les limites de l’obédience de l'intrus.

Il fallait remplacer les trois précédents pontifes par un seul et unique pape. Le concile voulut que le conclave se composât non seulement de cardinaux, mais aussi d’évèques et d’archevêques qui leur seraient adjoints. Jacques Gelu fut de ces derniers; bien plus, telle était sa réputation que huit voix le portèrent d’abord à la papauté. Le cardinal Colonna, qui prit le nom de Martin V, finit par réunir tous les suffrages.

Martin V avait chargé Gelu de traiter à Paris de la paix intérieure et extérieure du royaume. Il s'y trouvait à ce titre lorsque, en mai 1418, les Bourguignons signalèrent leur nouveau triomphe par le massacre du connétable d’Armagnac, du chancelier de Marie, de près de trois mille partisans avérés ou prétendus du parti ennemi. Gelu appartenait tout entier à ce dernier parti; aussi dit-il qu'avoir échappé à ces fureurs l'oblige envers Dieu autant que sa première création.

En janvier 1420, il va solliciter pour la France le secours du roi de

LA PUCELLE DEVANT L'ÉGLISE DE SON TEMPS

Castille, qui promet d’équiper à ses frais vingt galères et soixante gros vaisseaux. En juin, il était de retour dans son diocèse, qu'il ne perdait pas de vue.

En 1421, il fait sa visite ad limina ; il en profite pour traiter avec Martin Y des affaires du Dauphin déshérité par le traité de Troyes; il est envoyé à Naples par le Pontife. Il s’agissait de réconcilier Jeanne II, le roi d’Aragon et Louis III d’Anjou, négociation difficile entre toutes, qui prouvait au moins l’idée que l’on se faisait de l’habileté du prélat.

Rentré dans son diocèse, en môme temps qu’il s’efforce de le disputer aux ruines que les calamités du temps amoncelaient sur la surface du pays tout entier, il s’occupe de soutenir le parti national aux abois. Il a une entrevue avec le duc de Bretagne, allié secret mais bientôt déclaré de l’envahisseur; il écrit aux gentilshommes bretons pour les maintenir dans la fidélité à la France; il écrit au roi d’Angleterre pour le détourner de ses injustes prétentions.

Les désastres allaient s’accumulant sur le parti français. Personne qui ne sût combien le métropolitain de Tours lui restait attaché; de là sans doute des difficultés dans le gouvernement d’une province ecclésiastique en grande partie ralliée à l’étranger. C’est vraisemblablement ce qui porta Gelu à permuter le siège de saint Martin pour un siège moins important. Les chanoines d’Embrun, à la mort de leur archevêque, se rappelèrent que Gelu avait été leur collègue ; ils l’appelèrent à venir gouverner leur église. Il accepta avec empressement ét obtint de Martin Y des bulles qui des bords de la Loire le faisaient passer au sein des Alpes. Il se hâta de prendre possession de son nouveau siège, se consacra à ses devoirs de pasteur, visitant, prêchant son troupeau, sans cesser, ainsi qu’on l’a vu, d’entretenir avec Charles YII et la cour une correspondancece) cordiale et vraiment épiscopale.

Eugène IV voulut mettre à profit les talents diplomatiques de l’archevêque d’Embrun : il le chargea de ramener à de meilleurs sentiments les factieux de Bâle ; mais ces négociations furent arrêtées par la mort du négociateur arrivée en 1432.

Tel est l’homme qui, outre la correspondance sur Jeanne d’Arc, ignorée jusqu’ici, a publié sur l’héroïne un traité latin depuis longtemps signalé. On en trouve deux exemplaires à la Bibliothèque nationale *, et la bibliothèque de Grenoble en possède un troisième. Quicherat en a donné dans sa collection les parties purement historiques; il a dédaigné le reste comme n’étant que fatras. Ce jugement, sans être complètement immérité, est cependant trop sévère, quoique peu étonnant de la part du paléo-

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