BRÉHAL. — LA PRÉTENDUE RECHUTE
Mais, objectera-t-on, si elle n’a pas erré, pourquoi s’est-elle soumise à t l’abjuration? pourquoi a-t-elle souscrit la formule de rétractation? Il a été suffisamment répondu au chapitre précédent; elle est de plus justifiée par sa simplicité. L’ignorance du fait est cause d’erreur même pour les plus prudents (L. in omniFF. de régula j mis) : une autre excuse est l’insuffisance de l’âge; les mineurs au-dessous de vingt-cinq ans peuvent ignorer la loi (FF.de juris et facti ignorantia régula).
Sans plus longue discussion, pour apprécier le caractère de ce prétendu relaps, il suffit de rappeler ce qui se lit dans le procès-verbal et dans les informations. Sur quoi en effet se fonde-t-on pour soutenir quïl y a eu rechute? Sur deux choses : elle a repris son vêtement d’homme, et elle a adhéré avec beaucoup de fermeté à ses révélations et à ses visions. Mais qui donc, je le demande, osera conclure de là qu’il y a rechute dans l’hérésie, alors que de soi cela n’appartient nullement à la Foi catholique, n’en est nullement une dépendance, ainsi que cela a été prouvé plus haut ?
Il est absurde de vouloir convaincre quelqu’un d’hérésie dans une matière où il n’y a nul péril pour la foi. En toutes ces choses, rien ne répugne à la Foi catholique. Loin de là, comme il a été démontré, tout ce que Jeanne a dit à ce sujet respire merveilleusement la piété chrétienne; tout tend au bien public. La haine seule a pu y trouver matière à une chute et à une rechute dans l’hérésie.
Je vais plus loin. Si l’on pèse mûrement et sans malveillance les réponses de Jeanne, non seulement la piété dont elles sont empreintes la justifie de toute erreur dans la Foi, mais encore de toute faute morale. Elle a dit en effet ne pas avoir pris le vêtement d’homme par conseil humain. Elle savait, affirmait-elle, la manière dont elle l’avait pris, elle ignorait comment et quand elle devait le quitter. Elle insinuait que c’était l’habit qui convenait aux fins de sa mission, que, comme on le voit, elle ne croyait pas terminée1. Il a été parlé assez longuement de tout cela déjà; mais ici elle a ajouté une nouvelle raison. Elle a repris son vêtement parce que l’on n’avait pas tenu à son égard les promesses faites. On ne
<lifflcillibus quæsitis per longum processus impetita fuerit, in nullo tamrn responso invenitur à fidei rectitudine déviasse, dicuntque qui præsentes fuerunt, quod vix doc- Tissmusac peritissimus homoscivissetaut potuisset tantis etiam subtilibus quæstionibus
ADEÔ SOLIDE ac CONSTANTER RESPONDERE. » (F0 196 V°.)
1. « Inférons quod habitus ille finibus suæ legationis congruebat, quam nïcdum, ut apparet, peractam credebat. >» (F0 197 v°.)
LA PCCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
lui avait pas donné les prisons gracieuses ou ecclésiastiques; et surtout, vivant parmi les hommes, il était pour elle beaucoup plus convenable de porter des vêtements d’homme que des vêtements de femme. Cette réponse est pleinement corroborée par les dépositions de ceux qui affirment que des milords anglais avaient dans sa prison livré de violents assauts à sa pudeur.
Qui donc, à moins d’être atteint de démence ou de délire, trouvera ici matière à reproche 1 ? Qui ne la trouvera souverainement louable de s’être saisie pour défendre sa virginité de tous les moyens possibles, d’avoir pris un vêtement et plus commode pour la défense, et moins propre à exciter les désirs coupables ? Loin de nous de voir une faute dans ce qui n’est fait que pour le bien (c. de occidendis, c. XXIII, q. V).
Les informations font connaître une autre excuse fort légitime. Les gardes lui avaient enlevé ses vêtements de femme et les avaient remplacés par des vêtements d’homme. Elle en fit des plaintes ; mais forcée par des nécessités naturelles et pour se rendre aux lieux secrets, elle se passa les habits d’homme mis sous sa main. Et pour cela, l’on s’écria qu’elle était retombée dans l’hérésie ! et l’on a eu l’impiété de la condamner comme telle !
Une autre raison pour laquelle ils feignirent de la trouver relapse, ce fut parce qu’elle adhérait à ses révélations : et cependant si on les considère mûrement dans toutes leurs circonstances, non seulement on les trouvera certainement solides, réelles, vraies ; mais encore salutaires et saintes. Profecto non solum reales, solidæet veræ; sedetsanæ atquk sancte reputabuntur. Y adhérer avec constance et persévérance était pour elle un mérite et non un crime, vertu et non témérité, religion et non illusion ; piété et non dépravation ; Propter quod si ipsis constanter atqüe perseveranter adhjesit, laudï non crïmini ; virtutï non temeritati ; religion nonerrori; pietati non pravitati, potius adscrïbendum est. Mais il nous semble qu’il suffit de ce que nous avons dit plus haut sur ces révélations.
1. « Quis ergô eam, nisi vesanus sit aut delirus, ex hoc reprehensibilem, annon potius sumrae commendabilem existimabit? » (Ibidem.)