‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 267 sur 377 · LES INTERROGATEURS ET LES QUESTIONS DIFFICILES POSÉES A JEANNE · texte numérisé non relu

LES INTERROGATEURS ET LES QUESTIONS DIFFICILES POSÉES A JEANNE

(folio CLXXXXVIl r°-CLXXXXVIIl).

Sommaire : I. — Manière inhumaineY inique, dont se faisaient les interrogations.

II. — Exemples de questions trop relevées posées à la Pucelle. — Combien tout cela est contraire à toute raison et aux prescriptions de l’Église.

III. — Exemples de questions équivoques et captieuses. — Indignité de tel procédé; combien interdit par les canons.

IV. — Exemples de questions étrangères à la cause. — Combien cela est interdit par les canons, et propre à rendre odieuse la Sainte Inquisition. Honneur à la Pucelle qui les a déroutés sur le signe donné au roi.

Avant d’en venir à la sentence, il sera à propos de dire un mot des interrogateurs, des consulteurs, de ceux qui ont donné leur avis dans la cause. On verra mieux ce qu’il faut penser de l’équité ou de l’iniquité du jugement.

Pour ce qui regarde les interrogateurs et leurs interrogations, le procès et les informateurs manifestent suffisamment tout ce qu’il y a là d’iniquité. Le tribunal se composait d’une très nombreuse assistance de prélats et de docteurs. Ils interrogeaient à leur tour. Or il est rapporté que parfois c’était très confusément et dans le plus grand désordre. Parfois, ainsi que dans un assaut, ils lançaient comme autant de flèches leurs questions à la fois. Avant que la Pucelle, la simplicité même, simplicissima puella , eût donné une réponse complète à l’un d’eux, un autre faisait une autre question, ou bien tous ensemble, coupant les réponses, ils décochaient contre elle les traits de leurs demandes sans liaison. C’était au point que quelques-uns des meilleurs esprits ne pouvaient s’empêcher de murmurer publiquement et à haute voix de pareils procédés.

La pudique et douce jeune fille dut soutenir ces attaques durant six mois (un peu moins , ce semble , de quatre à cinq mois). Ce qu’il y a là

LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

d’inhumain, d’inique, de contraire à la mesure réclamée par si grave affaire, à la gravité des interrogateurs, d’emporté, tout le monde le voit. La modération, l’aménité dans l’interrogation font comprendre la question et donnent assurance pour répondre. Origène a bien dit : la même source de savoir donne d’interroger et de répondre sagement. Mais pour ne pas paraître invectiver, venons-en à la suite des questions, telles qu’elles se lisent dans l’instrument môme du procès.

Quelques-unes étaient trop subtiles ou trop difficiles, d’autres équivoques ou captieuses, plusieurs sans rapport avec la cause, bien plus, entièrement frivoles et superflues.

Quelques questions sont si difficiles et si relevées qu’un homme d'un savoir plus qu’ordinaire aurait été embarrassé pour y répondre sur-lechamp. Par exemple si Dieu avait créé les anges avec les images corporelles sous lesquelles ils lui apparaissaient; ce qu’elle pensait du Pape et quel était le vrai Pape; si elle croyait que la Sainte Écriture était révélée par Dieu; si elle croyait que l’Église ne peut pas errer; qu’il y eut sur la terre une Église militante; si elle savait être dans la grâce de Dieu, n'avoir jamais péché mortellement, et bien d’autres semblables questions.

Il est clair qu’il est contraire à la droiture, à la raison, qui doivent siéger dans un vrai tribunal, de tourmenter, de surcharger quelqu'un de questions qui dépassent sa capacité. C’est encore plus vrai dans le for ecclésiastique, dans les causes spirituelles, où il est absolument interdit de procéder par voie subtile et détournée, où il est ordonné d’interroger purement et simplement (c. Dilecti filir, de appeliationibus).

Mais c’est surtout grandement contraire à l’esprit de la Sainte Inquisition. Là, d’après saint Thomas (2* 2 æ, q. 2, a. 6), Y on n’examine pas les chrétiens sans instruction sur les points plus difficultueux de la foi, à moins que l’on ne sache que les hérétiques, selon leur habitude, n'aient altéré leur foi sur quelqu’un de ces points. Ces chrétiens sans instruction ont-ils adhéré sans opiniâtreté à une doctrine erronée? Est-ce par simplicité qu’ils ont faibli? on ne leur en fait pas un crime. Si donc, continue le saint docteur, l’Église examine sur la foi des fidèles ignorants accusés d’hérésie, ce n’est pas qu’ils soient tenus d’en croire explicitement tous les articles ; mais ils sont tenus de ne rien admettre opiniâtrément qui leur soit contraire. Pareilles personnes venant à errer ne sont pas condamnées pour avoir ignoré; elles ne le sont que pour défendre avec opiniâtreté des

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