V. — Richard Olivier de Longueil. — Notice
VI. — Convenance de ces choix. — Rapport entre les artisans de la condamnation et les ouvriers de la réhabilitation. — Quel est le meilleur des deux procès? — Réfutation de Quicherat.
Plus de cinq ans s’écoulèrent entre le jour où Charles VII donna l’ordre à Souillé de chercher les éléments d’une réhabilitation, et celui où Calixte III nomma la commission chargée d’instruire et de terminer en $on nom le procès réparateur. La lettre du roi à son féal conseiller est du 45 février 4450; le rescrit du Pontife du 40 juin 4455.
Que l’on ne s’étonne pas de ce long intervalle. C’était de la part du Saint-Siège un acte exceptionnellement grave que d’autoriser la révision d’un procès en pareille matière, alors que la sentence avait eu sa lamen-
LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
table exécution. Une erreur, quand elle doit être suivie d’un si atroce supplice, suffit pour entacher la mémoire de ceux qui l’ont commise. Si l’erreur est volontaire, si c’est l’effet de la passion, c'en est assez pour vouer à l’exécration des siècles tous ceux qui y ont volontairement et criminellement trempé. Les criminels, c’étaient, avant tous les autres, un évêque mort en communion avec l’Eglise Romaine, et un des représentanls de l’Inquisition. Les complices étaient nombreux et puissants. On ne devait pas ignorer à Rome la part si large qu’y avait prise cette université de Paris, animée envers le Saint-Siège de sentiments si défiants, tant de docteurs trompés ou cédant lâchement à la peur. Les instigateurs du crime, c’étaient ceux qui lors du supplice gouvernaient au nom du roi d’Angleterre, alors un enfant de onze ans, maintenant dans la force de l’àge. Il n’y avait pas lieu de faire déplaisir à cette nation anglaise qui durant le Grand Schisme et la sédition de Bâle avait donné à Rome des preuves multiples de sa fidélité. Les raisons les plus graves pouvaient seules déterminer Calixte III à ordonner une révision.
Elles se firent jour dans cet intervalle de cinq ans, et la Providence suscita pour les faire valoir les hommes les plus autorisés par leur crédit et leur juste réputation de savoir. Charles YII a-t-il écrit directement au Souverain Pontife? Un poète du seizième siècle, Varanus, l’a dit dans un poème sur la Pucelle; il a môme donné en hexamètres la substance delà lettre l. Mais jusqu’à ce jour c’est le seul monument que l’on connaisse de l’intervention immédiate et directe du monarque français. Il n’est pas douteux d’ailleurs qu’il n’ait eu la révision grandement à cœur ; les pièces déjà citées le prouvent suffisamment.
Le cardinal d’Estouteville n’a pas dù manquer de faire arriver à Rome l’expression d’un désir qu’il s’était engagé à seconder de tout son pouvoir. Pas un cardinal, a-t-il été dit, ne jouissait de plus d’autorité auprès de la Chaire de saint Pierre. Paul Pontanus, Rodolphe de Lellis, étaient deux oracles du tribunal de la Rote ; ils avaient fait en faveur de la réhabilitation deux des premiers travaux. La plupart des mémoires analysés ont précédé la nomination de la commission apostolique; ils ne furent pas les seuls composés. On demanda l’avis de beaucoup d’autres docteurs de renom, tant en France qu’à l’étranger.
Leurs sentiments sur 1 iniquité du procès étaient unanimes; c'en était assez pour déterminer Rome, qui s’est toujours glorifiée d’être la protectrice des opprimés.
Nicolas V n’avait-il pas déjà accepté l’appel? Une pièce du second procès porte son nom. Quicherat dit que c’est une faute, et qu’il faut substituer le