‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 295 sur 377 · Seguin, ibid., p · texte numérisé non relu

Seguin, ibid., p

n’avoir pas la déposition du vénérable évêque, mais elle n’inculpera pas les délégués pontificaux, si pleinement renseignés par d’autres témoignages.

La période de la passion et du martyre n’est pas moins riche que celle de Domrémy et de la vie guerrière ; elle est due tout entière à la commission apostolique, et elle a sauvegardé les deux autres. Sans le procès de la réhabilitation, l’on n’eùt rien su des horreurs du drame de Rouen, et Jeanne eût à peu près disparu de la mémoire des hommes sous le monceau de calomnies entassées par le premier procès. Le forfait de Rouen par ses gigantesques proportions a forcé de revenir sur la cause. Il semble que c’est sur ses atrocités que les enquêtes devaient se renfermer d’abord. Pour mieux les faire ressortir, les délégués pontificaux, à l’instance du promoteur et des procureurs de la famille d’Arc, ont ordonné celles dont il vient d’être parlé. Ils ont ainsi gravé l’histoire de Jeanne sur un monument bien plus indestructible que l’airain ; chacun d’eux avec le poète de Rome pouvait dire : exegi monumentum ære perennins. Ils ont constitué le fanal de notre histoire et de notre pays. La France ne périt et ne succombe que pour ne pas vouloir marcher à ses clartés.

L’histoire possède quatre informations sur le martyre de Rouen ; trois sont au procès. La dernière est de beaucoup la plus importante, quoique l’on trouve dans les autres quelques détails qui ne sont pas dans celle-ci. Cela tient à la marche adoptée. Dans la première, celle de Rouillé, ce n’était qu’un essai. Les juges n’en ont pas tenu compte. Dans celle du cardinal d’Estouteville, les questions roulaient sur XII points seulement. Dans celle de Philippe de la Rose, sur XX VII; enfin dans la dernière sur XXXIII. C’étaient trente-trois assertions que les tenants de la famille d’Arc et les procureurs se faisaient forts d’établir. Les juges de la réhabilitation, tout en admettant les deux dernières informations, ont cependant recolé les témoins, à quelques exceptions près. Il en résulte que nous avons jusqu’à quatre dépositions des mêmes personnages, et des mieux en situation de tout voir et de tout entendre, ou plutôt qui ne pouvaient pas ne pas voir et entendre.

Tel était bien le greffier principal Guillaume Manchon; il a déposé quatre fois1. L’huissier Jean Massieu, chargé d’amener et de ramener Jeanne du cachot au tribunal, qui se tenait à ses côtés durant les inter-

1. Voir ses dépositions. Procès, t. Il, p. 10-15, p. 297-300, p. 339-345 ett. III, p. 133-150.

LA PUCELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS

rogatoires, a déposé trois fois1. Martin Ladvenu, le consolateur de la dernière heure, a déposé quatre fois2 ; son confrère Isambart de la Pierre, qui s’est honoré par de salutaires conseils, et en assistant aussi Jeanne dans le supplice, a déposé deux fois3.

Quelques-uns des témoins des scènes de Rouen ont été interrogés à Paris. Les deux médecins Jean Tiphaine4 et Guillaume de la Chambre5, mandés de cette ville par les Anglais, pour que la mort ne leur enlevât pas dans la prison celle qu’ils voulaient voir finir sur le bûcher, ont fait leur déposition à Paris. Courcelles a fait à Paris sa déposition6 si embarrassée, dans laquelle celui qui savait tout feint de ne rien savoir. La justice complète aurait demandé qu’il fût ailleurs qu’au banc des témoins ; et si, pour le faire parler, on lui avait appliqué la torture, l’on n’aurait fait qu’user envers lui du moyen qu’il était d’avis d’employer envers Jeanne.

Parmi les témoins entendus se trouvent des évêques tels que Jean de Mailly7, évêque de Noyon, Jean Fabre8, évêque de Dimitri in partibm , un Augustin; des religieux tels que le prieur de Longueville- Giffard3, nombre de prêtres et de dignitaires ecclésiastiques. Beaucoup parmi eux, au procès de condamnation, trompés par les XII articles, entraînés par l’autorité de l’Université de Paris, et aussi cédant à la peur, avaient émis des avis qui devaient leur peser. Isambart de la Pierre, Martin Ladvenu, eux-mêmes, n’avaient pas été sans payer quelque tribut aux malheureuses circonstances ; peu pouvaient, comme le courageux chanoine Houppeville, se rendre le témoignage qu’ils n’avaient nullement fléchi.

On entendit des laïques tels que Pierre Cusquel10, Laurent Guesdon11. Jean Moreau12, et d’autres encore.

Avant la fin de mai, la commission apostolique avait un dossier déplus de 130 dépositions dues à 118 témoins, sans comprendre celles de la première enquête faite par Rouillé. Beaucoup émanaient de personnages éminents en dignité, entourés de considération, qui avaient vécu le plus près possible de l’héroïne, sur les divers théâtres de son existence. Ils pouvaient dire et ils disaient : T ai vu, fai entendu; rarement : Von nia rapporté.

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