Ibid. f p
LA Pl'CELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS.
Théobald Thermes1, les nombreux bourgeois d’Orléans entendus à la réhabilitation. Mais aucune déposition peut-être ne vaut celle du duc d’Alençon2. Il avait le titre de généralissime dans la campagne de la Loire; en réalité, il laissait à Jeanne le commandement effectif. C’est pour cela qu’aucun guerrier ne semble avoir été plus cher à Jeanne. Les intrigues de cour les séparèrent au retour de la campagne de l’Ile de France. D’Alençon, deux ans après sa déposition, ternit la gloire de ces souvenirs en s’alliant secrètement avec l’Anglais. Il fut traduit devant la cour des pairs ; il a été déjà dit que deux des délégués pontificaux, Juvénal des Ursins et Richard deLongueil, figuraient parmi les juges qui prononcèrent contre lui une sentence de mort, commuée en une sentence de perpétuelle captivité.
Marguerite de Touroulde 3, veuve de maître René de Bouligny, trésorier général, avait observé Jeanne de bien près, elle qui, à Bourges, avait reçu la Pucelle dans sa maison, vivait avec l’héroïne dans une telle intimité qu’elles partageaient le même lit. Qui méritait plus de créance que Simon Charles, un des diplomates préférés de Charles VII 4 ? Le sage conseiller revenait d’une ambassade à Venise en même temps que Jeanne | arrivait à Chinon; il a vu Jeanne auprès de son maître, l’a entendue, a conversé avec elle et probablement a été consulté sur le jugement à porter | sur la jeune paysanne. Il n’est pas le seul des témoins qui ait vu Jeanne | à Poitiers. Pour cette partie de l’histoire, personne ne semble mériter plus de créance qne le vénérable doyen de la faculté de théologie de cette ville, Seguin, religieux dominicain5. On a vu que c’était l’interrogateur au langage et à l’accent limousin, dont il a été parlé au premier chapitre de ce volume. Il est touchant de voir le docteur septuagénaire faire le voyage de Poitiers à Rouen, pour nous faire une déposition dans laquelle il ne s’épargne pas lui-même.
Quicherat reproche à la commission pontificale de n’avoir pas fait venir Turelure, évêque de Digne. Puisque le prélat dominicain avait siégé en 1429, en qualité d’inquisiteur général du Midi dans la commission de Poitiers, il devait en 1455 être fort avancé en âge. Qu’on juge de la distance qu’il y avait au xve siècle de Digne à Rouen, ou même à Orléans, des périls de la route à la suite de la guerre de Cent ans, en se rappelant qu’au commencement du xix° siècle, l’on faisait son testament lorsque du Languedoc l’on se rendait à Paris; l’histoire pourra alors regretter de