‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 38 sur 377 · Procès , t. III, p · texte numérisé non relu

Procès , t. III, p

LA Pl'CELLE ET LE CLERGÉ DU PARTI FRANÇAIS. 77

Les tortionnaires de Rouen lui demandèrent si les hommes de son parti n’avaient pas composé des offices, une messe et des oraisons en son honneur. Elle répond n’en savoir rien, qu’en tout cas ce n’est pas de son commandement, et que s’ils ont prié pour elle, il ne lui semble pas que ce soit un mal. « Croient-ils que vous soyez envoyée de Dieu, ajoutet-on? — Je n’en sais rien, repart-elle, je m’en rapporte à leur cœur; s’ils le croient, ils ne sont pas abusés; car je le suis, qu’ils le croient ou ne le croient pas1. » Ils le croyaient et les accusateurs n’en doutaient pas; témoin le promoteur d’Estivet qui disait dans son réquisitoire du 28 mars :

« Jeanne par ses impostures a tellement séduit le peuple catholique, qu’en sa présence, plusieurs l’ont vénérée comme une sainte; ils la vénèrent encore comme telle, puisqu’ils prescrivent dans les églises des messes et des collectes à son honneur. Ils la disent plus grande que tous les saints du ciel, la bienheureuse vierge Marie exceptée; ils érigent ses statues et ses images dans les basiliques; portent sur eux ses médailles, comme on le fait à l’honneur des saints canonisés par l’Eglise; on prêche publiquement qu’elle est l’envoyée de Dieu, un ange plutôt qu’une femme. Autant d’atteinies portées à la religion chrétienne, excès de scandales tournant au détriment des âmes *. »

L’accusée répond à ces inculpations : « Quant au commencement de l’article, j’en ai autrefois répondu; et quant à la conclusion, je m’en rapporte à Notre-Seigneur. »

Ces venimeuses accusations tombaient sur le clergé du parti français, et nullement sur Jeanne ; le clergé seul pouvait, dans les offices publics, rendre à une personne vivante les honneurs dont d’Estivet fait un crime à l’accusée. C’eût été un excès dont rien ne prouve qu’il se soit rendu coupable. Que dans la chaire on ait célébré Jeanne comme l’envoyée de Dieu, c’est fort croyable; la chrétienté entière le proclamait; les faits le disaient plus haut encore. A-t-on exposé ses statues dans les églises, comme celles d’une sainte, frappé et distribué des médailles comme on frappe et l’on distribue les médailles de ceux auxquels on rend un culte public? il le faudrait pour que d’Estivet eut pu mettre en cause, non la Pucelle, mais bien ses frères honorés du sacerdoce, le clergé du parti français; rien ne le prouve. L’on ne possède malheureusement que peu ou point de statues et de médailles de la libératrice, remontant aux années de sa vie. Il est manifeste qu’on ne rend pas un culte religieux et public à tous ceux dont on grave les traits sur le marbre ou le bronze, ces effigies fussent-elles exposées dans l’Église.

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