Collection Michaud, t. Il, p
102 LA PU CELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS
duc d’Orléans, qui leur répondait par un discours de leur façon, bourré de passages d’histoire et de forts arguments politiques, et qu’il concluait d’une manière aussi juste que piquante.
« Comme, disait-il, vous n’appelleriez pas des soldats pour vous aider à résoudre un point de foi dans vos assemblées, on n’a que faire de vous donner connaissance des affaires de la guerre. C’est pourquoi retournez à vos écoles; ne vous mêlez que de votre métier, et sachez qu’encore qu’on appelle l’Université fille du roi, ce n’est pas à elle à s’ingérer dans le gouvernement du royaume1. »
Paroles pleines de sens que le prince accentuait encore dans une lettre à l’Université entière. L’on n’a pas cependant une idée de la susceptibilité jalouse avec laquelle la corporation, qui s’ingérait ainsi dans les plus hautes questions du gouvernement ecclésiastique et civil, veillait à ce que l’on n’intervînt pas même de loin dans son gouvernement intérieur.
En 1404, les gens du sire de Savoisi se prirent de querelle avec les écoliers, qui faisaient une procession; le tumulte recommença dans l’église, où les estaffiers, encouragés par quelques paroles de leur maître, vinrent attaquer juqu’aux officiants qui durent interrompre le saint sacrifice. Il y eut cessation de leçons et de prédications ; ce fut peu de condamner les perturbateurs au fouet, à l’amende honorable, le sire de Savoisi à la fondation de quatre ou cinq chapellenies; son hôtel fut démoli ; et ce ne fut que 114 ans après que l’Université porta l’indulgence jusqu’à en autoriser la reconstruction, pourvu qu’une inscription perpétuât le souvenir du scandale et de la réparation2.
Un fait plus révoltant encore, c’est celui de Tignonville, prévôt de Paris universellement estimé. Il avait fait arrêter et pendre, malgré les réclamations de l’Université, deux écoliers fort mauvais sujets, coupables de meurtre et de vol sur le grand chemin. L’Université fit suspendre enseignement et prédication. L’a vent et le carême 1407-1408 se passèrent sans qu’il y eut sermon dans aucune église, même les jours de Noël et de Pâques, pas plus qu’il n’y avait de leçons dans les classes. Cette rigueur outrée se tournait contre l’Université ; l’on murmurait contre elle sans abattre l’opiniâtreté de ses prétentions; elle va dès lors trouver le roi, pour lui faire, disait-elle, ses adieux; fille du roi, mais blessée dans son honneur, devenue brebis errante, elle allait chercher une demeure ailleurs.
Charles VI était personnellement la bonté même; il était alors dans un de ces moments de retour à la raison, où il était censé gouverner en personne ; il fut dupe de cette boutade comique, et accorda tout ce qu’on
1. Hist. de Charles VI, par Je moine de Saint-Denys, traduction par Lelaboüreur, p. 525, 526.