‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 61 sur 377 · Crbvibr, 1. 111, p · texte numérisé non relu

Crbvibr, 1. 111, p

voulut. Tignonville et son lieutenant furent destitués, condamnés à aller détacher les deux cadavres, à les baiser à la bouche, et à les rendre à l’Évêque et à l’Université. On fit aux deux vauriens des funérailles splendides, telles que deux saints n’auraient pas pu en recevoir de plus solennelles. Une inscription gravée sur leur tombe devait apprendre aux âges à venir combien il était dangereux de toucher à la vindicative mère de la science. Crevier, qui raconte ces détails, écrit que de son temps (1761) l’on pouvait lire la triomphante épitaphe dans le cloître des Mathurins1.

Quand l’Université de Paris vengeait ainsi les voleurs et les meurtriers qui avaient l’honneur de lui appartenir, en 1407-1408, elle montrait visà-vis du pseudo-pape, qui devait ne pas l’être pour elle, Benoît XIII, l’inqualifiable insolence dont il a été parlé; et, au moins par plusieurs de ses membres, elle défendait ouvertement un assassin hautement titré.

Assassin, le duc de Bourgogne le fut, lorsque dans la nuit du 22 au 23 novembre 1407, dans la rue Barbette, il fit massacrer son cousin, l’unique frère du roi, le duc d’Orléans, avec lequel trois jours auparavant il avait feint de sceller une réconciliation, en s’asseyant à côté de lui à la sainte table. Il était assez impudent pour avouer son crime, et après quelques mois d’absence, pour s’en glorifier. Il revenait, et en son nom un professeur de l’Université, le docteur normand Jean Petit, faisait l’apologie de son forfait; il soutenait la légitimité du tyrannicide, et par un second assassinat chargeait la mémoire de la victime de tous les crimes que peut inventer une imagination en délire. Nulle part je n’ai trouvé que dès lors l’Université ait désavoué son professeur, qui ne tarda pas d’ailleurs à mourir.

Le duc assassin n’a jamais perdu les sympathies de l’Université; il y a toujours compté de chauds partisans, des complices; il y trouva des vengeurs emportés quand le pont de Montereau but le sang de celui qui avait ensanglanté si atrocement la rue Barbette. Douze ans s’écoulèrent durant cet intervalle : douze ans d’horreurs pour la France. L’Université s’y trouve grandement mêlée.

Jean sans Peur jouissant du fruit de son crime avait une part prépondérante dans le gouvernement; l’épouse de sa victime, Valentine de Milan, était morte de douleur, ne pouvant obtenir pour réparation que de nouveaux outrages à une mémoire aimée ; les enfants grandissaient enveloppés dans leurs vêtements de deuil; en 1410, soutenus de leur beau-frère le duc d’Armagnac, qui dès lors donne son nom au parti, par d’autres princes du sang, ils arment pour venger leur père.

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