JüVÉNAL DES ÜRSINS, p
condamnation et pressait pour que les docteurs de Paris fissent une nouvelle motion auprès du Concile. La nation de Picardie et la faculté de droit canon résistaient; on n’obtint une majorité qu’en exilant soudainement quarante docteurs, encore la nation de Picardie ne se laissat-elle pas entamer1.
Paris était sous la rude main du connétable, le duc d’Armagnac, qui tenait loin son irréconciliable ennemi, le duc de Bourgogne. Ce dernier favorisait plus ou moins ouvertement l’Anglais qui, à la faveur de ces divisions, avançait toujours, alors que le parti bourguignon triomphait à Auxerre, à Reims, à Troyes, h Châlons, où l’on arborait la croix de Saint- André. A Paris, l’on disait, raconte Juvénal des Ursins, à ceux que l’on savait évidemment être trop extrêmes pour le parti bourguignon, « qu’ils s’en allassent, et au regard des biens, qu’ils en fissent à leur plaisir. Il y en eut plusieurs tant du parlement que de l’Université qui à grand regret s’en allèrent8. »
Ils ne devaient pas tarder à revenir.
Le 29 mai 1418 une trahison livrait Paris aux Bourguignons, c’està-dire aux bouchers et à la démagogie. Les prisons se remplirent d’Armagnacs ou de ce que l’on disait tel; les chefs du parti, le connétable, le chancelier étaient mis sous les verrous; Tanneguy du Chatel sauvait le Dauphin qui devait être Charles VII, en l’emportant de son lit enveloppé dans un drap et en le déposant à la Bastille. Plus de cinq cents personnes furent massacrées dans cette journée, écrit dans son journal le faux bourgeois de Paris, que l’on verra dans la suite être l’universitaire Jean Chuffart, un Cabochien.
Ce n’était qu’un prélude; les Cabochiens exilés rentrèrent. Le 12 juin, environ soixante mille hommes ou même plus se levaient sur les quatre heures du soir, aux cris de vive le roi, vive le duc de Bourgogne. Armés de maillets, de haches, de cognées, de massues, de bâtons, ils se portaient aux prisons et aux lieux où étaient renfermés les Armagnacs; ils massacraient indistinctement tout ce qui s’y trouvait, les malfaiteurs, les prisonniers pour dettes, avec le connétable, le duc d’Armagnac, le chancelier Henri de Maries et cinq évêques. Les journées de septembre 1792 n’ont pas présenté plus d’horreur; l’égorgement s’étendit, d’après les his-