‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 63 sur 377 · Juvénal des Ursins, p. 490. Cf. le moine de Saint-Denis · texte numérisé non relu

Juvénal des Ursins, p. 490. Cf. le moine de Saint-Denis

dût se cacher sur les voûtes de Notre-Dame. Depuis lors il fut acquis aux Armagnacs.

Révoltée de cette tyrannie d’en bas, la partie saine de la population fit entrer les Armagnacs dans Paris. Ce fut le tour des représailles; le Bourguignon s’enfuit, on exila ses partisans les plus déclarés, plusieurs membres de l’Université, celui entre autres dont le nom devait le plus tristement figurer dans l’histoire de Jeanne d’Arc, Pierre Cauchon.

L’on s’aperçut alors de l’effet des doctrines sur le tyrannicide. Gerson oubliant son sermon sur les excès qui autorisent à déposer les rois s’employa vigoureusement à faire condamner les assertions de Jean Petit. Jean Petit était mort; on rechercha ses écrits; Gerson fit un extrait des propositions les plus dangereuses du téméraire docteur et les fit censurer par l’Université. Les partisans secrets de Jean Petit incidentaient ; ils niaient que Petit eut avancé ces énormités. Il fallut compulser les écrits qu’il avait laissés, s’assurer de leur authenticité ; de là de nombreuses séances qui sur les instances delà cour aboutirent, le 23 février 1414, à une condamnation solennelle par l’évêque de Paris de neuf propositions. Les œuvres de Petit furent brûlées dans le parvis Notre-Dame, la peine d’excommunication prononcée contre quiconque en garderait copie. Ce n’était pas la fin de la controverse.

Cependant, tout en s’engageant fort avant dans les affaires ecclésiastiques qui s’agitaient à Constance, l’Université ne perdait pas l'habitude de ses récriminations auprès du pouvoir civil.

Le concile venait de prononcer la déchéance de Jean XXIII ; l’Université se présenta solennellement devant le Dauphin Louis, duc de Guyenne, qui avait pris le gouvernement du royaume; elle fit par un de ses orateurs des remontrances sur l’excès des tailles et des subsides imposés aux peuples. Le jeune prince courroucé leur demande qui les a poussés à venir porter ces doléances. Ils répondent qu’ils ont une mission par écrit de leur compagnie. Le Dauphin fait sur-le-champ arrêter l’orateur; il ordonnequ’il soit renfermé dans une chambre jusqu’à ce qu’ils reviennent mieux instruits de leur devoir. Le malencontreux harangueur y resta captif durant plusieurs jours ; il ne fut relâché qu’à la suite d’instantes prières, et avec ces expressives paroles du Dauphin :

« Sachez que c’est pour l’amour de Dieu, et seulement par pitié que nous vous accordons ce que vous nous demandez, et que nous ne donnons rien à votre considération. Vous vous en faites un peu trop accroire, par les entreprises que vous faites au-dessus de votre pouvoir et de votre rang

et DONT LE ROYAUME A BEAUCOUP SOUFFERT.

« Je voudrais bien savoir qui vous a faits si hardis de vouloir destituer le pape (Jean XXIII) sans notre consentement ; il ne vous reste plus peut-

LA Pl'CELLE DEVANT L’ÉGLISE DE SON TEMPS.

être que de disposer de la couronne du roi, mon seigneur, et de l’état des princes de son sang; mais nous vous en empêcherons bien1. »

Ce Dauphin, enlevé par la mort quelque temps après, avait fort bien vu à quoi devaient aboutir dans l’ordre politique les audaces de l’Université de Paris dans l’ordre ecclésiastique.

Le désastre d’Azincourt survenait quelque temps après, octobre 1415; il ne réconcilia pas les partis, pas plus dans l’Université que dans le reste du royaume. En janvier 1416 le duc de Bretagne s’était rendu à Paris comme médiateur. Il voulait que l’Université travaillât avec lui au rapprochement et s’en était clairement exprimé. On délibère sur sa proposition dans les comices de la compagnie ; le parti bourguignon avait dû céder devant les Armagnacs qui commandaient à Paris. Tous les adhérents de Jean sans Peur, la nation de Picardie, la faculté des décrets, plusieurs docteurs en théologie, beaucoup de membres, appartenant aux trois autres nations et aux facultés de médecine et des arts, sont d’avis d’appuyer le duc de Bretagne, certains par là de faire rentrer leur chef politique. Le Recteur s’y oppose; malgré son opposition, quatre-vingts docteurs vont trouver le médiateur pour l’exhorter à ne pas quitter Paris sans avoir rapproché les esprits, et fait conclure la paix; mais un docteur de Navarre, le procureur de la nation de France, prend la parole; ce. n’est pas au nom de l’Université que cette proposition est faite, dit-il ; elle n’a cure de la paix qui est demandée, c’est la paix cabochienne. Le duc de Bretagne fut très étonné de les voir ainsi divisés : Vous n êtes pas d'accord, vous êtes divisés , v’est mal fait*, répondit-il.

Ils 1 étaient en effet, et à un haut degré. Gerson, qui peut être se rappelait le pillage de son hôtel et le danger qu’il avait couru en 1413, poursuivait avec acharnement à Constance la pleine condamnation de Jean Petit; l’assemblée s’était bornée à frapper d’anathème une proposition sur le tyrannicide, sans d’ailleurs faire aucune allusion personnelle. Cela ne suffisait pas au chancelier qui voulait la ratification de toutes les condamnations prononcées sur la matière par l’évêque de Paris. Le duc de Bourgogne de son côté n’épargnait rien pour détourner un coup qu’il regardait comme frappé directement sur lui. Il prodiguait l’or, soudoyait des orateurs qui le défendaient avec plus d’acharnement encore que Gerson n’en mettait à le poursuivre. Il obtint même dans une commission, mais non dans l’assemblée, un blâme contre l’évêque de Paris, qui, disait-on, avait condamné des propositions théologiquement probables.

Les ardentes polémiques qui avaient lieu à Constance se reproduisaient dans l’Université de Paris, d’où elles étaient parties. La cour voulait la

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