‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 74 sur 377 · Procès , 1. 1, p. 2, note · texte numérisé non relu

Procès , 1. 1, p. 2, note

les instructions données aux députés chargés en 1422 d’aller mettre les hommages des docteurs aux pieds du berceau de Tentant qui avait nom Henri VI, portent que les envoyés s’adresseront d’abord à Cauchon1. L’Université fit plus; elle avait besoin d’un puissant protecteur pour veiller au maintien de ses privilèges ; elle pouvait le choisir entre les évêques de Meaux, de Beauvais et de Senlis. En 1423 elle choisissait Cauchon, et lui conférait le titre de conservateur apostolique de ses prérogatives, charge importante qui lui donnait juridiction sur le docte corps. Le conservateur avait son tribunal pour juger les délits qui se commettaient dans la tumultueuse compagnie ; c’était derrière le conservateur qu’elle s’abritait lorsqu’elle se croyait lésée. Par la nature même delà fonction, il existait, entre les suppôts de la mère des sciences et le conservateur de ses privilèges, les rapports de confiance des clients vis-à-vis d’un patron qu’ils ont élu.

Telle était la haute situation de Cauchon lorsque le miracle de la Pucelle vint imprimer un stigmate de divine réprobation à la cause à laquelle il s’était si entièrement dévoué. Le Caïphe de Beauvais se raidit comme celui de Jérusalem. A la suite du sacre, les villes s’ouvraient d’elles-mêmes devant l’envoyée du ciel. Si de ténébreuses machinations n’avaient pas arrêté sa marche triomphante, il est permis de croire que toutes les provinces conquises redevenaient françaises sans coup férir, Paris une fois rendu. Beauvais n’attendit ni la présence de Jeanne, ni celle de Charles; il se souleva spontanément à leur approche, malgré l’évêque ; chassa le prélat, se saisit de ses biens, et se proclama français2. Cauchon se réfugia auprès du conseil royal, le cœur profondément ulcéré, et rêvant la vengeance.

La prise de Jeanne à Compiègne, moins d’un an après, le 23 mai 1430, lui fournit pour la satisfaire l’occasion qu’il cherchait. Durant plus de trois mois, il s’emploie pour amener le duc de Luxembourg et le duc de Bourgogne à lui vendre la proie qu’il convoite 3. La Pucelle a traversé en courant une langue de terre de son diocèse; c’est là qu’elle a été prise4. C’est assez pour qu’il se dise en droit de la mettre en jugement. Ce sera un procès en matière de foi. Comment ne serait-elle pas en opposition avec la foi, celle qui va à l’encontre du beau clair soleil de la chrétienté, et du conservateur de sa lumière?

Dire la part de Cauchon dans la passion et le martyre de la libératrice,

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