Crevier, t. V, p
LES PRINCIPAUX BOURREAUX DE LA PUCELLE
tions1. Comment il comprenait ce devoir, le médecin Guillaume de la Chambre nous l'apprend. Il survenait au milieu des interrogations adressées par d'autres, et en posait de tout à fait étrangères; si bien que la jeune fille se plaignait hautement de semblables vexations, protestant qu’elle ne pouvait satisfaire à tous à la fois, ou qu’on ramenait des questions auxquelles elle avait déjà fait réponse*.
Le personnage qui entendait ainsi l’instruction était un des docteurs les plus influents de sa corporation. Dès 1412 on le voit figurer dans la nomenclature des Recteurs; et tandis qu'il possède une prébende de chanoine dans la cathédrale de Besançon, ses collègues de Paris lui réitèrent les marques de leur confiance, en le chargeant de les représenter dans les circonstances les plus solennelles. Déjà avant que Cauchon eut fait appel à son dévouement pour le servir dans la cause de la Pueelle, Beaupère avait été choisi par ses collègues comme député à Bàle. L’empressement qu'il avait de s’y rendre lui fit quitter Rouen deux jours avant le supplice ; comme il l’avait fait se pourvoir de trois chevaux avant que Cauchon réclamât ses services. Lorsqu’il fut question de toucher l’indemnité, Beaupère n’oublia pas qu’il avait du pourvoir inutilement à la nourriture des coursiers ; il toucha un supplément de solde; aux vingt sous tournois prix de chaque journée du docteur, furent ajoutées trente livres tournois pour les bêtes3. Beaupère fut d’abord un des hommes les plus en vue à Bâle. Ses collègues le députèrent à Rome pour rendre compte des préliminaires du concile. D’après le père Berthier, il remplit sa mission en mandataire infidèle, et contribua à amener le conflit entre Eugène IV et la réunion de Bâle \
Nul, plus que Beaupère, n’était partisan de l’Anglais : Anrjlis addictissi mus, dit Richer et avec lui disent les autres historiens. Ce fut un des conseillers du traité de Troyes; il reçut en 1422 de la part de l’Université la mission d’aller à Londres assurer la cour de l’inviolable fidélité de la corporation au successeur d’Henri V, au roi de dix mois, Henri VI. Un canonicat dans la cathédrale de Rouen récompensait son zèle, en 1430.
Beaupère vivait lors de la conquête de la Normandie. Il se trouva par occasion à Rouen dans les débuts de l’information ordonnée par Charles VII. Il fut requis comme témoin. Aucun signe de repentir ne transpire dans sa déposition extra-canonique. On y voit son embarras. A ses yeux les apparitions de Jeanne avaient une cause plus naturelle que surnaturelle. Jeanne était une femme bien subtile d’une subtilité ap -