Ibid., t. m,p
LES PRINCIPAUX BOURREAUX DE LA PUCELLE
à-vis de la céleste fille les termes qui lui arrachaient des larmes sur le pont d’Orléans, lorsqu’ils lui étaient adressés par Glacidas et les goujats de l’armée anglaise1. L’odieux personnage fut aussi cruel que grossier. Avant toute condamnation, la douce victime, conduite delà prison à la salle des séances, demandait à s’arrêter devant la chapelle du château qui était sur le passage. Ci est le corps de Jésus-Christ, s’écriait-elle de la manière la plus touchante, et elle insistait pour qu’il lui fût permis d’entrer ou de s’arrêter. L’huissier consentait. D’Estivet indigné accourt, tance le prêtre qui s’est laissé toucher dans le langage d’homme mal appris qui lui est familier, le menace et finit par venir se poster devant la porte du lieu saint pour enlever à la sainte jusqu’à cette consolation2.
Ce fait peint mieux le personnage que tout ce que l’on pourrait en dire. Il rudoyait les greffiers dont la rédaction n’était pas à son goût3 ; se déguisait pour tromper Jeanne et surprendre ses secrets \ Son réquisitoire en 70 articles est une infamie, surtout quand on pense qu’aux termes du droit le promoteur est censé représenter la loi ; encore son collaborateur Courcelles a-t-il dû faire adoucir plusieurs termes. Jeanne subit durant trois séances cette avalanche d’imputations calomnieuses et de travestissements de ses paroles, opposant une brève explication ou négation, renvoyant à ce qu’elle avait déjà dit, et souvent se contentant de cette réponse : Je m'en attends, je m en rapporte à Notre Seigneur .
D’Estivet fut trouvé mort dans un égout aux portes de Rouen. Il était à sa place5.
Aussi odieux est Nicolas Loyseleur, docteur de l’Université de Paris et chanoine de Rouen. Tout dévoué à la cause anglaise, à laquelle il avait rendu des services6, aucune perfidie ne lui coûtait pour perdre Jeanne. Dans les premières séances, afin de mieux altérer les réponses de l’accusée, on avait aposté des greffiers dérobés, destinés à envenimer les paroles qu’elle disait et à faire disparaître ce qui les expliquait. Loyseleur était chargé de ce rôle qui dut cesser devant les réclamations des greffiers officiels7.
Loyseleur se déguisait en cordonnier, pénétrait, probablement durant la nuit, dans la prison de Jeanne, se donnait comme du pays de la prisonnière, attaché à la cause française et cherchait ainsi à surprendre ses secrets \