‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 124 sur 327 · SyllogUait · texte numérisé non relu

SyllogUait

2. Eust (lié affoilée par cnrye. (^est [)ar cette manière discrète que Alain Bouchard constate ce qui csl notoire d'après d autres Chroniques : la jalousie des capitaines. U Libératrice a été certainement entravée.

£lle montait à cheval et chevauchait armée de toutes pièces aussi prestement qu'aurait su le faire homme d'armes de sa compagnie ; elle courait la lance, et faisant chose de guerre semblable, piquait un coursier, maniait hache et épée aussi bien. que si elle y eût été formée dès son snfance. En toutes choses elle était bien simple, menait une vie honnôte, jeûnait plusieurs jours de la semaine, se confessait et recevait le corps le Notre-Seigneur presque toutes les semaines.

Elle portait des vêtements d'homme pour ôter mauvais désir aux gens de guerre ; et quand elle allait par le pays, au logis elle faisait venir coucher avec elle l'hôtesse du logis ou ses chambrières ; il n'entrait dans sa chambre homme quelconque qu'elle ne fût habillée et prête, sous peine de la hart. Elle avait toujours en la bouche le nom de Jésus, et partout où elle commandait, elle disait: « Faites de par Jésus; allez de par Jésus ; n'en faites rien de par Jésus * / »

[Après avoir dit que le roi ne voulut pas admettre Richemont dans l'armée, Bouchard ajoute :] Ceux qui avaient mis le roi en cette fantaisie en furent fort blâmés par la Pucelle et par les princes et chefs de guerre (fcLxiv).

(Voici comment l'annaliste breton raconte la prise de Jeanne d'Arc à !]loinpiègne :)

li'an mil CGGGXXX, vers le commencement du mois de juin, messire ean de Luxembourg, les comtes de Uautonne [Houtinfjton)^ d'Arondel, Lnglais, et une très grande compagnie de Bourguignons mirent le siège levant Compiègne, et il fut arrêté par Guillaume de Flavy, qui en était capitaine, que la Pucelle irait en diligence par devers le roi pour recouvrer et assembler des gens afin de faire lever le siège ; mais icelui de Flavy avait fait cette ordonnance parce qu'il avait déjà vendu la Pucelle ^^x lioui^uignons et aux Anglais. Pour parvenir à ses fins, il la pressait fort de sortir par l'une des portes de la ville, car le siège n'était pas *«vant cette porte ^

La Pucelle, un jour bien matin, fit dire la messe à Saint-Jacques, se ^Ufessa et reçut son Gréateur ; elle se retira près de l'un des piliers de ^tte église, et dit à plusieurs gens de la ville qui là se trouvaient : — Il y ^Vait cent ou six-vingts enfants qui désiraient beaucoup la voir —

^* Au lieu de dire « Jésus », Jeanne disait plus souvent : « Messire, Notre Sire, ^^ Seigneur, Mon Seigneur ».

^ Quoi qu'il en soit de la trahison de Flavy, question qui sera ultérieurement exa- ^aée, ce n*est pas ainsi qu*eut lieu la sortie de Compiègne.

<( Mes enfants et chers amis^ je vous signifie que Von m'a vendue et trahie et que bientôt je serai livrée à la mort. Ainsi je vous supplie que vous priiez Dieu pour moi, car je ri aurai jamais plus de puissance de faire service au roiy ni au royaume de France. » Et ces paroles je les ai ornes à Compiègne, Tan mil quatre cent quatre vingt et XVIII au mois de juillet, de la bouche de deux vieux et anciens hommes de la ville de Compiègne, âgés l'un de mi"xvni (P^)ans, et l'autre de mi"vi (^tf), qui disaient avoir été présents en l'église de Saint-Jacques de Compiègne, alors que la Pucelle prononça ces paroles *.

Quand la Pucelle, en compagnie de xxv ou xxx archers fut sortie hors de la ville de Compiègne, Flavy, qui savait bien l'embuscade, fit fermer les barrières et les portes de la ville. Quand la Pucelle fut à un quart de lieue, elle fut rencontrée par Luxembourg et d'autres Bourguignons. Elle reconnut qu'ils étaient plus forts, elle s'en retourna à la hâte, croyant se sauver dans la ville; mais le traître Flavy lui avait fait clore les barrières, et ne voulut point lui faire ouvrir les portes. Ce fut la cause pour laquelle la Pucelle fut aussitôt prise par les Bourguignons aux barrières de Compiègne, et par eux livrée aux Anglais, l'an dessus dit MCCCCXXX, au signe des Gémeaux, ainsi qu'il est manifeste parles lettres numérales de ce petit vers

nV>C CadIt In geMLnIs bVrgVndo VICta pVeLL\;

et parce que, par la justice des hommes, Flavy ne fut pas puni de son cas. Dieu le Créateur, qui ne voulut pas laisser tel cas impuni, permit depuis que la femme de ce môme Flavy, nommée Blanche d'Aurebruche, qui était fort belle demoiselle, Tétouffàt et l'étranglât avec Taide de son barbier, alors qu'il était couché en son lit, au château de Nesle-en- Tardenois ; meurtre dont elle obtintgrâce dans la suite, du roi Charles VII, parce qu'elle prouva que son susdit mari avait entrepris de la faire noyer. Quand la Pucelle fut entre les mains de messire Jean de Luxembourg, il la garda quelque temps, et puis la vendit aux Anglais qui lui en donnèrent un grand prix; les Anglais la menèrent à Rouen où elle fut renfermée en prison et durement traitée.

Les Anglais firent faire à Rouen le procès de la Pucelle, et sous couleur de justice. Toutefois ils ne trouvèrent en elle ni vice, ni macule, ni

1. Les vieillards auraient eu lun, trente-huil ans, Tautre vingt-six, lorsqu'ils auraient entendu Jeanne parler ainsi.

fut par le juste jugement de Dieu, qui, parmi d'autres iniquités et déprédations commises par eux, ne voulut pas que la condamnation porlée contre la Pucelle rest&t impunie,

Car par expérience on voit Ce que on dit communément.

Que Dieu vrai juge, quonque soit S Rend à chacun son paiement.

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