‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 126 sur 327 · JEAN BOUGHET, LE FËRON ET JACQUES GELU · texte numérisé non relu

JEAN BOUGHET, LE FËRON ET JACQUES GELU

[AprèsavoirrapportéquelesOrléanaisnevoyaientplusde moyen de faire

ever le siège, il continue en ces termes, à quelques rajeunissements près.]

En si grosse affaire, Dieu n'oublia pas le roi de France, ni son

aySLume ; car il lui envoya une simple bergère de dix-huit ans ou environ,

loinmée Jeanne, native du village de Dorapreme [sic) près de Vaucou-

eizrs en Lorraine, qui pour Tintégritd de sa vie étail nommée la Pucelle.

Elle s'adressa à Messire Robert de Baudricourt, capitaine dudit lieu de

Vaticouleurs, et le pria qu'elle parlât au roi pour son profil. Cela fut

trouvé étrange par les princes et par ceux qui étaient près de la per-

soxine du roi. Toutefois, après que Ton eût envoyé quérir son père nommé

Jacques Dart [sic), Isabelle sa mère, qui étaient de simples gens de

labeur, de bonne et honnête vie et conversation, et qu'ils eurent su de

leur bouche que Jeanne leur dite fille ne s'était jamais appliquée à autre

chose qu'à garder les brebis, et qu'elle leur avait depuis naguère dit que

la Vierge Marie s'était apparue à elle, et lui avait commandé de venir par

devers le roi le secourir en ses affaires, et l'avertir d'aucunes choses en

vue de son profit et honneur, ils lui avaient donné congé de ce faire*.

Ladite Jeanne fut mise entre les mains des docteurs et autres gens, et par eux interrogée tant sur sa vie que sur quelques points de notre foi ; elle répondit non comme une simple fille, mais comme le plus grand docteur qu'on eût su trouver; et parce qu'ils connurent qu'il n'y avait aucune superstition, ils pensèrent que c'était une chose permise de Dieu.

A cette raison ils la firent parler au roi, lequel pour la tenter fit mettre

on autre prince au-dessus de lui, et en plus grand état; mais elle le choisit

^^tre les autres, et après l'avoir salué de par Dieu et la Vierge Marie,

«île demanda à lui parler en secret, ce que le roi lui permit en pleine

*^Ue; il fit reculer de lui tous ceux qui étaient en sa compagnie à un coin

^® ladite salle; puis ils parlèrent ensemble, et comme ils parlaient on

'^^yait que les larmes tombaient des yeux du roi de France à grande

™ondance. On n'en sut jamais la cause, sinon après la mort de ladite

Scelle qu'il déclara qu'un mois environ avant que ladite Pucelje vînt

^^^lai, comme il pensait une nuit en son lit aux grandes affaires qu'il

'• Le père et la mère de la Pucelle ne furent pas à Chinon, mais Baudncourl a dû *• 'oip, les interroger minutieusement, soit à Vaucouleurs, soit à Domrémy. il a '^mis ces informations à la cour. Il peut se faire que Jacques d'Arc et sa femme u^nl donné leur consentement au dépaK de leur fille, avant même qu'elle eût quitté Vâucouleurs.

avait, il se leva tout en chemise, et à genoux, aux pieds de son lit, il pria Notre-Seigneur que son plaisir fût de lui donner secours, si lui, qui connaît toutes choses, voyait qu'il eût bon droit en ses guerres et querelles.

Ladite Pucelle pria le roi qu'il lui envoya quérir en relise

Sainte-Catherine-de-Fierbois, où alors il y avait port (affltience) de pèlerins, une épée qui était entre les ferrailles des prisonniers, qui s'étaient recommandés à cette sainte, et avaient fait leur voyage {pèlerinage) audit lieu, encore que la Pucelle n*y eût jamais été. Ce que fit le roi ; et ladite épée fut apportée.

Les Chroniques que j'ai vues ne déclarent point le lieu auquel la Pucelle parla pour la première fois au roi Charles Septième. J*ai oui dire en ma jeunesse, et Tan mil quatre cent quatre-vingt-quinze, à feu Christophe du Peirant, demeurant alors à Poitiers et près de ma maison, qui avait près de cent ans, que en ma maison il y avait une hôtellerie où pendait l'enseigne de la Rose, où ladite Jeanne était logée, et qu'il la vit monter à cheval tout armée à blanc pour aller audit lieu d'Orléans ; et il me montra une petite pierre qui est au coin de la rue Saint-Étienne où elle prit avantage pour monter sur son cheval...

[Bouchet raconte ensuite la délivrance d'Orléans, où, entre autres inexactitudes, il fait mourir Salisbury le dernier jour du siège; il indique en courant les autres conquêtes de la Pucellle sans parler de l'assaut contre Paris. Il y intercale le portrait suivant de la Pucelle :]

Les princes, voyaient que c'était chose divine que d'elle. Trois fois par semaine elle jeûnait, elle se confessait et recevait le très précieux corps de Jésus-Christ chacun dimanche, jamais ne jurait ni ne disait parole scandaleuse ; elle faisait tout au nom de Jésus, et quand elle arrivait à une hôtellerie, elle faisait toujours coucher avec elle l'hôtesse ou une de ses filles, ou une chambrière, et jamais homme n'entrait dans sa chambre jusqu'à ce qu'elle fût de tout point vôtue et habillée.

[Pour Bouchet comme pour Bouchard, Flavy a vendu la Pucelle. Après avoir dit que Flavy était capitaine de Compiègne et que la Pucelle s'y était jetée, il écrit :]

Au commencement de juin 1430, Messire Jean de Luxemboui^, les comtes de flauton et d'Arondel avec une grande compagnie de Bourguignons allèrent assiéger ladite ville de Compiègne. Et par l'intelligence que ledit capitaine de Flavy avait avec eux, auxquels il avait vendu la

L'exemplaire des Annales d Aquitaine qui est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, fut la possession d'un célèbre héraldiste et historiographe du XYi" siècle, Jean Le Féron. Il a écrit en marge les lignes suivantes, relevées par Vallel de Viriville : « Ladite Pucelle était logée au logis du procureur du roi à Goinpiègne, à renseigne du Bœuf, et couchait avec la femme dudit procureur, mère-grand de Maitre Jehan Le Féron, appelée Marie Le Boucher, et faisait souvent relever de son lit ladite Marie pour aller avertir ledit procureur qu'il se donnât garde de plusieurs trahisons des Bourguignons par l'espace de sept mois, sept jours, et fut la Pucelle prise sur le pont de Marigny, par ledit Luxembourg ».

Jeanne après son départ de Sully, est venue plusieurs fois à Compiègne. Le siège de Compiègne commencé le 20 mai fut levé le 25 octobre; cela ne nous donne pas sept mois sept jours ; mais le Bourguignon avant de commencer le siège s'empara des avant-postes, et il a dû essayer de pénétrer par la voie de la trahison dans la place convoitée. S'il fallait faire finir les sept mois sept jours au 25 octobre, il faudrait dire que Jeanne donnait cet avis vers le 18 mars : mais rien n'empêche de penser que même après la levée du siège, il a fallu veiller quelque temps encore pour prévenir la trahison.

Après la production des documents il y aura lieu de discuter sur la présence de la Pucelle à Compiègne. En attendant qu'il suffise de renvoyer au beau livre de M. Alexandre Sorel : la Prise de Jeanne (TArc à Compiègne.

La correspondance de Jacques Gelu avec la cour, pendant que Jeanne était soumise aux épreuves racontées par tous les historiens, a été rapportée dans la Pucelle devant t Église de son temps (p. 2-4), telle que nous la fait connaître d'après les pièces le P. Fornier, Jésuite du xvii' siècle. Elle pourrait trouver ici sa place, si déjà elle n'avait pas été produite.

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