CHAPITRE VI
CHRONIQUE DE LA DÉLIVRANCE D'ORLÉANS ET DE LA FÊTE DU 8 MAI, ET AUTRBS DOCUMENTS. — JEAN DE MACON. — GUILLAUME GIRAULT.
Sommaire : I. — La Chronique de la délivrance d'Orléans et de la fôte du 8 mai. — Manuscrits qui la contiennent. — Ses diverses éditions dans les cinquante dernières
CHRONIQUE DE LA DÉLIVRANCE D'ORLÉANS ET DE LA FÊTE DU 8 MAI. 30t
dans un âge fort avancé. Né au plus tard en 1360, il était septuagénaire eu 1429, lors du siège. L'on admet que la Chronique a été composée quinze ou vingt ans plus tard. Jean de Mâcon Taurait donc écrite à Tâge de quatre-vingt-quatre ans. La voici en termes quelque peu modernisés.
En Tan mil quatre cent vingt et huit, les Anglais tinrent leur conseil au pays d'Angleterre, et là il fut ordonné que le comte de Salisbury \ descendrait au pays de France, pour conquérir les pays de Monseigneur d'Orléans, lequel ils tenaient prisonnier depuis Tan quatre cent et quinze. Il avait été pris par eux et fait prisonnier à une journée qui fut celle d'Azincourt, en laquelle il fut pris avec plusieurs autres seigneurs de France.
De six à sept mille combattants anglais furent baillés audit comte de Salisbury, et lors mondit seigneur d'Orléans, averti de ces choses, considérant le dommage et la destruction qu'il redoutait advenir en ses terres et seigneuries par suite de ladite entreprise et mission dudit comte de Salisbury^ voulant y obvier de son pouvoir, s'adressa à ce môme comte, et^lui recommanda sa terre. Lequel Salisbury lui promit qu'il Tépargnerait ', et, moyennant ce, Monseigneur d'Orléans lui promit six mille écus d'or, à savoir de lui donner en gage ^ un joyau qu'il avait en France. Et de tout cela le comte de Salisbury n'en tint rien ; aussi il lui en prit mal, comme vous l'ouïrez; car Dieu l'en punit.
Le comte de Salisbury pour accomplir sa mauvaise volonté, nonobstant la promesse faite h Monseigneur d'Orléans, descendit au pays de Normandie, tint sa route droit à Chartres, pritNogent-le-Roi, et vint jusqu'à Yenville-en-Beauce, y mit le siège, et de fait prit d'assaut y celui lieu d'Yenville. Ce voyant, ceux de Meung-sur-Loire négocièrent *, et se rendirent sans coup férir. Et puis il alla mettre le siège devant Baug^ncy et devant Jargeau qui se rendirent ^ Et durant cette expédition •, icelui comte de Salisbury vint piller le lieu et l'église de Nolre- Dame-de-Cléry, dont il fit très mal, car en ce temps il n'y avait homme d'armes qui osât y rien prendre, qu'il n'en fût incontinent puni, comme chacun sait.