‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 131 sur 327 · CHRONIQUE DE U DÉLIVRANCE D'ORLÉANS ET DE LA FÊTE DU 8 MAI · texte numérisé non relu

CHRONIQUE DE U DÉLIVRANCE D'ORLÉANS ET DE LA FÊTE DU 8 MAI

faire et démontrer en la gardant des mains de ses ennemis, que ladite sainte et dévote procession soit continuée et non pas délaissée, sans tomber en ingratitude, par laquelle viennent beaucoup de maux. Chacun est tena d^aller à ladite procession, et de porter luminaire ardent en sa main.

On revient autour de la ville, c'est à savoir par devant Téglise Notre- Dame de Saint-Paul, et là on fait grande louange h Notre-Dame, et de là à Sainte-Croix, et là le sermon, et la messe après ; et aussi comme dessus, les vigiles à Saint-Âignan, et le lendemain messe pour les trépassés.

Et, pour cela, qu'un chacun soit averti de louer et de remercier Dieu, car, par aventure, il y a pour le présent des jeunes gens qui pourraient à grand'peine croire que les choses soient ainsi advenues ; mais croyez que G*est chose vraie, et bien grande grâce de Dieu.

Car durant le siège, il n'y eut jamais aucune division entre les gens d'armes et ceux de la ville, quoique par avance ils s'cntre-haïssaient comme chiens et chats ; mais lorsqu'ils furent avec ceux de la ville, ils furent comme frères ; et aussi ceux de la ville ne les laissaient, à leur pouvoir, endurer nécessité ou souffrance, en quelque manière que ce fût^ Et à cause du bon service qu'ont fait les manants et les habitants de la ville d'Orléans, ils sont et seront en la bonne grâce du roi, qui de fait le leur a montré et le leur montre de jour en jour, ainsi que c'est manifeste par la teneur des beaux privilèges qu'il leur a donnés.

Le NOTAIRE GiRAULT. — Lcs mcrveillcs accomplies par la Pucelle, étaient telles qu'on en trouve la mention plus ou moins détaillée dans les écrits les plus étrangers à la grande histoire. On a vu la longue relation qu'en avait faite, dans les archives de la mairie, le Greffier de la Rochelle. Nous aurons occasion d'en reproduire bien d'autres. Voici celle que Guillaume Girault, alors notaire à Orléans, insérait entre deux minutes, Tune du 28 avril, l'autre du 9 mai. On peut la voir encore aujourd'hui dans le registre de 1429, conservé dans l'étude d'un des notaires d'Orléans.

L'abbé Dubois l'inséra dans ses doctes recherches ; elle a été depuis Tobjet d'une étude particulière de la part de M. de Molandon qui lui a consacré un article, au tome IV, page 382, des Mémoires de la Société archéologique de fùrléanais. Voici la note très légèrement rajeunie.

« Le mercredy veille de l'Ascension, iiii* jour de mai, Tan mil €GCCXXIX, par les gens du roi notre Sire, et [par] la ville d'Orléans,

3iO Lk VRAIE JEANNE D*ARC : LA LIBÉRATRICE.

présente et aidant [ou ordonnant) Jehanne la Pucelle, trouvée par ses œuvres ^tre vierge et à ce envoyée de Dieu, Notre-Seigneur, et aussy comme par miracle, fut prinse par force d'armes la forteresse des Anglais très puissants à Saint-Loup-lez-Orléans, qu'y avoient faite et tcnoient les Anglais ennemis du roi nostre dit Sire, et y furent prins et morts plus de vi"(/î?(>) Anglais.

« Le samedy après l'Ascension \de] Notre-Seigneur ensuivant, w\* jour dudit mois de mai, par la grâce [de] Notre-Seigneur, et aussy par [un] miracle le plus évident qui eut été apparent {vu) depuis la mort [de] Notre-Seigneur, à Taide desdiles gens du roy et de ladite ville d*Orléans, fut levé le siège que lesdits Anglois avaient mis es Thorelles du bout du pont d'Orléans, au côté de la Souloigne; qui furent [lesquelles Ton* relies avaient été) prises par très fort assaut le mardi douzième jour du mois d'octobre précédent et dernier passé; et y furent morts ou pris environ iiii*' (400) Anglais, qui gardaient lesdites Thorelles. A ce fui présente ladite Pucelle qui [a] conduit la besogne, armée de toutes pièces.

« Et le dimanche et lundy ensuivant, lesdits Anglois s'en allèrent de Saint-Pouair {aujourd'hui Saint-Paterne)^ où ils avoient une forte bastille, qu'ils appeloient Paris, d'une autre bastille emprcz {rapprochée) qu'ils appeloient la tour de Londres, du Pressoir-Ars qu'ils nommoient Rouen, oii ils avoient fait forte bastille, de Saint-Laurent où ils avoient fait plusieurs forteresses et bastilles ; et toutes ces forteresses et bastilles closes à 11 parts [des deux côtés) de fossés, et [cela\^ d'une forteresse à l'autre . »

Girault, écrivant le 9 mai, ne savait peut-être pas encore que tous les Anglais étaient partis la veille. Il confirme, ce qui est dit par d'autres documents, que les Anglais avaient fait des tranchées de contre vallation et de circonvallation, pour se défendre contre les attaques qui pouvaient venir du côté de la ville et de la campagne ; et qu'ils se ménageaient ainsi facilité pour aller d'une bastille à l'autre sans être vus. On remarquera combien, aux yeux de ce témoin, la délivrance a été miraculeuse.

La nouvelle de la délivrance d'Orléans se répandit avec une incroyable rapidité, puisqu'on trouvera à la Chronique de Morosini une lettre l'annonçant de Bruges à Venise à la date du 10 mai.

Gerson composa aussitôt son traité De Puella, daté du 14 mai; Jacques Gelu y joignit bientôt le sien, terminé par de salutaires avis trop négligés ; ces deux œuvres ont été presque intégralement traduites dans la Pucelle devant r Église desoji temps (liv. I, chap. ii et ni).

Dom Morice écrit dans son Histoire de Bretagne d'après les Comptes de

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