‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 155 sur 327 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

DEMANDES DE SUBSIDES POUR LE SIÈGE DE LA CHARITÉ. — JEANNE CAPTIVE ET LE PARTI FRANÇAIS. — SUR LE CHEMIN DU CALVAIRE DE ROUEN.

ISoMMAinE : I. — Lettre du sire d'Albret aux habitants de Riom. — Demande instante d'approvisionnements de guerre afin de pouvoir continuer la campagne. — La ville de Bourges s'impose pour envoyer, sur la demande du roi, treize cents écus d'or au sire d'Albret et à Jeanne d'Arc devant La Charité. — Il est douteux que le secours soit arrivé à temps. — Les soudoyers condamnés à vivre de pillage.

II. — La prise de Jeanne. — Sentiments du vrai parti national.

III. — Abbeville désireux de redevenir français. — Punition de ceux qui parlent contre la Pucelle.

IV. — Jeanne d'Arc à Drugy et au Crotoy. — Sentiments de compassion, notamment de la part des dames d'Abbeville. — Visites qu'elles lui font. — Profond souvenir d'édilication laissé par son passage. — Son confesseur, maître Nicolas de Queuville.

par Tardent désir que vous avez de voir lesdites places vidées et'délivrées, et pour votre bien et le bien des pays voisins de ces places, nous vous prions de nous aider ; veuillez par notre aimé Jean Merle, que pour cette cause nous envoyons par devers vous, nous envoyer présentement le plus largement que vous pourrez et saurez en ce moment, secours de poudres à canon, salpêtre, soufre, arbalètes et autres provisions de guerre, pour que notre entreprise ne soit pas longue, et que, par faute de poudres et des autres choses dessus dites, le fait ne soit nullement empêché ni retardé.

Et de ce que touchant ledit fait, vous dira de par nous le porteur des présentes, veuillez le croire et lui donner pleine foi et créance; et incontinent délivrez-lui, lui baillez et lui faites bailler et délivrer ce qui sera nécessaire pour amener et conduire devant la ville de La Charité, où Jeanne la Pucelle, Mgr de Montpensier et nous, allons présentement mettre le siège. Et de quoi vous voudrez nous aider, de vos volontés et intention sur ce qui vient d'être dit, faites-nous-le savoir par ledit Jean Merle ; et avec cela {dites-nous) si vous voulez chose que faire puissions, nous le ferons ; il le sait Notre-Seigneur, qui vous ait en sa garde. Ecrit à Moulins le neuvième jour de novembre.

Signé : « Le sire de Lebret (Albret).

« Comte de Dreux et de Gaure, « Lieutenant sur le fait de la guerre du pays de Berry « pour Mgr le roi Charles. »

Sur r adresse :

« A mes très chers et grands amis, les gens d'Église, bourgeois et habitants de la ville de Riom. »

Les comptes de la ville de Clermont et de Riom prouveront qu'il fut fait quelque envoi, mais bien inférieur aux besoins, ainsi que cela résulte de la pièce suivante, que La Thaumassière a imprimée dans son Histoire du Berry ^ et que Quicherat a reproduite.

Contribution de la ville de Bourges pour le siège de La Charité.

« A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Guillaume Bastard, licencié en droit canon et civil, lieutenant de Monseigneur le bailli de Berry, salut.

« Savoir faisons qu'aujourd'hui nous séant en jugement, illec [là) assistant plusieurs des plus notables bourgeois et gens de conseil de ladite ville, est venu par-devant nous Pierre de Be^umont, procureur desdits bourgeois et habitants de ladite ville de Bourges, disant que promptement

de rannée, écrite par les comtes de Nevers et de Rethel aux conseillers du duc de Bourgogne?

Dans celte lettre, que nous avons eue entre les mains aux archives de la Côte-d'Or, les deux seigneurs disent qu'il n'y a aucun fonds à faire sur les assurances de paix données par La Trémoille ; bien plus, tous ceux de l'adverse partie qui sont sur les frontières sont des étrangers \ ils ne sont ni paiés^ ni soldoyés, ils n'ont de quoi vivre et se soutenir que par le moyen de la guerre qu'incessamment ils font et feront sur les pays des jeunes comtes. Nous répétons qu'une monographie sur pièces de Perrinet Gressart contribuerait à faire la lumière sur ce triste événement de l'histoire de la Libératrice.

Plusieurs chroniqueurs nous ont parlé de la prise de la Vierge guerrière à Compiègne. Leurs récits peu concordants le sont encore moins avec ceux du parti antinational. Après la production de tous les docu — ments, il faudra les discuter.

Grande fut la consternation du parti français. M. Maignen, actuelle — ment bibliothécaire de la ville de Grenoble, a le premier découvert dans^ un Èvangéliaire de Grenoble renfermant des pièces bien bigarrées, les trois oraisons composés pour solliciter, au saint sacrifice de la messe, la. délivrance de la Captive. Elles ont été reproduites dans la Pucelle devant rÉglise de son temps. On y trouve aussi la substance de la lettre écrite à Charles Vil par Jacques Gelu, archevêque d'Embrun, pour lui recommander, s'il ne veut pas encourir le blâme ineffaçable d'une noire ingratitude, de n'épargner ni argent, ni quelque prix que ce soit, pour le rachat de la Pucelle. Le Père Marcellin Former, de la Compagnie de Jésus, nous a conservé ce très précieux détail, et d'autres encore, dans son Histoire des Alpes Maritimes ou Cottiennes. L'ouvrage était inédit lorsque s'imprimait notre volume. Nous devions cette primeur à la complaisance de M. l'abbé Guillaume, archiviste de Gap, qui depuis a tiré l'œuvre du Jésuite de la poussière de l'inédit, où elle était restée plongée durant plus de deux siècles. C'est de la part de l'auteur et de l'éditeur un des innombrables monuments du zèle et du savoir du clergé, qu'il faut d'autant plus signaler que les efforts de la science laïque tendent à les faire oublier, tout en se parant des dépouilles. Le clergé de Tours fit des processions nu-pieds pour obtenir la délivrance de l'Envoyée du Ciel *. Il est

1. Voir dans la Pucelle devant rÉglise de son tempSy p. 76, le chapitre: la Pucelle et le Cleryé du parti français.

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