‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 156 sur 327 · LES SYMPATHIES D'ABBEVILLE POUR LA PUGELLE · texte numérisé non relu

LES SYMPATHIES D'ABBEVILLE POUR LA PUGELLE

vraisemblable que des recherches ultérieures nous révéleront encore d'autres touchants détails sur ce point.

Les SYMPATHIES d*Abbeville pour la Libératrice.

Monstrelet nous dira qu'Âbbeville ne demandait qu'à se donnera Charles VII, lorsque le malheureux roi interrompit le cours de conquêtes qui ne lui coûtaient rien. Les dispositions du maire et des échevins nous sont révélées par une curieuse pièce tirée par Quicherat du Trésor des chartes (/, 175^ pièce iSo), C'est une lettre de rémission accordée par Henri YI, à la date du 6 juillet 1432, à deux habitants de la ville, auxquels il en avait pris mal, pour avoir parlé outrageusement de la Pucelle, et de ses partisans. Quoique la ville fût soumise à l'Anglais, les partisans français y étaient assez nombreux pour tenir loin d'eux les insulteurs delà Libératrice, et môme, par une suite de curieuses circonstances, les faire garder en prison à Amiens par ceux dont ces faux Français soutenaient la cause. Voici la partie de la pièce qui démontre les sentiments patriotiques des échevins d'Abbevilie. Le style en est rajeuni :

«Henri, parlagràce de Dieu, roide France et d'Angleterre, savoir faisons à tous présents et à venir, que, de la part de Colin Gouye, dit le Sourd, et de Jeannin Daix, dit Petit, natifs de la ville d'Abbevilie, nous a été exposé ce qui suit : Dans tout leur temps, ils se sont maintenus et gouvernés en notre service : Après que nos ennemis et adversaires ayant en leur compagnie la femme vulgairement appelée la Pucelle furent venus en notre royaume et pays de France et par spécial devant notre ville de PariSf un certain jour lesdits suppliants étant en la compagnie d'un nommé Colin Broyart, devant et assez près de l'hôtel d'un maréchal nommé Guillaume Dupont, en notre ville d'Abbevilie, ils entendirent que quelques-uns parlaient des faits et abusions (tromperies) de ladite nommée vulgairement la Pucelle, et par spécial un héraut, auquel héraut Petit dit : « Bran, bran ; quelque chose qu'ait fait et dit cette femme, ce n'est qu'abusion » ; ce que dirent pareillement Colin et autres des assistants ; € que Ton ne devait pas ajouter foi à cette femme ; que ceux qui avaient créance en elle étaient fols et sentaient la persinée* », ou en substance

1. Lieu planté de persil. Le persil croll sur les tombes dans les campagnes; c'est une plante funéraire ; c'était dire que ceux qui avaient créance en la Pucelle seraient mis ou devaient être mis à mort.

paroles semblables ; « et en outre {i/s dirent) qu'il y en avait dans cette ville plusieurs autres qui sentaient la persinée »; ne pensant par là donner charge à aucun des bons bourgeois, manants et habitants de notre dite ville. Pour ce cas, et pour d'autres paroles dont ils ont été soupçonnés par le maire etéchevinsde la ville d'Abbeville, lesdits suppliants et Colin Broyart furent faits prisonniers par lesdits maire et échevins et tenus longuement en étroites et dures prisons, et mis en nos prisons d*AbbeviUe où ils furent, un certain espace de temps, en grande rigueur par le fait desdits maire et échevins. »

La lettre de rémission continue à raconter les aventures des suppliants. Ils s'échappèrent de prison, et allèrent servir dans l'armée anglaise à Gompiègne et ailleurs. Étant retournés à Abbeville, leurs sentiments politiques leur attirèrent querelle et soulevèrent les esprits contre leurs personnes, au point qu'ils durent s'enfuir secrètement. L'on prononça contre eux la peine de bannissement, et les gens de Montreuil les ayant saisis, lorsqu'ils allaient à Lagny prendre service dans les troupes anglaises, ils furent remis au bailli d'Amiens ; c'est des prisons de cette ville qu'ils sollicitent des lettres de grâce qui leur sont accordées.

Pareilles dispositions rendent très vraisemblables les marques de sympathie que, au rapport d'un auteur du xvi* siècle, les dames d' Abbeville aimèrent à donner à la Captive, sur le chemin de son calvaire. Cet auteur est le Père Ignace de Jésus-Maria. Dans sa belle Histoire des comtes de Ponthieii et mayetirs (maires) d' Abbeville^ il n'a pas su résister au plaisir d'y insérer, en bons termes, l'histoire entière de la Pucelle. La démarche des dames d'Abbeville ne nous étant connue que par lui, le passage va être reproduit. Le Père Ignace de Jésus-Maria éditait son livre en 1637*. Quicherat pense qu'il avait en mains des documents perdus aujourd'hui.

Les DAMES d' Abbeville. — Les moines et les notables

DE Saint-Riquier.

(( Aussitôt qu'elle {la Pucelle) fut entre les mains de ses ennemis, elle fut menée au château de Beaulieu, et de là à Beaurevoir, dont était seigneur Jean de Luxembourg, chevalier; puis elle fut conduite au château

i . La première partie du xvii« siècle abonde en pages fort belles sur la Pucelle. Celles du Père Caussin, dans son ouvrage la Cour sainte^ sont exquises. Le mouvement se ralentit avec le règne personnel de Louis XIV pour ne reprendre avec pareille intensité qu'au magistral panégyrique de Tabbé Pie, en 1844.

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