DIVERS PASSAGES SUR LA PUCELLE
qui, selon le droit, osât la juger à mort ; mais finalement ils la firent ardre {brûler) publiquement, ou une autre femme semblable à elle ; de quoi moult de gens ont été et sont encore de diverses opinions*. »
La Chronique de Normandie. — Elle a été bien souvent imprimée, dit Quicherat, soit à Rouen, soit ailleurs. Elle conduit le récit des événements jusqu^au recouvrement de la Normandie, et, d'après Quicherat, aurait été composée peu après la mort de Charles VII ; elle parle en ces termes du siège d'Orléans et de la Pucelle : elle est aussi inexacte que brève. La voici :
« L'an mil quatre cent vingt-neuf, le comte de Salisbury assembla les Anglais à Chartres en grande puissance, et dit à maître Jean de Meung, magicien, qu'il voulait aller mettre le siège à Orléans. Et maître Jean lui dit qu'il gardât sa tôle *. Le siège y fut mis, si bien que ceux de la ville, voyant que les Anglais avaient gagné la tour qui était sur le pont et que secours ne leur venait point, demandèrent des trêves pour parlementer et mettre leur ville à composition. Durant les trêves, Salisbury était en une fenêtre à cette tour du pont, d où il regardait la ville ; et un écolier mit le feu à une pièce d'artillerie qui était afustée {pointée) pour tirer à cette tour, dont la pierre frappa Salisbury par la tête dont il mourut. Aussitôt les Anglais crièrent trahison ', à l'arme, à l'assaut, qu'ils donnèrent très fort contre la ville ; mais les écoliers leur firent forte résistance et les Anglais furent vaillamment reboutés {repoussés).
« Les Français vinrent au secours de la ville avec la Pucelle qui lors commença à régner, et les Anglais levèrent le siège. Ils se mirent en faite et Talbot fut fait prisonnier *. Les Français devancèrent les Anglais à Patay, et là fut grande déconfiture des Anglais ; et ils redoutèrent tant la Pucelle, qu'il leur semblait que partout où elle serait ils n'auraient jamais la victoire.
« En Tan mil quatre cent XXXP, Messire Jean de Luxembourg, le
1. L*auteur écrivait très probablement lorsque la fausse Pucelle était sur la scène. L'allusion est manifeste.
2. Le Mystère d*Orléans, dont la valeur historique n*est pas à dédaigner, a consacre une scène à cette prédiction. Salisbury et Glacidas consultent maître Jean des Boillons. Le devin répond au premier de bien garder sa iête^ au second qu'il n*a pas de blessure à craindre, et quMI mourra sans saigner.
3. Loin de crier irahisony les Anglais s'efforcèrent de dissimuler le coup qui les frappait. U n'y eut pas de trêve.