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comte d'Arondel, et plusieurs Anglais et Boui^uignons vinrent avec une grande armée mettre le siège devant Compiëgne ; laquelle chose venue à la connaissance de Jeanne la Pucelle, pour lors à Lagny-sur-Marne, elle se partit dudit Lagny pour venir secourir les assiégés à Compiègne, et depuis, de jour en jour, il y eut de grandes escarmouches entre les Anglais et Bourguignons d'une part et ceux de la ville d'autre part. Or il advint un jour que la Pucelle fit une saillie vaillamment ; mais les Anglais chargèrent si fort sur elle et sa compagnie qu'elle fut prise.
« Et ce firent faire par envie les capitaines de France, pour ce que, si aucuns [quelques) faits d'armes se faisaient, la renommée était telle par tout le monde que la Pucelle les avait faits.
« Ladite Jeanne la Pucelle fut détenue en prison par les gens de Messire Jean de Luxembourg ; et puis il la vendit aux Anglais qui la menèrent à Rouen. Elle fut prêchée à Saint-Ouen, et puis après menée au Vieux-Marché, où elle fut brûlée, et la poudre [la cendre) mise à vau le vent. »
Bien des auteurs français du xv* siècle ont fait en passant mention de la Pucelle. Tel le Franciscain Pierre de Gros, dans son Jardin des nobles, ouvrage inédit, signalé par M. Paulin Paris dans son Histoire des manuscrits de la Bibliothèque du roi. Pierre de Gros écrivait en 1463. M. Paulin Paris a relevé dans le manuscrit du Franciscain plusieurs passages pleins d'intérêt. Il cite, entre beaucoup d'autres, la phrase suivante : « Au royaume de France est la souveraine lumière de la foi, qui est l'Université de Paris : aux rois de France, signes merveilleux et miracles Dieu a montré comme en la sainte ampoule et l'oriQant [ori/lam?ne) es fleurs de lis et en la Pucelle*. »
Guy Pape. — Denys Godefroy cite comme étant de ce célèbre juris — consulte du xv' siècle un passage dont voici la traduction * : « De nos^ temps j'ai vu une Pucelle, du nom de Jeanne, qui commença à régneria [incepit regnare) Tannée où je fus fait docteur. Se revêtant par inspira — tion divine d'armes guerrières, elle releva en ii30 (?5) le royaume di^ France, chassa les Anglais à main armée, et rendit au susdit roi Charles son royaume de France. Cette Pucelle régna trois ou quatre ans » [moin^-M dun an),
Simon Phares. — C'était un botaniste et un astrologue, pensionna comme astrologue par Charles Vil. Dans une Histoire des astrologues ^
i. Paulin Paris, Histoire des manuscrits de la Bibliothèque du roi, t. II, p. 149.
poème d'environ mille vers, sous ce titre : la Complainte des bons Français {De complanctu bonortim Gallicorum). Bon Français, Blondel Tétait, puisque, comme Thomas Basin qu'il loue dans un autre de ses écrits, il avait fui la Normandie pour échapper à la domination anglaise. Son poème, que nous avons parcouru, n'est pas toujours en règle avec les lois d'une stricte prosodie, mais il est plein d'un souffle de patriotisme qui n'a rien de factice*. Il fut traduit en vers français par un clerc normand du nom de Robinet.
Robert Blondel était prêtre. En 1449, lors de la rupture des trêves avec les Anglais, il faisait l'éducation du comte d'Ëtampes, fils de Robert de Bretagne. Il écrivit, cette fois en prose latine, une exhortation véhémente à Charles VII, pour le pousser à entreprendre la conquête de la iNormandie. L'ouvrage intitulé Oratio historialis se trouve à la Bibliothèque nationale, sous la cote 13838. Il en existe encore deux copies, [cotes 6^34 et 5964), cette dernière de la main d'André Duchesne. Le langage de Blondel est hardi, si hardi que le scribe Anquetil, chargé de présenter le livre au roi, craignait d'exécuter l'ordre reçu, et ne l'accomplit que sur commandement réitéré. Blondel ne ménage pas les objurgations pour secouer l'inertie de Charles VII ; il se fait la plus haute idée de la mission de la France, et encore que la Pucelle n'eût pas encore été réhabilitée, il ne doute pas qu'elle n'ait été miraculeusement envoyée par le Ciel. Il en parle à deux reprises dans Y Oratio historialis.
Au chapitre xli, à propos de l'usurpation de la couronne de France par Ilenri de Lancastre, il écrit : « La couronne de France n'était ni vermoulue, ni brisée; Henri, notre plus antique ennemi, s'en saisit et la déroba. Une funeste conjuration l'en déclara l'héritier. Le bras de Dieu la lui enleva, et par le mystère de la Vierge envoyée d'en haut, il la replaça miraculeusement, contre toute attente, sur la tête de Charles, que la fraude et la haine en avaient injustement dépouillé. »
Il est plus explicite et plus étendu au chapitre xliu ; et il tire pour le roi et pour la France du miracle de la Pucelle des conséquences en parfaite conformité avec les sentiments de Jeanne ; nous ne résistons pas au plaisir de citer. Après avoir donné plusieurs preuves que Charles VIT avait été injustement déshérité par le traité de Troyes, il présente comme
1. Blondel portait déjà de son temps contre Paris une accusation bien plus vraie aujourd'hui. 11 voyait dans Paris la cause des maux de la France. En preuve les vers suivants :
Urbis Parisius, si fas est dicere veruiu,
Ilorrida seditio, fons est et origo malorum, et encore :
Vae tibi, Parisius, nobis mala cuncta ministrans,
Et tibi damna paris.