‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 166 sur 327 · Exaukeroit sa signourie · texte numérisé non relu

Exaukeroit sa signourie

3. Dévoyée desanté, « malade d'esprit, dont la tôte est dérangée ». (Lacur^e.)

4. Eabillemens de guerre. Expression très fréquente chez les chroniqueurs, qui pourrait signifier aussi : « tout ce qui est nécessaire pour la guerre ».

5). Avaient grande crédence et variacion qu'elle fust inspirée, etc. 6. Fist aulcunes besongnes.

plusieurs gens de guerre se mirent sous sa conduite ^ Et quand elle fut arrivée dans la cité d'Orléans, on lui ût très grand accueil, beaucoup de gens se réjouirent de sa venue, comme vous entendrez le rappeler plus longuement sans trop tarder.

Chapitre lix. — Comment la Pucelie Jehanne et plusieurs capitaines franehois rafraischirent la ville (T Orléans de vivres et de gens d'armes^ et depuis levèrent le siège.

Depuis sept mois environ les capitaines anglais avec leurs gens faisaient le siège d'Orléans. La ville était fort oppressée et travaillée tant par leurs machines de guerre que par les fortifications, bastilles et forteresses qu'ils avaient élevées en plusieurs lieux, jusques au nombre de soixante, et les assiégés voyaient bien que la prolongation les mettait en péril d'être mis en la servitude et obéissance de leurs ennemis. Décidés et disposés à résister de tout leur pouvoir, et à empêcher pareille extrémité par tous moyens que trouver ils pourraient, ils envoyèrent vers le roi Charles, pour en avoir secours de gens et de vivres.

De quatre à cinq cents combattants environ leur furent envoyés ; depuis il en vint bien sept mille avec des vivres, qui étaient conduits par ces hommes d'armes par la rivière de la Loire ; avec eux vint Jeanne la Pucelie'. Jusques à ce jour elle avait fait peu de choses dont il fût quelque renommée.

Les assiégeants s'efforcèrent de conquérir ce convoi de vivres ; mais il fut bien défendu par la Pucelie et par ceux qui étaient avec elle, et il fut préservé ; les habitants de la ville en furent bien ravitaillés ; et ils furent très joyeux tant de la venue de la Pucelie que des vivres ainsi introduits.

Le lendemain, qui fut un jeudi', Jeanne se leva très matin, et, s'adressant à plusieurs capitaines de la ville et autres gens de guerre, les exhorta et les pressa très fort par ses paroles de s'armer et de la suivre, car, disait-elle, elle voulait assaillir et combattre les ennemis, ajoutant qu'elle savait sans faillir qu'ils seraient vaincus.

Ces capitaines et les autres gens de guerre étaient tous émerveillés de ses paroles; la plupart se mirent en armes, et s'en allèrent avec elle

i. On aura remarqué, sans qu'il soit nécessaire, de Tobserver, combien Monstrelet fait ici d'omissions et rapetisse le rôle de Théroïne.

2. Monstrelet se trompe s'il veut dire que les vivres arrivèrent en remontant la rivière, et se trompe aussi en disant que le convoi fut attaqué.

3. L'erreur sur le jour est la moindre de celles que l'auteur a mêlées à la prise de Saint-Loup.

assaillir la bastille de Saint-Loup, qui était très forte, et que défendaient de trois à quatre cents Anglais ou environ. Ils furent très promptement vaincus, morts, pris, et mis en déplorable état* ; la fortification fut entièrement démolie et livrée au feu et à la flamme. Ladite Pucelle s'en retourna ainsi dans la cité d'Orléans, où elle fut très grandement honorée et festoyée de toutes gens.

Le lendemain, qui fut le vendredi, la Pucelle Jeanne sortit de nouveau de la ville avec un certain nombre de combattants, et alla assaillir la seconde bastille pleine d'Anglais. Comme la première, elle fut gagnée et emportée; et ceux qui y étaient renfermés furent mis à mort et passés au fil de Tépée. La Pucelle ayant fait mettre en feu et embraser cette seconde bastille, retourna dans Orléans, où, plus que devant, elle fut encore exaltée et honorée par tous.

Le lendemain samedi, elle assaillit ayec grande vaillance et grande ardeur la très forte bastille du bout du pont qui était merveilleusement et puissamment fortifiée. Là se trouvait la fleur des meilleurs gens de guerre de TAngleterre, et la véritable élite des hommes d'armes. Ils se défendirent très longuement et très habilement; mais cela ne leur valut guère ; de vive force et par prouesse de bataille ils furent pris et conquis, et la grande partie fut mise à Tépée. Parmi les morts fut un très renommé et vaillant capitaine anglais, appelé Classedas {G/asdal}^ et avec lui le seigneur de Molins, le bailli d'Évreux, et plusieurs autres nobles hommes de grand étal.

Après cette conquête, retournèrent dans la ville Jeanne la Pucelle et les Français, sans n'avoir perdu que peu de leurs gens. Et quoique, d'après la commune renommée, la Pucelle passât pour avoir conduit ces trois attaques, néanmoins tous les capitaines, ou au moins la plus grande partie d'entre eux, qui durant le siège avaient été dans Orléans, se trouvèrent à ces assauts. Ils s'y comportèrent, chacun de leur côté, aussi vaillamment que gens de guerre doivent le faire en pareil cas, si bien qu'en ces trois bastilles de six à huit cents combattants furent tués, ou faits prisonniers, et les Français ne perdirent qu'environ cent hommes de tous étals.

Le lendemain dimanche, les capitaines anglais, à savoir le comte de Suffolk, Talbot, le seigneur de Scales et plusieurs autres, voyant la prise de leurs bastilles et la perte de leurs gens résolurent de s'assembler et

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