‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 171 sur 327 · En conclusion lui fu osté l'ordre du blancq Jarrelicr · texte numérisé non relu

En conclusion lui fu osté l'ordre du blancq Jarrelicr

Durant ce temps, Charles, roi de France, assembla à Bourges-en-Berry une très grande multitude de gens d'armes et d'hommes de trait. Parmi eux se trouvaient le duc d'Alençon, Charles de Bourbon, comte de Clermont, Arthur, connétable de France, comte de Richemont, Charles d'Anjou, son beau-frère et frère du roi René de Sicile, le bâtard d'Orléans, le cadet d'Armagnac, Charles, seigneur d'Albret,et plusieurs autres personnages élevés et puissants barons, des duchés et comtés d'Aquitaine, de Gascogne, du Poitou, du Berry, et de plusieurs autres bons pays. Il se mit aux champs avec eux tous, et vint de là à Gien-sur-Loire. Jeanne la Pucelle était toujours avec lui ; et en la compagnie de Jeanne se trouvait un prêcheur nommé Frère Richard, de l'ordre de Saint- Augustin, qui naguère avait été débouté de Paris et de plusieurs lieux de l'obéissance des Anglais, où il avait fait plusieurs prédications dans lesquelles il se montrait trop ouvertement favorable aux Français et être de leur parti *.

Du lieu de Gien, le roi prit son chemin vers Auxerre. Cependant le Connétable, avec un certain nombre de gens d'armes,s'en alla en Normandie vers Evreux pour empêcher les garnisons du pays de se réunir autour du duc de Bedford. D'autre part le cadet d*Armagnac fut renvoyé et commis à la garde du duché d'Aquitaine et du Bordelais^. Sur son chemin, le roi mit sous son obéissance deux petites villes déclarées pour lé roi Henri : Saint-Florentin et Saint-Fargeau. Elles promirent de se conduire à l'avenir envers le roi et ses délégués comme doivent le faire de bons et loyaux sujets envers leur souverain ; elles prirent aussi du roi sûreté et promesse d'être maintenues et gouvernées en bonne justice, et selon leurs anciennes coutumes.

De là il vint à Auxerre ; et il envoya sommer les habitants de vouloir le recevoir comme leur naturel et droiturier seigneur; ce que de premier abord ils ne furent point contents d'accorder. Néanmoins plusieurs ambassadeurs furent envoyés de côté et d'autre, et un traité finit par intervenir entre les deux parties. Ceux d'Auxerre promirent de faire au roi telle et pareille obéissance que feraient les villes de Troyes, Châlons et Reims. A cette condition et en fournissant aux gens du roi pour leur

1. Tout ce passage renferme de nombreuses erreurs. Ni le Connétable, ni Charles d'Anjou n'étaient dans l'armée réunie après Patay. La réunion ne se fit pas à Bourges, mais à Gien. — Frère Ilichard ne vit pas Jeanne avant l'arrivée à Troyes; il n*était pas de l'ordre de Saint-Âugustin, mais bien de Saint-François. Le principal motif de son expulsion de Paris ne fut pas son attachement au parti national. Au sortir de Paris, il n'a pas quitté les pays anglo-bourguignons.

2. Richemont et de Pardiac avaient pris les armes contre Charles VU, pour renverser La Trémoille, moins d'un an auparavant. La Pucelle fut impuissante à les faire réintégrer. S'ils combattirent pour la cause nationale, ce fut sur leur propre initiative.

argent des vivres et d'autres approvisionnements, ils demeurèrent en paix et le roi les tint pour excusés pour cette fois.

Le roi vint de là à Troyes-en-Champagne, et campa tout autour. Trois jours s'écoulèrent avant que les habitants consentissent à le recevoir pour seigneur. Après ces trois jours, sur certaines promesses qui leur furent faites, ils lui firent pleine ouverture ; et, avec ses gens, le mirent dans la ville, où il ouït la messe. Après les serments accoutumés qulls se firent mutuellement les uns aux autres, le roi retourna en son logis au dehors, et fit publier par plusieurs fois, tant dans Tarmée que dans la ville, que, sous peine de la hart {la cordé)^ nul, de quelque état qu'il fût, ne fît en rien dommage aux habitants de Troyes, ni à aucun de ceux qui s'étaient mis en son obéissance. Dans ce voyage, Tavant-garde était sous la conduite des deux maréchaux de France, Boussac et le seigneur de Rais, avec lesquels se trouvaient La Hire, Poton de Xaintrailles et d'autres capitaines. Durant ce voyage se mirent en Tobéissance du roi Charles un très grand nombre de bonnes villes et de châteaux, dans les environs de la roule qu'il suivait. Déclarer la reddition de chacune en particulier, je le passe pour cause de brièveté.

Chapitre LXIV. — Comment le roy Chartes de France^ atout (/rande et noble chevalerie, et atout grand 7iombre de gens d armes, s' en vint en la cité de RainSj oti il fut sacré.

Item. — Charles roi de France étant encore à Troyes, des députés de Châlons-en-Champagne vinrent lui apporter les clefs de leur ville et cité, et lui promettre de la part d'icelle de lui faire toute obéissance. Le roi, »près leur arrivée, vint audit lieu de Chàlons, où les habitants le reçu- [ rent bénignement et en toute humilité. Là lui furent pareillement appor- ^ les clefs de la ville de Reims, avec promesse, comme pour la ville précédente, de lui faire toute obéissance et de le recevoir comme le Mturel seigneur de la cité.

Le seigneur de Saveuse, avec un certain nombre de gens d'armes,

a>'ait été naguère en cette cité de Reims pour la maintenir en l'obéissance

du roi Henri el du duc ; le gouverneur et grand nombre des habitants

lui avaient promis de soutenir jusqu'à la mort le parti et la querelle du

roi Henri et du duc, mais, nonobstant ce serment, par crainte de la Pucelle, qui, d'après ce qu'on leur donnait à entendre, faisait de grandes merveilles, ils se mirent en Tobéissance du roi Charles, quoique le seigneur de Châtillon et le seigneur de Saveuse, leurs capitaines, leur pussent remontrer pour leur persuader le contraire. Ces deux seigneurs, voyant leur résolution et de quel côté était, leur affection, quittèrent Reims ; car les habitants de la ville n'avaient rien voulu entendre à leurs remontrances, et leur avaient fait des réponses dures et assez étranges. Après les avoir ouïes, les seigneurs de Saveuse et de Châtillon retournèrent à Château-Thierry.

Ceux de Reims avaient déjà décidé de recevoir le roi Charles. Ce qu'ils firent, par l'intervention de TArchevêque de la ville, chancelier du roi Charles, et par l'intervention de plusieurs autres. Le roi entra dans la ville et cilé de Reims, le vendredi, seizième jour de juillet*, avec une partie de sa chevalerie. Le dimanche qui suivit, il fut sacré et couronné en qualité de roi par ledit Archevêque, dans l'église Notre-Dame de Reims, en présence de ses princes et prélats, et de toute la baronnerie et chevalerie qui étaient dans la ville. Là se trouvaient le duc d'Alençon, le comte de Clermont, le seigneur de La Trémoille, qui était son principal gouverneur, le seigneur de Beaumanoir, Breton, le seigneur deMailly enTouraine. Tous étaient en habits royaux ; ils représentaient les nobles pairs de France, ainsi et de la manière que la coutume était de le faire.

Le sacre fait et accompli, le roi alla dîner en l'hôtel épiscopal de l'Archevêque ; les seigneurs et les prélats l'accompagnaient. L'Archevêque de Reims s'assit à sa table. Le roi fut servi à son dîner par le duc d'Alençon et le comte de Clermont avec plusieurs autres grands seigneurs. Le roi fit le jour de son sacre trois chevaliers dans Téglise, parmi lesquels le damoiseau de Commercy. A son départ, il laissa à Reims pour en être le capitaine Antoine de Hellande, neveu de l'Archevêque.

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