CHAPITRE V
LA CAMPAGNE APRÈS LE SACRE
Sommaire : i. — Itinéraire triomphanl de Charles VU à Iravei^s les villes qui se soumettent. — La Hire, bailli du Verniandois. — Château -Thierry abandonné par le» Bourguignons. — Motifs.
11. — Armée de dix mille hommes rassemblée par Bedford. — il se met en campagne. — Lettre qu'il adresse à Charles VH. — Reproches de s'aider d'une femme désor> donnée et d'un moine apostat, de pousser les peuples à sa parjure, de fuir le combat.
1. Le seizième jour de juillet était le samedi, ce fut le jour de l'entrée du roi.
— Invitation à une entrevue, reproches du meurtre de Montereau. —Appel à Dieu. ill. — Bedford sur les marches de ille-de-France. — Rencontre des deux armées près
de Senlis. — Forte position de Bedford. — Disposition de son armée. — Les vivres fournis par Senlis. — La disposition de Tarmée de Charles VIL — La Pucelle. — Les années sont en présence durant deux jours. — Fortes escarmouches. — Animation des deux côtés ; pas de quartier. — 300 morts. — Les armées se séparent.
IV. — Les ambassadeurs de Charles VU à Arras. — Le chancelier porte la parole. — La paix regardée comme certaine. — Soumission de Compiègnc. — Les ambassadeurs bourguignons viennent trouver le roi. — Ceux qui combattent la conclusion de la paix.
V. — Charles VII quitte Compiègne où il laisse Flavy pour gouverneur. — Soumission de Senlis et d*une foule d*autres places. —D autres n'attendent que la venue du roi. — Pourquoi Charles Vil ne poursuit pas ses conquêtes. — il vient à Saint-Denis. — La Pucelle pousse à Tassant de Paris. — Attaque. — Assaut âpre. — Défenseurs de Paris.
— Blessure de Jeanne. — La retraite sonnée à l'improviste. — Ce qui confirme les Parisiens dans leur résistance.
VI. — Charles W nomme des gouverneurs des pays nouvellement conquis et revient vers le Berry.
VIL— Trêves. — Le Pont-Sainte- Maxence remis aux Bourguignons. — Uavages sur les marches de France et du Beauvaisis. — Grâce à ces trêves, le duc de Bourgogne traverse insolemment les pays récemment conquis, vient à Paris resserrer son tllfance avec Bedford, et est nommé gouverneur de la capitale. — Guerres durant les trêves ; artifices des Bourguignons. — Préparation de la reprise des hostilités tprès PAques.
En sortant de Reims le roi alla en pèlerinage à Corbigny, visiter Saint- Marcon. Là, leshabitants de la ville de Laon vinrent lui faire obéissance, eomme avaient fait ceux des villes dont il a été fait mention. De Corbigny le roi vint à Soissons et à Provins, qui, sans opposition aucune, lui firent pleine ouverture. Il constitua alors La Ilire comme nouveau btilii du Vermandois, à la place de Colard de Mailly, que le roi dWngleterrey avait précédemment commis.
Le roi vint ensuite avec ses gens devant Château-Thierry. Le seigneur de Châtillon, Jean de Croy, Jean de Brimeux et quelques autres nobles, grands seigneurs, déclarés pour le duc de Bourgogne, s'y étaient renfermés avec environ quatre cents combattants. Sentant que Tensem- We de la ville inclinait à faire obéissance au roi Charles, n'attendant pas de prompt secours, n'étant pas suffisamment pourvus à leur plaisir, ils rendirent au roi cette forte ville et son château, et la quittèrent sains et 8aafsavec tous les biens. Ils allèrent à Paris vers le duc de Bedford, qui formait une grande assemblée de gens d'armes pour venir combattre le roi Charles et son armée.
Chapitre lxv. — Comment le duc de Bethford fit moult grande assemblée de gens d' aimes pour aller combattre le roi Charles^ et comment il lui envoya ses lettres.
Pendantee même temps, le régent, duc de Bedford,ayantréum à peu près dix mille combattants, amenés d'Angleterre^ ou recrutés en Normandie et en quelques autres marches de France, vint*de Rouen à Paris, et partit de Paris, cherchant à rencontrer le roi Charles pour lui livrer bataille; il chemina durant plusieurs jours à travers la Brie, et arrivé à Montereaufault-Yonne, il envoya par ses messagers des lettres scellées de son sceau, dont voici la teneur :
« Nous, Jean de Lancastre, régent de France et duc de Bedford, à vous, Charles de Valois, qui aviez coutume de vous nommer Dauphin de Viennois, et maintenant sans cause vous dites roi ; c'est injustement que vous avez formé de nouvelles entreprises contre la couronne et la seigneurie de très haut et excellent prince, et mon souverain seigneur, Henri, par la grâce de Dieu, vrai, naturel et droiturier roi de France et d'Angleterre, en donnant à entendre au simple peuple que vous venez pour lui donner la paix et la sécurité. Cela n*est pas et ne peut être, vu les moyens que vous avez tenus et tenez encore, vous qui faites séduire et abuser le peuple ignorant, et vous faites aider principalement, ainsi que nous en sommes informé, par des gens superstitieux et condamnés, tels qu'une femme désordonnée, travestie *, portant vêtement d'homme^ et de gouvernement dissolu, et aussi d'un Frère mendiant, apostat et séditieux, tous deux, selon la Sainte Écriture, abominables à Dieu ; vous^ qui, par force et par la violence des armes, avez occupé au pays de Champagne et ailleurs plusieurs cités, villes et châteaux appartenant à Monseigneur le roi ; vous qui avez contraint et induit les sujets qui y demeuraient à se montrer déloyaux et parjures, en leur faisant rompre et violer la paix finale des royaumes de France et d'Angleterre, paix solennellement jurée par les rois de France et d'Angleterre alors vivants, et par les grands seigneurs, prélats, barons, et par les trois États de ce royaume.
« Nous, pour garder et défendre le vrai droit de mondit seigneur le roi, et, à l'aide du Tout-Puissant pour vous repousser vous et votre armée de ses pays et seigneuries, nous nous sommes mis en campagne,
1. 11 ne dit pas qu'ils avaient été recrutés pour la croisade contre les hussites.
2. Difformèc, que l'on trouve dans la Chronique des Cordeliers, parait préférable à diffamée, texte de Monstrelet.
nous tenons les champs de notre personne avec les forces que Dieu nous a données ; et comme vous Tavez su et le savez, nous vous avons poursuivi et nous vous poursuivons de lieu en lieu dans l'espérance de vous trouver et vous rencontrer ; ce que nous n'avons pas encore pu faire, parce que vous vous êtes dérobé et vous dérobez encore.
(c C'est pourquoi nous qui désirons de tout notre cœur que la guerre soit abrégée, nous vous sommons et vous requérons, si vous êtes un prince ami de Thonneur, que vous ayez pitié et compassion du pauvre peuple chrétien, qui depuis longtemps à cause de vous a été inhumainement traité, foulé et opprimé, pour que bientôt il soit àTabri de tant dafflictiens et de douleurs, et que la guerre prenne fin. Prenez au pays de Brie, où nous sommes vous et nous, ou en Ille-de-France qui est bien voisine de tous deux, une place aux champs qui soit convenable et raisonnable ; fixez un jour prochain et apte, tel que peut le comporter et le demande le voisinage des lieux où nous sommes pour le présent, nous et vous. Si, en ce jour et en ce lieu, vous voulez comparaître en votre personne, escorté par la femme travestie et par Tapostat ci-dessus désigné, escorté par tous les parjures et autres auxiliaires que vous voudrez et pourrez trouver, nous, au plaisir de Notre-Seigneur, nous y comparaîtrons, c'est-à-dire Monseigneur le roi en notre personne. Et alors si vous voulez offrir, ou mettre en avant quelque chose pour le bien de la paix, nous prêterons roreille, et nous ferons tout ce que doit et peut faire un prince catholique. Nous sommes et serons toujours enclin et disposé à prendre toutes les bonnes voies d'une paix non feinte, ni altérée, ni dissimulée, ni violée ou parjurée, telle que le fut à Montereau-fault- Yonne, celle dont par votre faute et votre consentement, provint le terrible, détestable et cruel ïûeurtre commis contre les lois et l'honneur de la chevalerie, en la personne de feu notre cher et très aimé père, le duc Jean de Bourgogne, <iue Dieu pardonne. Cette paix ayant été ainsi enfreinte, violée et parjurée par vous, tous les nobles, tous les sujets de ce royaume et d ailleurs, sont demeurés et demeurent à tout jamais quittes et libres de vous et de votre obéissance, à quelque état que vous ayez pu et puissiez venir ; vous les avez absous et déliés de tout serment de fidélité et de sujétion, comme cela peut être démontré clairement par vos lettres patentes signées de votre main et scellées de votre sceau.
« Toutefois, si, à cause de l'iniquité et de la malice des hommes, nous ue pouvons arriver au bien de la paix, chacun de nous pourra bien garder et défendre sa cause et sa querelle par Tépée, ainsi que lui en donnera grâce Dieu, qui en est le seul juge, et auquel et pas à un autre, niondit seigneur doit en répondre. Nous le supplions très humblement, comme celui qui connaît le vrai droit et la juste querelle de mondit