‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 184 sur 327 · Jean de Luxembourg · texte numérisé non relu

Jean de Luxembourg

Ainsi qu'il est dit par ces lettres, le duc de Bourgogne vint à Paris après les trêves et les abstinences de guerre données par le roi Charles, trêves et abstinences dans lesquelles les Anglais ne voulurent pas être compris. Ils continuèrent àguerroyer. Les guerres se prolongèrent durant ce temps en Normandie. Les Anglais surprirent, perdirent, et reprirent plusieurs places, villes et forteresses, dont le recouvrement leur demanda beaucoup de travaux et de dépenses.

Le duc de Bourgogne, après qu'il se fut chargé du gouvernement, et qu'il eut pris d'importantes mesures pour la sûreté et la garde des pays et des places à lui confiés, s'en retourna avec sa grande et noble compagnie de gens de Picardie en ses possessions d'Artois et de Flandre. Il s'y tint tout l'hiver sans guerroyer.

Durant ce temps les ambassadeurs des princes tinrent de grands conseils sur le fait de la paix ; les trêves et abstinences furent prolongées jusqu'au mois de mars suivant ; mais Jinalemcnt l'on ne put arriver à conclure la paix ; les traités ne purent aboutir, principalement parce que la ville de Compiègne refusa d'obéir et de livrer passage au duc de Bourgogne, lorsqu'il allait à Paris, ou en revenait, ce qui lui avait été promis, ainsi que le Pont-Sainte-Maxence qui, du consentement des deux partis, fut remis entre les mains de Regnault de Longueval ; mais Guillaume de Flavy refusa d'obéir ; il se tint toujours guerroyant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, lui et toutes ses forces ; et il pourvut la ville de tout ce qui était nécessaire pour la défendre contre tous.

Durant le temps des trêves, le roi Charles devait se tenir au delà de la rivière de la Seine, ce qu'il fit; et le régent en Normandie.

Le xxi* jour de mars, les trêves étant expirées, la guerre recommença de toutes parts en France.

A l'entrée du mois d'avril, le duc de Bourgogne alla à Péronne et fit une très grande assemblée de gens d'armes afin de se porter devant Compiègne; parce qu'il y avait en cette ville une très forte garnison qui empêchait le passage vers Paris et faisait beaucoup de maux aux pays des environs.

En ce temps, le viii* jour d'avril, le bâtard de Clarence entra à Paris avec de grosses forces d'Anglais. Il y avait été mandé par le seigneur de risïe-Adam et par d'autres, parce que quarante dizainiers de cette ville avaient formé le complot et pris l'engagement, à ce qu'on disait, de livrer la ville au roi Charles. Il y en eut un grand nombre de pris ; mais peu furent exécutés, parce que l'affaire s'arrangea et prit assez bonne fin.

Le jeudi après les fêtes de Pâques, le xx* jour d'avril, l'an 1430, Messire Jean de Luxembourg, le seigneur de Croy et d'autres capitaines partirent avec tous leurs gens de Péronne et passèrent l'Oise. Informaient l'avant-garde de l'armée du duc de Boui^ogne. Il les suivit et partit de Péronne le samedi qui suit les Pâques closes [Quasimodo^ cette année 23 avril). Ils allèrent conquérir plusieurs places au pouvoir de leurs ennemis, telles que Avesnes, la Tour de Goumay et d'autres.

Le jour de Saint-Georges, xxiii« jour d'avril, le jeune roi d'Angleterre arriva à Calais, escorté d'après la renommée par quarante-huit vaisseaux, amenant deux mille hommes, et de grosses provisions de bétail et de vivres qui furent dirigées sur la Normandie. Les gens d'armes furent envoyés en plusieurs contrées tant de Normandie que de France, et aussi devant Compi^ne et ailleurs, partout où besoin était. Le jeune roi demeura ù Calais jusqu'au mois de juillet suivant, qu'il fut mené à Abbeville, de là à Rouen où il séjourna ensuite pendant un grand espace de temps.

Après plusieurs places prises par les gens du duc de Bourgogne sur leur chemin de Compiègne, le siège fut mis au pont de Choisy, où Guillaume de Flavy avait établi de grosses garnisons. Le duc de Bourgogne vint à ce siège, et fit tirer par engins nombreuses pierres contre la place ; il fit tant que les assiégés prirent la fuite, et de nuit se retirèrent à Compiègne en mettant partout le feu. Ils abandonnèrent la place Icxvi' jour de mai.

En ce temps, les Anglais arrivèrent au Pont-rÉvôquc, près de Noyon. Là ils furent un jour assaillis par les hommes de la garnison de Compiègne et par d'autres, formant une armée de quatre mille hommes, dont on disait que la Pucelle était capitaine. Les Anglais, qui n'étaient que douze cents hommes, se défendirent très grandement ; mais ils auraient eu rude besogne s'ils n'eussent été secourus par Mgr de Saveuse qui se tenait à Saint-Eloy-de-Noyon, avec huit cents hommes qui repoussèrent les ennemis.

Le xx!*" jour de mai, le siège fut mis d'un côté, par deçà de l'Oise,, devant Compiègne, où les comtes d'Houtiton, d'Arondel, vinrent avec nom-

454 LA VRAIE JEANiNE D'ARC '. LA LIBÉRATRICE.

Le pénultième jour de mai (1431), Jeannette La Pucèlle fut brûlée à Rouen, après avoir été d'abord condamnée à la prison, s'étant rétractée de ses erreurs, à la suite de noble prédication faite sur sa conduite audit lieu de Rouen en présence du régent de France, de plusieurs hauts princes et prélats tant de France que d'Angleterre, du grand conseil du roi Henri et de tous ceux qui voulurent Tentendre ; mais dès qu'elle vit qu'on la voulait mettre en habit de femme, elle révoqua sa rétractation, et dit qu'elle voulait mourir comme elle avait vécu, et partant elle fut condamnée à être brûlée.

Les cendres de son corps furent par sacs jetées en la rivière, pour que jamais on ne pût en faire, ni tenter d'en faire des sorcelleries, ou méchante chose.

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