GEORGES GHASTELLAIN ET SA CHRONIQUE
Georges Chastellain fut appelé par ses contemporains la perle, l'étoile des historiographes. Personne, disait-on, ne maniait mieux la langue française : une si haute renommée ne sauva cependant pas ses ouvrages d'an oubli plus que séculaire. Durant longtemps on ne connut du fécond écrivain qu'un de ses écrits les moins étendus : Recollection des merveilles amiues en notre temps.
Bachon exhuma, en 1825, les fragments d'une Chronique dont Chastellain est l'auteur, et la reproduisit dans son Panthéon littéraire. L'attention était éveillée. D'autres manuscrits furent découverts, assez pour que, en 1865, M. Kervyn de Lettenhove ait pu former huit volumes in-octavo des CEuvres de l'écrivain flamand. Encore en reste-t-il d'autres à retrouver, si elles ne sont pas à jamais perdues.
Le docte éditeur, dans la notice pleine d'érudition mise en tête de la publication, nous apprend que Georges Chastellain naquit à Alost en 1403, d'une famille noble. Un goût précoce pour l'élude le retint à l'Université de Louvain, jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. 11 s'éprit alors de l'amour
^- Si, comme le dit Gilles de Roye, la Pucelle a été conduite à Noyon pour être vue P»rla jeune duchesse, nous serions fixés sur la date de celte entrevue. La duchesse *niva à Noyon le 6 juin. (Voy. Noyon, par M. iMaizièros.)
des voyages et des aventures, fut quelque temps au service du duc de Bourgogne, et passa en France après le traité d'Arras. Il y vécut dix ans, lié avec les plus hauts personnages de la cour, honoré de nombreux bienfaits de la part de Charles VIL Rentré dans les Etats de son souverain, il fut accueilli avec faveur par le duc Philippe, qui lui confia d'honorables emplois, le chargea de plusieurs ambassades, et lui conféra le titre de conseiller.
Chastellain, dégoûté du monde, renonça à la vie publique et se retira à Valenciennes. Le duc le logea dans le château de La Salle le Comte, qu'il y possédait, lui constitua d'abord une rente quotidienne de 18 sols 11 gros, bientôt plus que doublée par une pension annuelle, allouée à condition qu'il mettrait par escript choses nouvelles et morales^ en quoy il est expert et cognoissant, et aussi par manière de Chroniques les faits dignes de mémoire. Chastellain reçut le titre à'indiciaire^ c'est-à-dire d'historiographe.
Chastellain mérita sa pension. Il écrivit avec de longs détails l'histoire de Philippe le Bon et celle de son fils Charles le Téméraire jusqu'au siège de Neuss. Malheureusement on n'en a retrouvé que des fragments qui font beaucoup regretter l'ensemble. L'on ne se trompait pas en saluant dans Chastellain le premier écrivain français de son temps. Il a le relief de Saint-Simon avec moins de dureté.
Ce que l'on possède sur la libératrice part du retour de la Pucelle à Lagny jusqu'à son supplice.
Le Fèvre de Saint-Rémy, dont la Chronique très défavorable à la Libératrice sera citée dans le livre suivant, envoyait à Georges Chastellain le canevas des faits. C'est à Saint-Rémy qu'il faut attribuer le conte inventé sur ce qui précéda la sortie de Compiègne.
Un historiographe officiel du duc de Bourgogne ne pouvait pas se prononcer contre le brigandage de Rouen. Chastellain essaye de le justifier, et dans son vain essai donne des détails précieux à enregistrer.
Personne n'a parlé avec plus de splendeur de l'intrépidité, de la magnanimité de la jeune fille, de la place qu'elle tenait dans son parti et dans le parti ennemi. Le témoignage est doublement précieux, parce qu'il est celui d'un adversaire, et aussi parce que, d'après Pontus Heuterus, Chastellain avait vu la Pucelle. Ses sentiments intimes se manifestent plus clairement dans quelques strophes poétiques qui seront citées dans un autre volume.