‹ La vraie Jeanne d'Arc (volume 3)Chapitre 189 sur 327 · DERNIERS EXPLOITS, PRISE ET CONDAMNATION DE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

DERNIERS EXPLOITS, PRISE ET CONDAMNATION DE LA PUCELLE

SouxAiRE : I. — Le duc de Bourgogne vient assiéger Compiègne. — Préparatifs de défense des assiégés. — Assiette du camp. — Nombreux concours autour du duc de Bourgogne.

II. — Franquet d*Arras. — La Puceile le rencontre revenant du pillage. — Combat acharné. — Franquet prisonnier, exécuté.

III. — Diligence du duc au siège de Compiègne. — La Pucelle dans la ville. — Ce que lui prête le chroniqueur. — La sortie. — Portrait de la Pucelle allant au combat. — - Attaque contre Margny où campe Baudot de Noyelle. — Visiteurs qu'il recevait en ce moment. -♦ Premier succès de la Pucelle. — Toute l'armée assiégeante accourt. — La troupe de la Pucelle enveloppée se retire. — Magnanimité de Théroïne protégeant la retraite. — Elle est prise. — Le preneur aussi joyeux que s'il avait pris un roi. — Compagnons de captivité. — Joie du duc et du camp tout entier. — La Pucelle visitée par le duc. — Sa longue captivité à Beaurevoir.

iV. — Livrée aux Anglais. — Le procès de Rouen d'après le chroniqueur. — Précaution de Cauchon pour se couvrir. — L'Université de Paris. — Instances pour faire rétracter l'accusée. — Instances de la cour d'Angleterre pour faire publier le récit menteur expédié par elle.

Livre II. — Chapitre xi. — Comment le duc se logea devant Compiègne à grant puissance.

Aussitôt après que le Pont-à-Choisy eut été pris et démoli, le duc fit incontinent déloger son armée du lieu où elle était, et lui fit repasser la rivière de TOise pour tirer droit à Compiègne ; car c'est là qu'il désirait mettre le siège. Il y vint lui-môme en personne loger à une lieutte près de la ville, que ceux du dedans avaient bien mise à point, et bien remparée par dehors de gros et puissants boulevards et d'autres fortifications, avertis qu'ils étaient de longtemps que le siège y viendrait. Pour ce motif y étaient venus, afin de la garder, les plus gens de guerre et de plus grande valeur qui fussent dans le parti des Français, car la perte de la place leur eût causé un dur chagrin, et grand mal en la fin * ; aussi leur seyait-il bien de la défendre soigneusement.

Or, comme je vous l'ai dit, le duc était venu loger à Coudun, le comte de Ligny à Clairoy, Messire Baudot de Noyelle à Margny sur la chaussée, et le seigneur de Montgommerry avec ses Anglais à Yenette, au bout de

1. Car la perte d'icelle leur eust moult tourné à dur y et à grand meschief en la fin.

la prairie. Là, les gens de diverses nations, Boui^uignons, Flamands, Picards, Allemands, Haynuyers, vinrent se rendre auprès du duc pour renforcer sa puissance. Tous y furent reçus et les bienvenus, encore qu'il y eût beaucoup de seigneurie et de gens de grand fait, tels que le comte de Ligny, et le seigneur de Croy, Messire Jean son frère, le seigneur de Créquy, le seigneur de Santés, le seigneur de Comines, le seigneur de Manines, les trois frères, Messire Jacques, Messire David et Messire Florimond de Brimeu, Messire Le Bègue de Lannoy, tous chevaliers de rOrdre \ sans les autres en grand nombre dont les noms ne se mettent pas. On peut bien penser sans se tromper qu'il y en avait largement avec un tel prince, surtout en un tel lieu, où il s'agissait de montrer son pouvoir et Teffort dont il était capable.

Chapitre xii. — Comment la Puce lie combattit et déconfit Pratique t dArras,

Or il me souvient maintenant comment un peu par avant que la Pucelle fût venue au secours de Compiègne, un jour, un gentilhomme d'armes, nommé Franquetd'Arras, tenant le parti bourguignon, était allé courir vers Lagny-sur-Marne, bien accompagné de vaillants gens d'armes et d'archers, au nombre de trois cents environ. Son aventure voulut qu'à son retour, il fut rencontré par cette Pucelle dont les Français faisaient leur idole, qui avait avec elle quatre cents Français, bons combattants. Dès qu'ils s'entrevirent, ni l'un ni l'autre ne pouvait ni ne voulait par honneur fuir la bataille ; avec cette différence près que le nom de la Pucelle était déjà si grand et si fameux que chacun la redoutait comme une chose dont on ne savait bien juger ni en bien ni en mal ; mais elle avait déjà fait et mené à terme tant d'entreprises que ses ennemis en avaient peur, et que ceux de son parti l'adoraient, principalement pour le siège d'Orléans, où elle fit œuvres merveilleuses, pareillement pour le voyage de Reims, là où elle mena couronner le roi, et ailleurs dans d'autres grandes affaires dont elle prédisait les suites et les événements*.

i . De la Toison d'Or, que le duc venait d'établir depuis fort peu de temps. Chastellain en parle souvent.

2. ^i voult ainsij son aventure que ceste PucellBy de qui Pranchois faisaient leur ydoUe le rencontra en son retour,,, excepté que le nom de la Pucelle estoit si grand et si fameux que chacun la resongnoit comme une chose dont on 7îe satoil comment jugier, ne en bien^ ne en mal; mes tant avoit fait j à de besongnes et menées à chiefque ses ennemys la doubtoient, et raouroient ceulx de son party, principalement pour le siège d'Orliens, là où elle ouvra mcndlles ; pareillement pour le voyatjede Rains, là où elle mena le roy couronner ^ et ailleurs en aultres grans affaires dont elle prèdisoit les aventures et les dvénemens.

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