LA PUCELLE, D* APRÈS LE NOTAIRE PIERRE COCHON
homme qui n'eût été mort ou prisonnier ; et là les Anglais furent bien matéSf plus que jamais ils ne Tavaienl été en France. Us voulaient s'en retourner en Angleterre et laisser le pays, si le régentleût souffert ; et les Anglais étaient alors si anéantis qu'un Français en eût chassé trois \
Item. En cet an, tant audit mois de juin qu'au mois de juillet qui suivit, les Français prirent deux forteresses, Tune nommée Meung et Tautre Janville, et aussi audit mois de juillet ils conquirent plusieurs autres places fortes, comme Troyes, Auxerre, Reims, et plusieurs autres. Le Dauphin se fit sacrer à Reims par TArchevôque du lieu, qui était en sa compagnie, et au sacre Ton fit beaucoup de grands (beaucoup de chevaliers^ comtes^ etc.).
Après, il conquit plusieurs forteresses comme Gompiègne, Senlis et plusieurs autres. Chacun redoutait ledit Charles; il reconquit en deux mois ce que les Anglais avait mis plus de trois ans à conquérir. L'on craignait moult cette Pucelle^; car elle usait de sommation, et disait que si Ton ne se rendait pas, elle prendrait d'assaut. Elle avait avec elle grande quantité de gens dupays (du peuple des lieux par où elle passait), à pied; lesquels faisaient très bien leur devoir et l'avaient fait es batailles contre les Anglais^. Car les Anglais les avaient menacés de mettre le feu. pourquoi ils étaient plus indignés contre eux.
Item. En cet an 1429, au mois d'août qui suivit, les Français prirent la cité de Beauvais. Après cette prise les Anglais firent leur criée de marche, et allèrent près de Senlis. Là était le duc de Bedford, régent, avec très grande compagnie d'Anglais. Ledit Charles y fut avec toute son armée, et il mit les Anglais en tel respect, qu'ils étaient réunis en une même masse, et qu'ils n'osaient pas sortir de leur place ni se séparer de la longueur d'un trait d'arc \ Et lesdils Anglais avaient des pieux de haie aigus, fixés autour d'eux, et les Français ne pouvaient ni les grever ni courir susà cause desdits pieux. Et n'eussent été lesdits pieux, les Anglais
i. El s'en VQuloxeni retourner en Angleten^e et lessier ainsi le pais se le régent leur eust souffert f et estoient adonc Anglois si abolis que ung Franchois en eust cachié trois,
2. Bt douhtoit chascun ledit Charles et conquit en deux mois ce que les An(flois avoioit mis à conquerre plus de trois ans, et cregnoit Von moult ceste Pucelle.
3. Texte : Et avoit avec elle grant quantité de gens de pais a pié, lesquels faisoient trds bien leur devoir, et avoient fait es batailles contre les Anglois.
4. Ledict Charles mit lesdits Anglois en telle subjection, car ils estoient tous en wvj trouppel, et n'eussent oséiceulx Anglois partir place et ne eulx séparer la longueur d'un trait d'arc.
eussent eu beaucoup à souffrir. Finalement, par défaut de vivres*, vu la multitude qu'ils étaient, les Français durent se retirer, et eux retirés, les Anglais s'en allèrent, et il n'y eut pas de bataille, et ledit régent s'en vint à Vernon...
En ce temps, au mois d'août Tan 1429, en la fin dudit mois d'août, ledit Charles vint mettre le siège devant Paris avec le duc d'Alençon, messire Charles de Bourbon, la Pucelle dont devant il est fait mention, le duc de Bar, accompagnés de trente à quarante milles hommes, tant Français, Uennuyers, Liégeois comme Barrois.Ils étaient logés à Saint- Denis, à Montmartre et autres lieux autour de Paris ; et ils mirent la ville en telle sujétion qu'il n'y venait vivres de nul côté, et les vivres étaient si chers en la ville que c'était grand merveille.
Et ils y furent bien près de six semaines*, et quand ils virent qu'ils ne se rendaient pas, le roi Charles et ceux de sa compagnie avisèrent qu'on leur ferait assaut. L'assaut fut si âpre et si merveilleux que ceux de dedans furent tout ébahis, et il n'y avait homme qui osât s'aventurer dessus le mur à cause des traits de ceux qui assaillaient. Lesdits assaillants avaient une manière d'instruments nommés couleuvres {sic) qui jetaient des pierres et des plombées, mais ne faisaient point de noise, sinon un peu siffler; elles jetaient aussi droit qu'une arbalète; l'assaut fui si fort que ceux de dedans avaient comme abandonné la défense du mur ; et les assaiU lants étaient si près du rempart qu'il ne fallait que lever les échelles dont ils étaient bien pourvus^ pour qu'ils eussent été dedatis^.
Mais il y fut avisé par un nommé Messire de LaTrémoille^ du côté dudit Charles; il y aurait eu trop occision, car les assaillants, comme Ton disait, avaient intention de massacrer et de mettre le feu.
Etaussil'on disait que M. de Bourgogne avait envoyé un héraut devers ledit Charles en disant qu'il tiendrait l'appointement qu'il avait fait avec le môme Charles, et qu'il cessât lui et ses gens. S'il y avait appointement entre eux, ni quel il était, je n'en saurais parler, mais toutefois il y eut trêves jusqu'à la Noël qui suivit; Charles Ht ainsi sonner la retraite durant ledit assaut, et ainsi ils se retirèrent, et je crois quHls eussent
\ . L'armée française, alors fort nombreuse, devait promptement épuiser le pays, tandis que l'armée anglaise pouvait se ravitailler par Senlis, qui était encore anglobourguignon : elle campait aux portes de cette ville, à la Victoire.
2. Le chroniqueur entend peut-être le temps écoulé depuis Ventrée dans la Brie, jusqu'au départ pour le Rerry. La Pucelle fut à Saint-Denis et autour de Paris du 2G août au 13 septembre.
3. Texte : Et fu l'assaut si fort que ceulx de dens avaient comme tout désemparé le mur^ et estoient lesdits assaillants si près des murs qu'il ne falloit mes que lever les escheUes dont ils estoient lien garnySy comme (pour que) ils eussent été dedens; mais fut avisé par un nommé Messire de La Trimoille.